Semaine du 20 au 26 mai 2020 - Numéro 1325
Processus de paix : Israël enfonce le clou
  Après 500 jours de crise, Israël a finalement un nouveau gouvernement, avec toujours BenyaminNetanyahu à sa tête. Ce dernier fait de l’annexion des territoires palestiniens sa priorité.Une nouvelle « Nakba » pour les Palestiniens.
Processus de paix :
Maha Salem avec agences20-05-2020

C’est un triste rendezvousque les Palestiniensont avec le mois de mai.72 ans après la Nakba(catastrophe) du 15 mai 1948, soitla création de l’Etat d’Israël etl’exode de 700 000 Palestinienscontrés de quitter leur terre, voilàque l’Etat hébreu prometl’annexion des pans de laCisjordanie occupée. C’est ce qu’adéclaré le premier ministreisraélien, Benyamin Netanyahu,dimanche 17 mai, devant laKnesset (parlement israélien) lorsdu vote de confiance de songouvernement. « Ces territoiressont là où le peuple juif est né et agrandi. Il est temps d’écrire unnouveau chapitre glorieux dansl’histoire du sionisme. Il est tempsd’appliquer la souveraineté sur lesimplantations de Cisjordanie », adéclaré Netanyahu, peu avant laprestation de serment du nouveaugouvernement en allusion àl’annexion des colonies, tout enajoutant que « cette annexionn’éloignerait pas la paix, mais quebien au contraire, elle larapprocherait. Les implantations(ndlr : appellation israélienne descolonies) et leurs habitants feraientpartie d’Israël, quel que soit lescénario. Le temps est venu pournos voisins les Palestiniens et tousles partis membres de la Knessetde reconnaître cela », a annoncé lepremier ministre. D’ores et déjà, legouvernement compte présenter, àpartir du 1er juillet, sa stratégie surce dossier hypersensible, quiprévoit l’annexion par Israël desplus de 130 colonies juives enCisjordanie, territoire palestinienoccupé depuis 1967 et de la valléedu Jourdain, langue de terres’étirant entre le lac de Tibériade etla mer Morte, et qui deviendrait lanouvelle frontière orientale d’Israëlavec la Jordanie.

Une déclaration choc pour lesPalestiniens, mais aussi lesJordaniens. Tous deux n’ont pastardé à réagir, mettant en gardecontre les conséquences d’un telprojet. « Si Israël annexeréellement (des pans de) laCisjordanie en juillet, celaconduira à un conflit majeur avecle Royaume jordanien », a affirméle roi Abdallah II de Jordanie, dansun entretien au magazine allemandDer Spiegel. Quant au président del’Autorité palestinienne, MahmoudAbbas, il a dénoncé le pland’annexion, réitérant sa menace demettre fin aux accords avec Israël« si le gouvernement israélienannonce l’annexion d’une partiede notre terre occupée ». Demême, pour les Palestiniens, lesAméricains sont eux aussiresponsables. Pour le négociateuren chef des Palestiniens, SaëbErakat, « les Etats-Unis sontparties prenantes de ce plan ».« Des dirigeants internationauxnous ont clairement signifié quel’annexion représentait unemenace non seulement pour la paixau Moyen-Orient, mais aussi pourl’ensemble du systèmeinternational », a dit Erakat.« Toute décision israélienned’annexer des colonies, la valléedu Jourdain et le nord de la merMorte en Palestine occupée seraitune étape catastrophique qui tuerales chances de réaliser une paixjuste et poussera la région versplus de conflits », a de son côtéréagi le ministre jordanien desAffaires étrangères, AymanAl-Safadi.

Feu vert américain

En effet, la Jordanie estdirectement concernée par ceprojet, d’où sa réaction. « Certes,la Jordanie a vivement réagi, maisdans la réalité des choses, elle nepeut pas faire grand-chose. Elle nepeut ni annuler les accords de paixsignés avec Israël, ni entrer enconfrontation avec l’enfant gâté deWashington », explique Dr MonaSoliman, professeure de sciencespolitiques à l’Université du Caire,tout en ajoutant que personne nepeut arrêter les autoritésisraéliennes dans leur projet.

D’autant plus que Washington n’yest pas opposé.La visite, mercredi 13 mai, dusecrétaire d’Etat américain, MikePompeo, en Israël, était axée surcette question. Le nouveaugouvernement israélien a « le droitet le devoir » de décider si etcomment il veut appliquer sasouveraineté en Cisjordanie, adéclaré Mike Pompeo, précisant :« Nous avons parlé non seulementde la question de l’annexion, maisaussi de nombreux autres sujetsliés — comment traiter tous leséléments impliqués, et comment ilserait possible de s’assurer que ladémarche est faite correctement,afin d’obtenir un résultat conformeà la vision de la paix », unedéclaration dans laquelle certainsobservateurs voient un appel à laprudence avant de passer à l’acte.Diverses informations ont suggéréque l’Administration pourraitvouloir demander au gouvernementisraélien de ne pas se précipiter,même si Pompeo a souligné àplusieurs reprises que l’annexionconstituait une décision israélienne.D’ailleurs, l’Administrationaméricaine a fait savoir qu’ellereconnaîtrait la souverainetéisraélienne sur toute la vallée duJourdain et toutes les implantationsisraéliennes en Cisjordanie enéchange de l’assurance queJérusalem serait prête à négocierun accord de paix avec lesPalestiniens sur la base du planTrump. Grand allié de Tel-Aviv,Washington a multiplié les gestes desoutien à Israël depuis l’arrivée à laMaison Blanche de Donald Trump,qui a reconnu Jérusalem commecapitale d’Israël et entériné lasouveraineté israélienne sur leplateau occupé du Golan syrien.Une position classique, commel’explique Dr Tareq Fahmi,politologue et professeur de sciencespolitiques à l’Université du Caire età l’Université américaine du Caire,tout en concluant : « Le déplacementde Pompeo est une marque desoutien au nouveau gouvernementisraélien, mais aussi un message aulobby juif aux Etats-Unis, àl’approche des présidentielles denovembre prochain » .


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