Semaine du 30 septembre au 6 octobre 2020 - Numéro 1343
Les bateaux de croisière naviguent à nouveau
  Les croisières sur le Nil entre Louqsor et Assouan doivent reprendre début octobre, mais les propriétaires des bateaux, inquiets, demandent le soutien de l’Etat pour surmonter leurs difficultés.
Les bateaux de croisière
Dalia Farouq30-09-2020

Les touristes pourront filer à nouveau sur le Nil et admirer les temples somptueux qui longent le fleuve sacré. Les croisières sur le Nil ont en effet été rétablies à partir du mois d’octobre. Une décision qui vise à booster le secteur du tourisme qui stagne depuis des mois. Bien que la décision soit en faveur des propriétaires et des investisseurs du secteur de l’hôtellerie flottante, ces derniers se déclarent inquiets. Pour Ihab Abdel-Aal, membre de la Chambre de tourisme, cette décision est venue en retard. « Nous allons probablement rater la saison hivernale. Nous n’avons eu le temps ni de nous préparer pour accueillir nos clients, ni même de parler avec nos partenaires à l’étranger pour programmer des croisières cet hiver. Cette décision aurait dû être prise plus tôt avec le retour du tourisme dans les trois gouvernorats de la mer Rouge, du Sud-Sinaï et de Marsa Matrouh », se lamente Abdel-Aal. En fait, l’Egypte compte 280 hôtels flottants agréés, dont seulement 140 fonctionnent. 70 bateaux de croisière sont en maintenance à l’heure actuelle et le reste rejoindra le service début octobre. Les travaux sur ces croisières avaient été complètement gelés en mars dernier et leurs revenus étaient nuls. « Le tourisme sur le Nil est à la base du tourisme culturel. Il représente environ 80 % du volume de travail dans ce secteur », souligne Abdel-Aal. Et d’ajouter que la demande sur le tourisme culturel est actuellement très faible et va rester ainsi jusqu’en mars 2021. « Le taux d’occupation des navires ne dépassera pas les 30 %, car la plupart des marchés pourvoyeurs de tourisme culturel, comme l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et la France, sont fermés. D’ailleurs, il n’est pas rentable que les bateaux fonctionnent à 50% de leur capacité. Nous avons demandé un taux de fonctionnement de 75 % en respectant les gestes barrière et la distanciation », souligne Abdel-Aal.

Avis partagé par Heba Amer, membre de la Chambre d’hôtellerie et propriétaire d’un certain nombre d’hôtels flottants. Elle estime que le plus grand défi face au retour des croisières est la création d’une clientèle à l’étranger, car « les grands marchés pourvoyeurs de tourisme culturel sont fermés en ce moment ». Selon elle, la demande sur le tourisme des croisières ne reprendra pas avant octobre 2021. « La période à venir sera très difficile pour les hôtels flottants qui sont en détresse depuis quelques années. A peine le tourisme avait repris que la pandémie de Covid1-19 est venue paralyser complètement le secteur », affirme-t-elle, soulignant l’engagement des propriétaires des bateaux à payer les salaires des employés en plus des frais de maintenance des bateaux.

L’indispensable soutien de l’Etat

Amer appelle l’Etat à soutenir le secteur de l’hôtellerie flottante, qui souffre de problèmes financiers et administratifs. « Le ministère du Tourisme et des Antiquités doit intervenir pour résoudre nos problèmes avec le ministère de l’Irrigation, prolonger la durée des licences accordées aux bateaux, et nous exempter ou au moins reporter les frais qu’on nous impose jusqu’au retour à la normale. Nous demandons aussi à l’Etat de reconsidérer les dettes que nous avons accumulées au cours de la dernière période à cause des grandes pertes que nous avons subies », explique-t-elle.

Les investisseurs dans le domaine des hôtels flottants étaient réunis la semaine dernière à Louqsor avec le ministre du Tourisme et des Antiquités pour demander le soutien de l’Etat. « Nous avons beaucoup de frais. Nous payons par exemple des frais d’amarrage et des frais de protection civile. Ils sont prélevés à compter de la date d’obtention du permis de sécurité hygiénique et non pas à compter de la date effective de fonctionnement du bateau de croisière », explique Heba Amer qui demande le prolongement du délai fixé pour le paiement de ces dettes, la suppression des amendes de retard dans le secteur du tourisme pour une période de 6 mois au lieu de 60 jours, et l’activation des initiatives annoncées par le président de la République sur le financement bancaire des installations touristiques moyennant un taux d’intérêt de 5%, ainsi que l’initiative de la Banque Centrale concernant le renouvellement des hôtels grâce à des prêts à 8 %.

Dans le même contexte, Ramadan Haggag, ancien président de la Chambre de tourisme à Louqsor, explique que le tourisme des croisières est différent des autres types de tourisme, qu’ils soient balnéaire, sportif, thérapeutique ou autre, car les croisières sur le Nil sont ce qui distingue l’Egypte des autres destinations dans le monde. « La vision n’est pas encore claire sur le marché du tourisme culturel. Il n’y aura a priori pas de réservation sur les hôtels flottants jusqu’à la moitié de l’année prochaine », ajoute Haggag. En plus, le fait que les navires de croisière soient obligés de travailler à 50 % de leur capacité pour éviter la propagation du Covid-19 fera que les prix des voyages seront très élevés. « Les prix des voyages et les conditions économiques difficiles dans le monde entraveront l’afflux des touristes », souligne Haggag, qui propose de consacrer 10 cabines dans chaque croisière au confinement des touristes en cas d’apparition de symptômes ou de maladie. « Le taux d’occupation peut ainsi augmenter en préservant la sécurité des touristes et en réduisant les prix afin qu’ils soient acceptables », reprend Haggag, affirmant que l’avenir, en présence du Covid-19, appartient aux dahabiyas qui sont des bateaux plus petits que les bateaux de croisière et qui filent sur le Nil entre Louqsor et Assouan avec un nombre limité de chambres.

L’alternative des dahabiyas

Vu la faiblesse du nombre de touristes et, par conséquent, de la demande sur les croisières, le recours aux dahabiyas peut être une alternative convenable. « Les dahabiyas sont mieux adaptés aux petits groupes de touristes, car ils renferment un petit nombre de cabines, entre 6 et 12, mais le prix d’une nuit à bord est 3 fois plus élevé que celui dans l’hôtel flottant », explique Mohamed Osman, vice-président de la Chambre du tourisme. La plupart des restaurants dans les dahabiyas sont en plein air et il est facile d’y contrôler les mesures de précaution. « Le seul problème est que les dahabiyas ne sont pas affiliés au ministère du Tourisme et des Antiquités, mais dépendent des gouvernorats où ils se trouvent », reprend Osman. Il demande à ce que le ministère du Tourisme et des Antiquités accorde des licences aux dahabiyas afin qu’ils soient correctement évalués du point de vue équipement, service et mesures hygiéniques.

Les bateaux de croisière au bord du Nil reprennent début d’octobre leur travail, mais l’Etat doit les soutenir financièrement, jusqu’au retour des flux touristiques à leur niveau normal, afin qu’ils présentent un service de qualité à leurs clients, un service digne d’un grand pays touristique comme l’Egypte.


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