Semaine du 18 au 24 novembre 2020 - Numéro 1350
Saqqara n’en finit pas d’éblouir
  100 nouveaux sarcophages en très bon état de conservation et renfermant des momies ont été trouvés dans la région de Saqqara, ainsi qu’une quarantaine de pièces d’antiquité d’une grande valeur. Retour sur une semaine riche en découvertes.
Saqqara n’en finit pas d’éblouir
Nasma Réda18-11-2020

Plus de 100 sarcophages renfermant des momies et 40 pièces d’antiquité ont été découverts cette semaine par la mission archéologique égyptienne opérant sur le site du Bubastéion à Saqqara. Des sarcophages en bois parfaitement bien scellés trouvés à 12 m de profondeur dans quatre puits funéraires où le travail se poursuit encore. Ces sarcophages viennent s’ajouter aux 59 autres déjà découverts le mois dernier à l’intérieur des trois autres puits dans la même région. « Cette dernière découverte est exceptionnelle non seulement à cause du nombre de sarcophages trouvés, qui est le plus grand mis au jour dans un même endroit depuis des siècles, mais aussi en raison de leur variété et leur bon état de conservation. Les pièces trouvées sont beaucoup plus belles que celles trouvées en octobre dernier », souligne Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA) et chef de la mission archéologique opérant sur le site depuis trois ans.

Les sarcophages trouvés, dont un grand nombre sont anthropoïdes, remontent à la fin de l’époque tardive, spécifiquement de la XXVIe jusqu’à la XXXe dynastie av. J.-C. La forme du sarcophage et ses couleurs sont significatives. « C’est selon la classe sociale du défunt que le cercueil était choisi », souligne Mohamad Youssef, l'un des archéologues de la mission, expliquant que plus la classe sociale du défunt est élevée, plus son sarcophage et sa momie sont peints, colorés et son corps parfaitement embaumé et conservé. « Certains sarcophages ont le visage peint en or, d’autres conservent une couche de cartonnage coloré et doré, et il y a aussi des masques en bois très bien conservés », souligne Waziri, indiquant que parmi les sarcophages découverts, certains remontent à l’époque ptolémaïque (323 à 30 av. J.-C.). « Le fait de trouver des sarcophages de cette époque dans cette région est surprenant, mais cela explique que cette cachette de Saqqara était fréquentée par les dignitaires de la XXVIe dynastie jusqu’à la fin de l’époque tardive, mais en plus, elle était la région préférée des hauts dignitaires de l’époque ptolémaïque », assure le chef de la mission.

Outre les sarcophages, 40 pièces d’antiquité ont été aussi trouvées au sein de ces puits funéraires. Il s’agit de statues appartenant à des divinités adorées à l’époque comme Ptah, Sokar et le dieu faucon Horus. Il y a aussi des masques funéraires en cartonnage doré finement colorés et deux statues en bois d’acacia de Hetp-Ka, trouvées avec le juge de l’époque tardive appelé Pnoumès, dont l’une mesure 120 cm de hauteur et l’autre fait seulement 75 cm.

De l’Ancien Empire aux époques tardives

A noter que la nécropole de Saqqara, qui se trouve à près de 15 kilomètres au sud des grandes pyramides de Guiza, fait partie de la ville de Memphis, la capitale de l’Egypte Ancienne, classée sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. « Le site de Saqqara ne prend son importance que si on l’associe à celui de Memphis, qui fut une ville centrale d’Egypte. Saqqara doit son importance cruciale au fait que ce site constitue une source essentielle, et même unique, pour notre connaissance des Egyptiens Anciens au long de plus de 3 500 ans d’histoire », explique l’égyptologue Alain Zivie qui, à la tête de la mission française du Bubastéion, travaille non loin de là depuis une trentaine d’années, mettant au jour et étudiant des hypogées du Nouvel Empire.

A noter que Saqqara était le lieu de demeure des rois pendant l’Ancien Empire. « Ces puits récemment découverts semblent être installés dans, ou près, d’une zone qui, beaucoup plus anciennement, aurait été un cimetière de l’Ancien Empire. Ces puits sont peut-être associés à l’ensemble funéraire d’Ouserkaf de la Ve dynastie (2500 à 2300 av. J.-C.) ou à la belle tombe rupestre de Wahity, toujours de la Ve dynastie av. J.-C.). C’est une zone célèbre de l’Ancien Empire qui a repris son importance comme cachette lors de l’époque tardive, ce qui est inattendu. Le fait que toute cette zone n’ait pas subi la curiosité destructive des pilleurs de tombes ajoute encore à son intérêt pour notre connaissance de Saqqara », ajoute Zivie.

Une idée appréciée par plusieurs, dont l’égyptologue Al-Hussein Abdel-Bassir, indiquant que cette découverte enrichit la connaissance des chercheurs sur ces défunts, sur les moyens de leur enterrement et leur embaumement. « Les études anthropologiques détaillées nous montreront leur mode de vie, leur nutrition, la relation entre eux, les maladies propagées à l’époque tardive et beaucoup d’autres détails que l’on ignore et qui vont aider à enrichir notre connaissance », assure Abdel-Bassir

Pourtant, le célèbre égyptologue, Zahi Hawas, bien qu’il assure que ces dernières découvertes de Saqqara sont spectaculaires et qu’elles joueront un grand rôle pour la promotion touristique, elles n’ajoutent rien à ce que nous savons. « On sait que le site de Saqqara était utilisé pendant l’Ancien Empire et continuait à être un grand cimetière pendant le Nouvel Empire et aussi pendant les époques tardives », souligne Hawas, assurant que les missions françaises ont découvert à travers des siècles plus de 600 momies remontant à l’époque tardive dans différentes zones de la nécropole.

D’autres découvertes annoncées

Au cours de la conférence de presse et suite à l’annonce officielle de la découverte, l'un des 100 sarcophages a été ouvert devant le grand public, pour montrer l’excellent état de conservation de la momie qui se trouve à l’intérieur. Enveloppée dans un linceul orné d’hiéroglyphes colorés, cette momie a été examinée sous les rayons x. « Cette momie appartient à un homme, il mesurait 175 cm, il est mort entre l’âge de 40 à 45 ans et ne souffrait pas de maladies particulières. Il était en bonne santé », explique Bassem Gehad, qui a scanné la momie devant le grand public. Et d’ajouter que le défunt a été embaumé par le nez et a les mains croisées en forme osirienne comme les rois. Cela prouve, d’après lui, que cette momie appartient à un haut dignitaire du roi.

« Ces récentes trouvailles sont le fruit d’un travail de fouille accru ces dernières années. Une autre découverte dans la nécropole doit être annoncée dans les prochaines semaines », a déclaré le ministre du Tourisme et des Antiquités, Khaled El-Enany. En fait, avec cette grande quantité de sarcophages trouvée, il est fort probable de trouver un ancien atelier de fabrication de sarcophages pour momies. « Le fait que les sarcophages soient fabriqués à partir de bois local prouve l’existence d’un atelier de sarcophages dans les alentours, dont l’emplacement n’a pas encore été découvert. Mais la mission continue de fouiller », souligne Waziri.

Bien que la mission ait découvert un grand lot, d’autres devraient encore être trouvés. Zivie souligne du reste que, depuis quelques années, le CSA s’est attaqué, de façon systématique et avec de très grands moyens, à une partie jamais encore explorée du site. « La zone fouillée avec tant de succès par le CSA n’a donc pas fini de nous surprendre et de nous apprendre. D’autres découvertes vont suivre », déclare-t-il. Il rejoint ainsi Khaled El-Enany, qui a assuré que tout ce qui a été découvert jusqu’à maintenant ne représente que 1 % de ce qui est caché sous la nécropole de Saqqara. « Saqqara n’a pas encore révélé tout ce qu’elle recèle. C’est un trésor », a-t-il déclaré lors de l’annonce de la découverte de Saqqara.


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