Semaine du 21 au 27 octobre 2020 - Numéro 1346
Iran-Etats-Unis : L’interminable bras de fer
  L’embargo onusien interdisant la vente d'armes et d'équipements militaires lourds à l'Iran a pris fin cette semaine. Téhéran crie victoire alors que Washington continue de menacer.
Iran-Etats-Unis : L’interminable bras de fer
Pour le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, la date du 18 octobre est un jour mémorable pour la communauté internationale.
Maha Salem avec agences21-10-2020

Le 18 octobre 2020, un jour pas comme les autres pour les Iraniens. Cette date marque l’expiration de l’embargo sur les armes imposé par l’Onu, aux termes de l’accord international sur le nucléaire iranien et la résolution 2 231 du Conseil de sécurité. L’affaire n’est pourtant pas si simple ; les Iraniens se réjouissent, les Américains menacent, certains autres parties veulent faire des affaires, comme la Russie, qui a confirmé en septembre sa volonté de dévelop­per sa coopération en matière militaire avec Téhéran une fois l’embargo levé, et la Chine qui n’a pas caché non plus son intention de vendre des armes à l’Iran après le 18 octobre.

« A partir d’aujourd’hui, toutes les restrictions sur les transferts d’armes, activités liées et ser­vices financiers à destination et en provenance de la République islamique d’Iran sont automa­tiquement levées », a indiqué Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, dans un communiqué. « La République islamique d’Iran peut donc se procurer les armes et équipements nécessaires de n’importe quelle source sans aucune restriction légale et uniquement sur la base de ses besoins défensifs », ajoute le texte, comme il peut en vendre. Une priorité pour Téhéran, selon Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. « Certes, Téhéran veut développer et moderni­ser son armée, mais, pour les Iraniens, le plus important est maintenant les exportations et ce, pour avoir des entrées en devises et pouvoir résoudre la crise économique. Actuellement, l’argent est plus important que les armes. En même temps, ces fonds peuvent être utilisés par Téhéran pour soutenir ses alliés dans la région », dit-elle, estimant que l’Iran va sans doute tout faire pour alléger le poids des sanc­tions qui ont étouffé son économie.

Selon Dr Tarek Fahmy, professeur de sciences politiques à l’Université américaine, l’Iran va attendre et ne va pas se précipiter pour acheter des armes auprès des Européens. « Bien sûr, l’Iran veut profiter de cette période en attendant les résultats de l’élec­tion présidentielle américaine pour faire des accords d’armements. Mais il doit être plus raisonnable, car après l’élection américaine, il y aura des négociations. Et l’Iran doit apaiser la situation pour gagner la confiance des pays européens et renforcer ses relations. L’Iran doit profiter du soutien de ces derniers dans toute future négociation », estime-t-il.

« Pression maximale » américaine

Mais Téhéran jubile déjà, avançant l’idée qu’il s’agit d’une victoire contre les Etats-Unis. Le ministère iranien a salué « un jour mémorable pour la communauté internationale », ajoutant que le monde s’était tenu aux côtés de Téhéran « au mépris des efforts du régime américain ». En août dernier, les Etats-Unis, qui se sont retirés de l’accord en mai 2018, ont échoué à pousser le Conseil de sécurité à prolonger cet embargo et à rétablir les sanctions internationales contre l’Iran, levées aux termes du pacte.

Parallèlement, Washington persiste et signe : toute vente d’armes à l’Iran entraînerait des sanctions, a déclaré, dimanche 18 octobre, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, en réponse aux déclarations de son homologue ira­nien. « Les Etats-Unis sont prêts à se servir de leurs autorités nationales pour sanctionner tout individu ou entité qui contribue de façon maté­rielle à l’approvisionnement, la vente et le trans­fert d’armes conventionnelles à l’Iran », a indi­qué le chef de la diplomatie américaine dans un communiqué, bien que son pays soit isolé dans cette question.

Depuis que Washington s’est retiré de l’ac­cord sur le nucléaire, Washington a rétabli toutes les sanctions contre l’Iran que les Etats-Unis avaient accepté de lever à Vienne et les a même amplifiées au nom d’une politique de « pression maximale » privant la République islamique des bénéfices qu’elle escomptait de l’accord. Poursuivant sa politique, Washington a tenté, jeudi 15 octobre, de faire plier l’Iran en achevant d’asphyxier son économie, le prési­dent américain s’étant résolu à annoncer une mesure poussée par les faucons anti-Iran pour couper définitivement le secteur financier ira­nien du reste du monde. « Notre campagne de pression économique maximale va se pour­suivre tant que l’Iran n’acceptera pas de conclure une négociation globale qui s’attaque au comportement néfaste du régime », a pré­venu Mike Pompeo, précisant que ces sanc­tions entreraient en vigueur dans 45 jours, c’est-à-dire après la présidentielle américaine du 3 novembre mais avant la prise de fonctions du vainqueur, le 20 janvier.


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