Semaine du 13 au 19 mai 2020 - Numéro 1324
Dr Saïd Okasha : Ce gouvernement va créer une période de fausse stabilité
  Dr Saïd Okasha, rédacteur en chef du magazine Mokhtarat Israëliya (sélections israéliennes), estime qu’Israël n’a fait qu’éviter un 4e scrutin avec la formation du nouveau gouvernement israélien. Il émet des doutes sur les chances de réussite de l’alliance Netanyahu-Gantz.
Dr Saïd Okasha
Sabah Sabet13-05-2020

Al-Ahram Hebdo : Après la plus longue crise politique du pays, Israël a désor­mais un gouvernement à deux têtes, où deux premiers ministres successifs se passe­raient le relais au bout de 18 mois : Benyamin Netanyahu, chef du Likoud, et son ex-rival, Benny Gantz, chef du parti Bleu et Blanc. Comment voyez-vous la formation ?

Saïd Okasha : Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que la formation de ce gouvernement est intervenue pour éviter la tenue d’un qua­trième scrutin. Les deux hommes se sont mis d’accord sur un partage équitable des porte­feuilles ministériels, notamment les quatre ministères de souveraineté. Netanyahu reste premier ministre pour les 18 prochains mois, avec un total de 32 ministres pour les six premiers mois, qui passera par la suite à 36, soit le plus haut nombre de ministres dans l’histoire du pays. Pourtant, cette distribution risque de présenter une problématique, car pour satisfaire tous les partis alliés des deux camps, il a fallu créer de nou­veaux postes ministériels. Il s’agit en effet du plus large gouvernement de l’histoire du pays. Or, ceci risque de poser problème à la Knesset. De même, les deux hommes s’op­posent sur beaucoup de choses.

— Il s’agit donc d’un gou­vernement fragile, mais au point de risquer d’échouer ?

— On peut dire que le gou­vernement de Netanyahu et de son ex-rival Gantz va créer une période de fausse stabili­té, et cette stabilité ne sera pas longue.

De plus, le procès de Netanyahu, inculpé pour corruption dans une série d’affaires, doit s’ouvrir à la fin du mois, après avoir été reporté à cause de la pandémie. Et s’il est condamné, le gouvernement risque d’être démantelé. En outre, ce gouvernement aura une lourde tâche de gérer dif­férents problèmes socioéco­nomiques comme le chô­mage, dont le taux est élevé à cause de la pandémie du coronavirus, ainsi que le redémarrage de l’économie israélienne.

— On a beaucoup parlé de la crise interne, où en est le processus de paix ?

— Justement, c’est l’un des points de discorde majeurs entre Netanyahu et Gantz. Gantz est pour la poursuite de la voie du processus de paix et il est contre le plan de Netanyahu d’an­nexion totale de la Cisjordanie. Et le gouver­nement doit se prononcer dans le détail sur le projet d’annexion de pans de la Cisjordanie occupée.

En pleines tractations sur la formation du gouvernement, Netanyahu a approuvé des raids contre la Syrie, la cinquième série menée par Israël …

Certainement, Netanyahu va exploiter cela pour améliorer son image et se présenter comme le seul capable de protéger Israël, toujours sous la menace. Mais en réalité, Israël a mené ces dernières années de mul­tiples campagnes en Syrie contre une pré­sence iranienne croissante que l’Etat hébreu considère comme une menace stratégique. Donc pour Israël, il s’agit d’empêcher l’Iran et le Hezbollah d’établir des industries et des bases militaires fixes en Syrie.

— Et qu’en est-il de l’offensive contre Gaza ?

— Gaza a d’autres dimensions, l’extrême droite veut y mener une guerre pour détruire le Hamas, tandis que Netanyahu ne trouve pas cette vision dans l’intérêt d’Israël. Donc, ce qui se passe n’est que des escarmouches avec le Hamas .


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