Semaine du 16 au 22 septembre 2020 - Numéro 1341
Liban : Autopsie d’une crise
Al-Ahram Hebdo16-09-2020
 
 

Près d’un mois et demi après la terrible explosion du 4 août dernier, les habitants de Beyrouth ont été surpris jeudi par la fumée noire opaque provoquée par l’énorme incendie d’un entrepôt appartenant à la Croix-Rouge et où étaient stoc­kés des denrées alimentaires, des bidons d’huile et des pneus. Au-delà de l’incendie lui-même, rapidement maîtrisé, c’est le traumatisme d’une population en état de choc qui était ravivé. L’écran de fumée blanche flottant sur un paysage en ruine symbolisait certes la douleur d’un pays meurtri par des années de clientélisme et de mauvaise gestion. La crise libanaise ne date pas d’hier. Elle est le fruit de longues années de confessionnalisme, de failles structu­relles et de corruption.

Confessionnalisme parce que le système politique en place, qui répartit les pouvoirs sur des bases strictement confessionnelles, a plon­gé le pays dans un état d’immobi­lisme total. Hérité de l’ère coloniale et confirmé par les accords de Taëf en 1989, qui ont mis fin à la guerre civile, ce système a fait que tout le monde a le pouvoir, alors qu’en réa­lité, personne ne l’a véritablement. Dans ce système de gouvernance communautariste, unique au monde, toute question nécessitant une déci­sion est soumise à un interminable débat sans que personne soit en mesure de trancher ce débat. Le résultat est qu’il n’y a pas de déci­sion. Au lieu de représenter une idéologie, les partis politiques repré­sentent des clans. Et au lieu de cher­cher les intérêts du Liban et de la population libanaise, chaque parti cherche avant tout les intérêts de son clan. Comment peut-on gérer un pays de cette manière ? Les hommes politiques libanais ont tout fait pour maintenir ce système en place, sous prétexte de protéger la paix sociale. La réalité est qu’ils le font pour préserver leurs intérêts et pour rester en place. Le Liban s’est transformé en véritable confédéra­tion clanique où chaque clan n’a d’autre intérêt que d’arracher sa part du gâteau.

Déficiences structurelles parce que le Liban n’a jamais joui véritable­ment de son indépendance. Il a tou­jours été pris en otage par les forces régionales qui l’ont sans cesse mani­pulé. Il s’est retrouvé au coeur du bras de fer chiites/sunnites, et de la lutte entre Israël et l’Iran, chaque force cherchant à prendre le dessus sur l’autre. Déficiences structurelles aussi parce que l’on a laissé le Hezbollah pro-iranien créer un véri­table Etat dans l’Etat. Ce mouve­ment, qui s’apparente plus à une milice plutôt qu’à un parti, exerce sa mainmise sur la société et utilise la force et l’intimidation pour amener l’Etat libanais à prendre les décisions qui lui conviennent.

Enfin, corruption parce que pen­dant des années, l’élite politique libanaise a laissé le pays plonger dans l’endettement. La classe politique libanaise s’est servie de l’Etat pour réaliser ses intérêts. On a nourri le gouffre financier tout en rassurant la population que tout va pour le meilleur du monde. Et le résultat est l’effondrement de l’Etat libanais.

La crise libanaise mérite que l’on y médite et que l’on en tire les leçons. Plus que jamais, le Liban a besoin de réform.


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