Semaine du 13 au 19 mai 2020 - Numéro 1324
Dr Samia Abdul-Rahman : Une grande part de responsabilité incombe aux plus jeunes
  Plus vulnérables que tous face au coronavirus, les personnes âgées doivent être d’autant plus protégées. Dr Samia Abdul-Rahman, professeure de gériatrie et de gérontologie à l’Université de Aïn-Chams, nous explique comment. Interview.
Dr Samia Abdul-Rahman
Chérif Albert13-05-2020

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus à risque face au coronavirus ?

Dr Samia Abdul-Rahman: Plus on avance dans l’âge, plus notre sys­tème immunitaire s’affaiblit, ainsi que tous les organes du corps. Si on parle des poumons auxquels s’at­taque le virus, leur fonction décline avec l’âge, ce qui fait que les com­plications deviennent plus sévères.

A la lumière des statistiques d’infection et de mortalité, à partir de quel âge peut-on considérer qu’on est âgé face à ce virus ?

— L’OMS situe l’âge de la vieillesse à 75 ans, or, dans beau­coup de pays, on considère qu’un individu a atteint la vieillesse à par­tir de 60 ou 65 ans, mais cela dépend aussi de l’état de santé de chaque individu, ce que l’on appelle l’âge biologique, par opposition à l’âge chronologique. Cela dit, pour ce qui est du coronavirus, plus on avance en âge, plus on est exposé à des complications sévères, celles-ci peuvent se manifester à partir de 45 ou 50 ans.

Quelles consignes donneriez-vous aux personnes âgées pour se protéger ?

— Le plus important c’est de res­ter chez soi, même si les restrictions sur les mouvements se relâchent au niveau de la société, les personnes âgées doivent autant que possible maintenir le confinement.

Pratiquement parlant, ceux qui vivent seuls et qui n’ont per­sonne pour les aider à faire leurs courses, comment peuvent-ils faire ?

— Pour les sorties impératives, il faut porter le masque et observer la distanciation sociale.

Qu’en est-il pour les visites des enfants et des petits-enfants ?

— Il faut réduire au minimum la fréquence des visites ainsi que le nombre de visiteurs. Parce que si les grands-parents restent chez eux, leurs enfants sortent tous les jours pour aller au travail et sont en contact avec des gens. Heureusement, la possibilité de se parler et de se voir en ligne permet d’espacer les visites. Personnellement, comme je suis médecin et donc plus exposée que d’autres, cela fait deux mois que je n’ai pas vu ma mère parce que je crains pour elle. Sinon, je pense qu’aller voir ses parents ou ses grands-parents une fois toutes les deux semaines reste dans les limites du raisonnable.

Et lors de la visite, quelles précautions faut-il prendre ?

— Il faut être prudent. Comme mesures de protection, la première chose à faire en allant voir ses vieux parents c’est de se déchausser en entrant, de bien se laver les mains à l’eau et au savon, et de nettoyer avec le gel son porte-clés. Pendant la visite, tout le monde doit porter un masque et il faut maintenir une distance entre 1,5 et 2 mètres entre chaque individu à l’intérieur de l’appartement. Il va sans dire qu’il n’y a pas lieu de s’embrasser ou de se prendre dans les bras.

Après la visite, l’hôte devra net­toyer les poignets de porte avec du savon ou du gel alcoolisé, et placer dans la machine à laver les housses des chaises et des fauteuils utilisés ou les draps qui y ont été posés au préalable, parce que les vêtements peuvent être porteurs du virus.

Et qu’en est-il des personnes âgées qui vivent avec leurs enfants et leurs-petits enfants sous le même toit ?

— Là, une grande part de respon­sabilité incombe aux plus jeunes qui doivent limiter leurs sorties au minimum et, s’ils doivent aller au travail, prendre toutes les précau­tions qu’il faut: port du masque, distanciation sociale, lavage systé­matique des mains ou utilisation du gel hydro-alcoolique. En rentrant à la maison, ils doivent se laver les mains, nettoyer leurs affaires, prendre une douche et mettre leurs vêtements dans la machine à laver. C’est ainsi qu’on peut limiter le risque de contaminer ses parents avec qui on vit, puisque dans ce cas, la distanciation est impossible.

Les personnes âgées ont sou­vent recours à une femme de ménage. Comment gérer cette nécessité ?

— C’est un vrai problème dans la mesure où une femme de ménage travaille chaque jour chez des gens différents et utilise les transports publics. C’est difficile de s’assurer de son respect des consignes d’hy­giène dans sa vie de tous les jours.

Et pour les accompagna­trices et le personnel soignant qui viennent à la maison ?

— Je ne conseille pas de faire appel à des infirmières à mi-temps, parce que celles-ci travaillent dans des hôpitaux et de ce fait, leurs chances de contracter le virus sont plus élevées. Si nécessaire, il est préférable que la famille fasse appel à une accompagnatrice résidente et de la faire examiner par le médecin de famille avant qu’elle commence son travail. Le médecin lui recom­mandera des tests classiques desti­nés à détecter les inflammations. Si les résultats sont bons, et que la personne ne présente aucun symp­tôme, la famille pourrait être sûre à plus de 80 % que celle-ci est exempte du virus.

Les personnes âgées souffrent la plupart du temps de maladies chroniques qui nécessitent un suivi médical. Faut-il s’abstenir de faire les visites de routine par peur d’at­traper le virus ?

— C’est une question très impor­tante et la réponse est un non caté­gorique. Il ne faut surtout pas que la peur nous amène à négliger le suivi médical parce que cette négligence peut coûter des vies. D’une part, les mesures de prévention sont obser­vées dans les hôpitaux et les cli­niques, d’autre part, le patient peut de son côté prendre certaines pré­cautions: porter un masque, des gants, réserver une consultation et être à l’heure pour ne pas avoir à attendre trop longtemps et, s’il faut attendre, se mettre à l’écart des autres patients …

Pour éviter les méfaits de la sédentarité, les personnes âgées peuvent-elles se permettre de sor­tir pour marcher ?

— En prenant toutes les précau­tions nécessaires, on peut sortir pour marcher dans les rues autour de son immeuble, de préférence durant les heures du couvre-feu. A défaut, on peut marcher à l’intérieur de la maison et demander à son médecin de nous proposer certains exercices de gymnastique douce que l’on peut pratiquer chez soi. Et il ne faut pas oublier de rester une heure au soleil, entre 11h et midi par exemple, pour éviter une carence en vitamine D.

En cas d’infection au corona­virus, la prise en charge est-elle différente s’il s’agit d’une per­sonne âgée ?

— La seule différence se situe au niveau des symptômes, ceux-ci ne seraient pas forcément typiques (fièvre, toux sèche et difficultés res­piratoires) chez une personne âgée. Une désorientation, un manque de concentration, une incapacité à mar­cher, ou tout autre changement brusque chez la personne âgée doi­vent être considérés comme symp­tômes potentiels du coronavirus.


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