Semaine du 1 er au 7 juillet 2020 - Numéro 1330
Proche-Orient : L’annexion, le désastre de trop
  La communauté internationale s’est élevée cette semaine contre le projet israélien d’annexer une partie de la Cisjordanie, que Netanyahu pourrait annoncer ce mercredi 1er juillet. A l’exception des Etats-Unis.
Proche-Orient : L’annexion, le désastre de trop
Le plan américain, sur lequel se base Israël, prévient l'annexion de la vallée du Jourdain, qui représente 30 % de la Cisjordanie occupée.(Photo : AFP)
Maha Salem avec agences01-07-2020

C’est ce mercredi 1er juillet que le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu doit présenter son plan d’annexion de territoires palestiniens. Une stratégie qui entre dans le cadre du plan de paix américain pour le Proche-Orient. Ce plan prévoit l’annexion de la vallée du Jourdain, une bande de terres agricoles qui compte pour 30 % de la Cisjordanie occupée et plus de 130 colonies juives, ainsi que la création d’un Etat palestinien démilitarisé sur un territoire limité et non contigu, et sans Jérusalem-Est pour capitale. Rejeté par les Palestiniens, ce plan rendu public fin janvier confirme qu’Israël peut « incorporer la grande majorité » des colonies dans son territoire, celles-ci feront donc « partie de l’Etat d’Israël et y seront connectées avec un système de transport efficace », d’où la mise en place de nouveaux checkpoints et de nouvelles routes de contournement qui limiteraient davantage la liberté de circulation des Palestiniens. La zone qui pourrait être annexée par Israël est déjà sous son contrôle de fait mais, selon un accord qui a suivi en 1995 les accords d’Oslo, elle avait vocation à être transférée à un futur Etat palestinien. Le plan américain prévoit au contraire un partage à 50/50 de cette zone, qui représente en tout environ 60 % de la superficie de la Cisjordanie. Israël y a fortement développé sa politique de colonisation ces dernières années (voir encadré).

Avant même l’annonce du plan d’annexion, les critiques ont fusé de toutes parts et les ambitions du gouvernement israélien ont suscité une vive polémique, et l’hostilité d’une bonne partie de la communauté internationale. Les Palestiniens sont évidemment les premiers à monter au créneau. Mercredi 24 juin, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré que toute annexion d’une quelconque partie des territoires palestiniens serait « nulle et non avenue », tout en réaffirmant son rejet du plan de paix américain. Son chef de la diplomatie, Riad Al-Malki, a, lui, parlé d’un « crime ». « Israël semble déterminé à ignorer ce gros feu rouge que la communauté internationale a érigé pour sauver des vies », a-t-il insisté. « Un tel régime ne peut prévaloir » et ses actions « conduiront uniquement à de l’instabilité et de l’insécurité comme cela s’est déjà produit souvent », a-t-il aussi déclaré. Quant au Hamas, il a qualifié l’éventuelle annexion de « déclaration de guerre », « la résistance, dans cette guerre sera la garde loyale et digne de confiance pour défendre notre peuple, sa terre et ses sanctuaires », a ainsi a déclaré le porte-parole de Ezzedine Al-Qassam Abou-Obeida dans un communiqué publié jeudi 25 juin. La veille, la Ligue arabe et l’Onu ont demandé d’une seule et même voix à Israël d’abandonner ses plans qui pourraient « mettre fin aux efforts internationaux en faveur de la création d’un Etat palestinien viable ».

Côté européen, la reconnaissance d’un Etat palestinien, ainsi que des sanctions économiques et politiques contre Israël sont envisagées. « Si les Israéliens décidaient d’aller de l’avant dans le processus d’annexion, nous serions contraints d’y opposer des mesures affectant les relations de l’Union européenne et de ses Etats membres avec Israël », a affirmé le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. « La relance des négociations de paix doit rester l’objectif », a-t-il dit.

Et au milieu de tous ces appels et toutes ces réticences, seul Washington a donné son feu vert à Israël. « Les décisions des Israéliens sur une extension de leur souveraineté sur ces territoires sont des décisions qui reviennent aux Israéliens », a déclaré, mercredi 24 juin, Mike Pompeo, chef de la diplomatie, lors d’une conférence de presse à Washington. Qui plus est, pour l’Administration Trump, c’est sur les Palestiniens que repose la faute, car ils ont refusé de participer à des négociations sur la base du plan, issu des travaux du gendre du président Trump, Jared Kushner.

Quelles options pour les Palestiniens ?

Mais face à cela, quelles cartes les Palestiniens ont-ils en main ? Peuvent-ils, comme l’a déjà dit le président palestinien, rompre tous les accords précédemment conclus entre l’Autorité palestinienne et Israël ? Vont-ils saisir la Cour Internationale de Justice (CIJ) ? Autant de questions qui se posent et qui se poseront encore dans les jours à venir. Début juin déjà, l’Autorité palestinienne avait soumis « une contre-proposition » au Quartette (Union européenne, Onu, Russie et Etats-Unis), proposant la création d’un « Etat palestinien souverain, indépendant et démilitarisé », et avait demandé la formation d’une coalition internationale contre l’annexion. De plus, l’Autorité avait pris fin mai un premier geste fort en stoppant la coopération sécuritaire avec Israël. « Il s’agit là d’un geste important, car la coopération sécuritaire est très importante pour Israël, et plusieurs responsables sécuritaires israéliens ont prévenu de la possibilité de problèmes sécuritaires, voire d’une troisième intifada », explique Dr Tarek Fahmy, professeur de sciences politiques à l’Université américaine et à l’Université du Caire. Or, ajoute-t-il, « Israël ne peut pas supporter une telle situation ».

Reste à savoir si la mobilisation internationale va donner un quelconque effet, d’autant plus que la plus grande puissance et principal allié d’Israël le soutient dans sa démarche. « Netanyahu a bien choisi le timing. Plusieurs crises mondiales et régionales viennent en tête des préoccupations internationales, tels le coronavirus et ses impacts ainsi que la situation tendue, voire explosive, dans plusieurs pays de la région comme la Libye, la Syrie, le Yémen, le Liban ou même l’Iraq », estime Fahmy. « Au milieu de tout cela, dit-il, la question palestinienne est oubliée ». L’analyste explique en outre que le plan israélien peut être indirect et graduel. Il peut rester juste une annonce sans une vraie application. « Tout dépendra de la pression exercée par la communauté internationale, si elle se maintient, elle pourra porter ses fruits et, au moins, retarder la décision », conclut Fahmy.

Quels sont les territoires concernés ?

Israël chercherait à annexer les territoires de la « zone C » définie par les accords d’Oslo de 1990 et qui représente 60 % du territoire. Cette zone est sous contrôle militaire et civil israélien, tandis que les zones A et B, qui forment les 40 % restants, sont principalement placées sous contrôle palestinien. A l’origine, selon les accords d’Oslo, la zone C devait revenir à l’Autorité palestinienne. Le plan américain, qui prévoit la création d’un Etat palestinien, propose un partage en deux de cette zone C où vivent 450 000 colons israéliens et 300 000 Palestiniens. « Pour Netanyahu, il s’agit d’avaler l’éléphant, la question est de savoir quelle est la taille du morceau qu’il avalera, c’est-à-dire quels seront les territoires annexés », a expliqué un diplomate occidental à l’AFP. Selon la presse israélienne, un scénario maximaliste prône l’annexion à la fois des colonies et de la vallée du Jourdain, et un scénario plus minimaliste évoque l’annexion, du moins pour commencer, de colonies ou de blocs de colonies. Pour le premier ministre israélien, qui entame son cinquième mandat, le plan Trump offre une « opportunité historique » de faire valoir « la souveraineté d’Israël ».


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire