Semaine du 6 au 12 mai 2020 - Numéro 1323
Fantasmes d’artistes confinés
  La galerie Tam propose une exposition en ligne inspirée de ces temps de confinement, avec la participation de 11 peintres et sculpteurs.
Fantasmes
Névine Lameï06-05-2020

Pas besoin de quitter son salon ou sa salle de séjour, il suffit de cliquer sur le site Internet de la galerie Tam www.tam.gallery, ou sur le lien suivant: https://bit.ly/ArtistsOfTomorrow2020, afin de visiter l’exposition en cours : Les Artistes de demain, regrou­pant 11 artistes prometteurs à leurs débuts. A savoir: Fatma Abo-Doma, Khadija Abou-Hussein, Khoshoua El-Gohary, Mariam El-Mofty, Yasser Gaessa, Youssef Sabry, Waël Karem, Shady Habiba, Mona Heikal, Mohamed Bassiouni et Asmaa Bekheet.

Ce sont des artistes qui s’inspirent du confinement actuel. D’où une angoisse bien ressentie à travers les oeuvres exposées en ligne, lesquelles poussent à une réflexion autour des changements prévus, de l’isolement, de l’anxiété, etc.

Le peintre et illustrateur alexandrin Yasser Gaessa a recours à l’aquarelle, aux tons ocre et grisâtre, afin d’évoquer ce que nous vivions jusqu’à tout récemment. Il peint des êtres fantoma­tiques, aux détails peu clairs. Les illustrations de Gaessa accentuent les détails des rues, les façades d’immeubles anciens, au style haussmannien, etc. L’une de ses toiles montre une rue déserte, envahie par le calme inhabituel pour Le Caire. Une autre toile est régie par le chaos et les motifs qui s’encombrent à la surface. Ces deux scènes contradictoires en disent long sur le changement que nous vivons, à l’heure de la distanciation sociale. Quelque part, l’artiste a l’air de souhaiter que le calme continue après la fin du confinement.

Les peintures et dessins surréalistes de Youssef Sabry libèrent l’homme de toute contrainte, de toute logique. Des têtes de morts, motif répétitif chez Sabry, nous invitent à observer les divers états d’âme des humains, affectés par les changements socioécono­miques actuels.

Asmaa Bekheet met en relief, à travers ses matériaux mixtes, des signes et des symboles inspirés des arts babylonien, assyrien, pharaonique, de l’architecture islamique, etc. Elle cherche à atteindre une expressi­vité plus intense et mieux communiquer les charges émotionnelles. Ses protagonistes semblent sortir d’un ancien jeu de société.

Le travail autobiographique de la photographe Mariam El-Mofty décrit sa vie, en toute simplicité et humanité, nous invitant à mieux la comprendre. El-Mofty établit inlassablement un lien entre son vécu et sa vision du monde qui l’entoure, comme s’il s’agis­sait d’une thérapie par l’art. Ceci est clair dans In Two Worlds (entre deux mondes), une photo de femme, captée de dos, observant le monde extérieur, derrière son rideau blanc filtrant la lumière du jour.

La liberté des animaux

Sculpté dans un mouvement de rage, le taureau en bronze de Waël Karem mise sur la contra­diction ente les surfaces polies et les autres plus rudes, pour exprimer la résignation et la rébel­lion.

Les sculptures abstraites de Mona Heikal ressemblent à des créatures mythiques, qui se prêtent bien à l’illusion optique, pour en faire des vainqueurs et des héros. Les peintures de Mohamed Bassiouni, avec leur texture de vieux papier, non sans rappeler les papyrus pharaoniques, font appel à des divinités de l’Egypte Ancienne comme Horus, le dieu protecteur du pays. Ce dernier est représenté sous forme d’oiseau, faisant référence à tous les oiseaux qui sillonnent aujourd’hui les cieux, profitant du calme engendré par le coronavirus. En ce moment, malgré tout, il y a une possibilité d’envol, de spiritualité.

Habillés comme des humains, les animaux créés par Shady Habiba, notamment des singes et des lions, sont peints sur des surfaces distordues. On est bien dans une ère de perturbation et de déséquilibre. Tandis que les humains sont confinés et que les villes sont désertes, les animaux sont à l’aise et ont envahi les rues et les lieux publics.

Les corps de femmes, à têtes de baleine, installées à l’intérieur de leurs maisons, font plus ou moins écho à la même idée. Fatma Abo-Doma fait référence à l’histoire de Jonas qui a tenté d’échapper à Dieu, pour se soustraire à son commandement. Il a été jeté en mer pour fuir la tempête ou la colère de Dieu et de la nature. Une baleine l’a englouti. Puis, il se repent, prie, jusqu’au moment où, en allumant un feu, il va retrouver sa liberté.

Les peintures de Doma, à cachet sensuel, recèlent une grande profondeur émotionnelle. Le recours à la baleine, ce mammifère marin fait de rondeurs, immense par rapport à l’être humain, évoque l’importance du retour à la nature. C’est une nécessité pour retrouver l’équilibre perdu .


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