Semaine du 21 au 27 octobre 2020 - Numéro 1346
Législatives : Coup d’envoi du marathon électoral
  Les Egyptiens se rendent aux urnes les 24 et 25 octobre pour élire leur nouveau parlement. 3 964 candidats et 8 listes électorales sont en lice dans ce scrutin, marqué par une participation accrue de la femme.
Législatives : Coup d’envoi du marathon électoral
Aliaa Al-Korachi21-10-2020

La course au parlement 2021 est lancée. La période de silence électoral a commencé le 18 octobre, 3 jours avant le premier tour des élections à l’étranger, ce mercredi 21 octobre, et 6 jours avant l’ouverture des urnes en Egypte, les 24 et les 25 octobre. Près de 63 millions d’Egyptiens sont appelés à se rendre aux urnes pour élire le nouveau parlement, dont la première session aura lieu en janvier 2021. 3 964 candidats et 8 listes électorales sont en lice. Les résultats définitifs seront annoncés le 14 décembre au plus tard. En attendant la formation du nouveau parlement, les membres du Sénat ont pris leurs fonctions dimanche 18 octobre. La deuxième chambre du parlement est retournée à la vie politique après une absence de 7 ans. Le Sénat avait été aboli par la Constitution de 2014. Composé de 300 membres, son retour a été décidé dans le cadre des amendements constitutionnels approuvés par les Egyptiens en 2019, comme alternative au Conseil de la Choura. Objectif : prêter main-forte à la chambre basse du parlement pour promulguer les lois (voir page 4). En fait, la sixième et dernière session parlementaire de la présente législature est en cours, et prendra fin le 9 janvier 2021.

Préparatifs et calendrier

Comment se dessine alors le paysage électoral à la veille des législatives surtout avec la pandémie de Covid-19 ? Le vote aux législatives à l’intérieur et à l’extérieur de l’Egypte se déroule en deux phases, dont la première aura lieu dans 14 gouvernorats, notamment Guiza, Assiout et la mer Rouge, tandis que la deuxième étape comprend les 13 gouvernorats restants, dont Le Caire, Port-Saïd et Ismaïliya (voir infographie).

Selon Lachine Ibrahim, président de l’Autorité électorale nationale (NEA), des mesures de précaution strictes ont été prises dans le cadre du plan de l’Etat pour limiter la propagation du coronavirus. Ces mesures comprennent la stérilisation des bureaux de vote et le port du masque pour tout le monde. Des masques seront distribués gratuitement à ceux qui n’en ont pas. Un employé sera chargé de surveiller le respect de la distanciation sociale par les électeurs dans les bureaux de vote. Quant aux Egyptiens à l’étranger, ils voteront par correspondance. A la mi-septembre, le ministère des Affaires étrangères a appelé les expatriés égyptiens à s’inscrire sur le site web de la NEA, www.elections.eg, pour pouvoir participer aux élections législatives. Seuls les électeurs inscrits pourront imprimer leurs bulletins de vote et voter par correspondance. Selon Lachine Ibrahim, le vote par correspondance pour les Egyptiens de l’étranger a été privilégié, compte tenu des mesures exceptionnelles appliquées dans la majorité des pays.

Qui est opposé à qui ?

Pour le scrutin de liste, l’Egypte est divisée en quatre circonscriptions électorales : la première comprend Le Caire, le centre et le sud du Delta (100 sièges), la seconde circonscription comprend le nord, le centre et le sud de la Haute-Egypte (100 sièges), la troisième comprend l’est du Delta (42 sièges) alors que la quatrième comprend l’ouest du Delta (42 sièges). Les élections se déroulent en deux phases. Dans la première phase, 1 879 candidats et 4 listes seront en lice dans 14 gouvernorats. La liste nationale unifiée du parti Mostaqbal Watan mène la bataille dans les quatre circonscriptions. Composée de 12 partis de différentes idéologies, cette coalition avait remporté 70 % des sièges lors des élections sénatoriales tenues en août et en septembre. Il s’agit des partis Avenir d’une nation, Les Protecteurs de la patrie, l’Egypte moderne, le Parti égyptien démocratique, le Parti républicain du peuple, le parti de la Réforme et du développement, le parti du Rassemblement, la Volonté d’une génération, le Parti égyptien de la liberté, le parti de la Justice, le parti du Congrès, en plus de la « Commission de coordination des jeunes politiciens et représentants des partis politiques ».

Selon Ayman Abdel-Wahab, spécialiste des affaires parlementaires au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, ce type de liste unifiée est un mécanisme de coopération dans la bataille électorale. « Cette liste qui comprend des partis d’opposition est une alliance électorale et non pas une alliance politique. Une fois les élections terminées, chaque parti retournera dans son camp, que ce soit du côté du gouvernement ou celui de l’opposition », explique Abdel-Wahab.

Toutefois, contrairement aux élections sénatoriales, la Liste nationale unifiée est confrontée à la concurrence de trois autres coalitions : l’Alliance des indépendants, les Fils de l’Egypte et l’Appel d’Egypte (Nidaa Misr). L’Alliance des indépendants est en concurrence avec la coalition Mostaqbal Watane dans la circonscription du Caire et celle du sud et du centre du Delta. Cette Alliance comprend quatre partis politiques : Al-Arabi, la Justice et l'égalité, la Voix du peuple et le parti de la Victoire. Selon Sayed Mahrous, membre de la coalition, « l’Alliance des indépendants est prête à rivaliser pour remporter ces élections. Notre participation est réelle, et non pas de pure forme ». Et d’ajouter : « Nous espérons que les Egyptiens descenderont pour voter. Des contacts sont en cours avec des candidats indépendants pour soutenir la liste, et en contrepartie la liste présentera son soutien à ces candidats ». La coalition « Les Fils de l’Egypte », formée de 6 partis, se présente, elle, dans deux circonscriptions : l’est et le centre du Delta. Quant à Nidaa Misr, elle présente deux listes, à savoir la liste de l’ouest du Delta et celle de l’est d’Alexandrie, du nord, du centre et du sud de la Haute-Egypte.

Les partis, les indépendants et la femme

38 partis politiques sur un total de 108 se disputent les sièges du scrutin individuel, dont la plupart se trouvent au gouvernorat du Caire (24 partis), suivi par Alexandrie, Guiza, Sohag, Assouan, Béheira et Qéna avec respectivement 17, 16, 14, 13, 12 et 9 partis. Outre les 4 circonscriptions du scrutin de liste, Mostaqbal Watan conteste les 143 circonscriptions du scrutin individuel. Dans certaines circonscriptions, comme dans le gouvernorat de Qéna, ce parti aura deux candidats en compétition l’un contre l’autre. Le parti des Gardiens de la nation présente 109 candidats dans 24 gouvernorats, le néo-Wafd présente 63 candidats dans 23 gouvernorats et le Parti républicain du peuple 53 candidats dans 22 gouvernorats. Le Caire, où 59 candidats se disputent les 31 sièges individuels dans 19 circonscriptions, devrait voir des batailles plus féroces, selon des observateurs. A Alexandrie, 41 candidats, dont 15 de Mostaqbal Watan, 5 des Gardiens de la nation, 4 d’Al-Nour et un du Wafd, se disputent 16 sièges dans 5 circonscriptions électorales.

Législatives : Coup d’envoi du marathon électoral

« Le paysage électoral des législatives est différent de celui des élections sénatoriales où le taux de participation était faible et où la majorité de partis politiques ne montrait aucun intérêt à disputer le scrutin », affirme Amr Hachem Rabie, expert des affaires parlementaires. « Le nombre de candidats individuels est cette fois-ci très élevé. La concurrence est donc très rude et les élections ne seront pas décidées dans la plupart des circonscriptions au premier tour », dit Rabie. Et d’ajouter : « Les indépendants seront le principal bloc de cette élection. Ils représentent 79 % du total des candidats indépendants contre 21 % pour les partis politiques. Cependant, la campagne électorale des partis est mieux organisée que celle des indépendants. Il est probable que Mostaqbal Watane soit le plus grand parti du prochain parlement. Il possède le plus grand nombre de candidats indépendants ».

La grande nouveauté des législatives cette fois est le taux de participation des femmes qui a augmenté de 30 % par rapport au parlement précédent, selon un rapport publié par l’observatoire électoral de la Coalition égyptienne des droits de l’homme. Au cours des 20 dernières années, le niveau de représentation de la femme est resté inférieur à 3 % (élections de 1995, 2000, 2005 et 2012), puis à 13 % et 15 % (2010 et 2015). Cette fois-ci, les femmes occupent une place prépondérante sur la liste nationale, conformément aux dispositions constitutionnelles selon lesquelles les femmes doivent être représentées par au moins 25 % des sièges au parlement. Cependant, le rapport note la faiblesse de la représentation partisane des candidates aux élections de 2020, vu que le nombre de candidates issues des partis est de 42 seulement contre 277 indépendantes. Seuls 18 partis sur les 37 en lice ont proposé des candidates. Le rapport souligne les facteurs qui influencent la représentation de la femme au parlement dont le plus important est la nature du système électoral. « L’attribution d’un quota à la femme et le système des listes fermées ont largement augmenté sa représentation. Alors que la faiblesse du nombre de candidates dans le système individuel par rapport au nombre total de candidats est due au fait que les partis, les candidates et les mouvements féministes comptent essentiellement sur le quota de la femme. Notons que les femmes représentent 49 % du total des personnes ayant le droit de vote, selon l’Autorité électorale nationale », note le rapport (voir étude page 4).

Quel agenda législatif ?

Selon Moustapha Kamal, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, le parlement de 2021 ne sera probablement pas différent du parlement actuel en ce qui a trait à ses relations avec l’exécutif. « Sa principale mission sera d’achever l’adaptation de l’arsenal législatif à la Constitution de 2014. Parmi les lois attendues figure celle interdisant aux juges de travailler dans des organes non judiciaires, et celle sur le statut personnel. La loi sur les loyers des anciens logements fera également l’objet d’un débat houleux », souligne Kamal. La loi sur les essais cliniques, renvoyée par le président au parlement pour réviser certains questions techniques, ou celle sur les élections municipales figurent également sur l’agenda législatif du nouveau parlement.


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