Semaine du 7 au 13 octobre 2020 - Numéro 1344
Football : Mosimane entre dans la légende d’Ahli
  C’est le Sud-Africain Pitso Mosimane qui est désormais le nouvel entraîneur d’Ahli. L’ancien sélectionneur des Bafana Bafana et de Mamelodi Sundowns est ainsi le premier entraîneur africain (non égyptien) à prendre la barre technique des Rouges. Son premier test : la rencontre avec le Wydad de Casablanca en demi-finales de la Ligue d’Afrique mi-octobre.
Football : Mosimane entre dans la légende d’Ahli
(Photo : Mohamad Moustapha)
Karim Farouk07-10-2020

Un salut présidentiel, une réception digne d’une star hollywoodienne et une couverture médiatique d’une ampleur extravagante. On ne parle ni d’une visite officielle d’un envoyé spécial, ni de la présentation d’une méga vedette américaine, mais de l’arrivée de l’entraîneur sud-africain Pitso Mosimane à la barre technique d’Ahli. L’ancien entraîneur d’Afrique du Sud et de Mamelodi Sundowns, qui a été accompagné par les caméras depuis qu’il avait mis les pieds à l’aéroport du Caire, a signé un contrat de 2 ans en succession au Suisse René Weiler, qui avait fait régner l’incertitude concernant son avenir au sein du club. Ainsi, le ténor cairote a déclenché une clause libératoire dans son contrat le 1er octobre. « Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a salué la nomination de Pitso Mosimane en tant qu’entraîneur du club de football Ahli, le club le plus titré d’Afrique, qui a une longue histoire d’entraîneurs venus d’autres continents », dit un communiqué de la présidence sud-africaine publié samedi 3 octobre. « Pitso Mosimane manquera en tant que force du football sud-africain, mais sa nomination par le club phare de notre continent renforce les liens d’amitié entre nos deux pays. C’est aussi une reconnaissance du talent et des capacités qui résident sur notre propre continent. Je souhaite une bonne chance à Pitso et à son équipe qui arborent notre drapeau et celui du football continental avec un club dont tous les Africains sont fiers de son succès », a dit Ramaphosa dans le même communiqué.

Aussitôt sa nomination officialisée, le nouvel entraîneur a reçu les mots d’encouragement et félicitations de la part d’anciennes gloires du club telles que Waël Gomaa, Rabie Yassine et Mohamad Youssef. De son côté, Mosimane (56 ans), spécialiste des jeux d’esprit, a fait un peu de psychologie en sonnant toutes les bonnes notes auprès des supporters. « Je suis impressionné par ce chaleureux accueil, tout le monde m’attendait et tout le monde me connaissait à l’aéroport et dans les rues. C’est comme si j’étais une grande star d’Hollywood. Quand on t’offre Ahli, ce n’est pas quelque chose que tu peux refuser. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ce grand club, le club du siècle en Afrique. Je vous demande le support et le temps pour mener Ahli à une échelle supérieure, afin que le club soit où vous le voulez toujours, au-dessus de tous (ndlr : le slogan du club) », a dit le nouveau tacticien.

Cette arrivée ultra médiatisée ne revient pas seulement au calibre des Rouges ou à celui de Mosimane, perçu comme l’un des meilleurs entraîneurs africains du moment, mais plutôt à l’expérience qui illustre un grand changement idéologique du club phare d’Egypte et d’Afrique. Ahli, tout au long de son histoire qui s’étale sur plus d’un siècle, a maintenu la tradition d’embaucher des techniciens européens de renom tels que le Hongrois Nandor Hidegkuti dans les années 1970, l’Allemand Rainer Zobel dans les années 1990, le Portugais Manuel José, l’entraîneur le plus décoré de l’histoire du club, dans les années 2000, et même le Néerlandais Martin Jol dans les années 2010. C’est la première fois que les Diables Rouges font appel à un entraîneur africain (non Egyptien) sur leur banc de touche. Une décision qui a suscité un grand débat, surtout au niveau des nouveautés qu’il apporterait en comparaison aux tacticiens européens ou même au mépris des entraîneurs égyptiens qui, par nature, ont une meilleure connaissance des joueurs d’Ahli autant que leur savoir du football africain. « Nous avions une liste qui comprenait de nombreux entraîneurs : allemand, néerlandais, tchèque, brésilien et argentin, outre bien sûr, certains choix locaux. Mais nous avons réduit nos choix à 5 noms seulement, y compris Mosimane. Ce qui nous a attirés en lui c’est sa connaissance du football africain et d’Ahli. Il possède un riche CV étant un joueur international, sélectionneur des Espoirs, assistant à des entraîneurs de calibre mondial tels que le Brésilien Carlos Alberto Parreira. C’est un entraîneur africain avec une mentalité européenne. Où est le problème qu’on ait un entraîneur africain ? Le football ne connaît pas de nationalités. L’essentiel c’est qu’il soit une valeur ajoutée et son palmarès nous a convaincus », a dit Mohsen Saleh, chef du comité de la planification à Ahli.

Un mélange de Ferguson

et Guardiola

Dans son pays, Mosimane est certes une superstar. Il est l’entraîneur sud-africain le plus décoré avec plus d’une dizaine de titres dont le trophée de la Ligue d’Afrique avec les Mamelodi Sundowns en 2016. Les Sud-Africains le comparent à l’entraîneur légendaire Alex Ferguson qui a réalisé la gloire avec Manchester dans les années 1990 et 2000 en le hissant au sommet du football anglais. Mosimane fait aussi figure de parrain à Sundowns après avoir transformé ce club en une vraie machine de victoires et mené le « Brésil de l’Afrique du Sud » à son âge d’or en remportant 10 titres dont 5 de championnat entre 2012 et 2020.

Mosimane est un visage connu pour les Egyptiens et a gagné leur respect, notamment après son sacre de 2016 qui était face à Zamalek 3-1, sur l’ensemble des 2 matchs, et après avoir donné une claque monumentale à Ahli 5-0 en 2018, sa pire défaite africaine. Au total, il affiche un bilan de 4 victoires, 1 nul et 3 défaites, 12 buts marqués et 6 encaissés face aux équipes égyptiennes. Mosimane adopte une philosophie de jeu de possession à courtes passes et est surnommé le Guardiola africain, en référence au technicien espagnol partisan de cette doctrine. Un système très convenable pour les Rouges qui appliquaient cette stratégie aussi avec Weiler depuis le début de la saison.

« C’est un excellent choix de l’administration, car c’est un entraîneur qui a une très bonne connaissance du football africain et qui connaît bien Ahli aussi du fait qu’ils se sont affrontés à plusieurs reprises lors des dernières années. Ses idées techniques ne sont pas différentes de ce qui est appliqué au sein de l’équipe, ce qui faciliterait sûrement la transition et l’assimilation des joueurs à ses méthodes, surtout qu’il n’y a pas beaucoup de temps avant la demi-finale de la Ligue d’Afrique », estime Taha Ismaïl, ancien sélectionneur d’Egypte et gloire d’Ahli.

De gros espoirs

Les Rouges ont déjà remporté leur 42e titre de championnat, à 7 jours de la fin de la compétition, et toute leur attention est tournée vers La Ligue d’Afrique. Les millions de fans rêvent d’un 9e trophée depuis leur dernier sacre en 2013. A cela, Ahli devra jouer contre le Wydad de Casablanca du Maroc les 17 et 23 octobre, et en cas de qualification, il sera au rendez-vous face au vainqueur d’entre Zamalek et le Raja du Maroc. « Je suis conscient des grandes pressions dans un grand club comme Ahli et des demandes de ses supporters qui n’acceptent que la victoire. Je n’ai pas le luxe du temps ou de faire tourner mon effectif comme mon prédécesseur, car je dois profiter de chaque minute pour préparer mon équipe et mieux connaître les joueurs. Je ne vais pas faire de grands changements au système de jeu à présent, il n’y a pas d’espace pour ça, à peine quelques modifications, et après, on verra. Je ne suis jamais resté au sein d’un club moins de 7 saisons. J’ai le support de tout le club et du président, le légendaire Mahmoud Al-Khattib, et je promets aux supporters de faire mon maximum pour vous rendre heureux et fiers », a déclaré Mosimane lors d’une conférence de presse samedi 3 octobre.

Les débuts sont importants, et Mosimane a commencé son séjour par une victoire de 1-0 contre Moqaouloun le dimanche dernier. Mais ce n’est pas simplement une nouvelle aventure ou expérience qu’il va passer en Egypte, c’est un héritage qu’il va bâtir.

Focus

Né le 26 juillet 1964 à Kagiso.

Nationalité : Sud-africaine.

Carrière de joueur :

Clubs : Jomo Cosmos, Sundowns, Orlando Pirates, Ionikos Nikeas (D2 Grèce), FC Rita Berlaar (D3, Belgique), Al-Sadd (Qatar).

Sélection : 4 sélections, 1 but.

Carrière d’entraîneur :

Supersport United (2001-2007), entraîneur adjoint de la sélection de l’Afrique du Sud avec Carlos Alberto Parreira (2007-2009) et Joel Santana (2009-2010), sélectionneur de l’Afrique du Sud (2010-2012), Mamelodi Sundowns (2012-2020), Ahli (2020).

Palmarès :

Ligue d’Afrique en 2016 (Mamelodi Sundowns).

Supercoupe d’Afrique en 2017 (Mamelodi Sundowns).

5 fois champion d’Afrique du Sud en 2014, 2016, 2018, 2019 et 2020 (Mamelodi Sundowns).

3 titres de Coupe d’Afrique du Sud en 2005 (Supersport), 2015 et 2020 (Mamelodi Sundowns).


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