Semaine du 6 au 12 mai 2020 - Numéro 1323
Coronavirus : Ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas
  Près de cinq mois après son apparition en Chine et malgré les analyses et les recherches, le nouveau coronavirus garde toujours des zones d’ombre. Voici quelques éléments-clés qu’on continue de mal connaître au sujet du virus.
Coronavirus
May Atta06-05-2020

— Pourquoi, chez certains, le virus ne produit aucun ou peu de symptômes (80% des cas selon l’OMS), tandis que chez d’autres, il pourrait être fatal ?

— Ce que l’on sait, c’est que les personnes sévèrement atteintes sont significativement plus âgées que ceux faiblement malades. Les enfants sont bien moins sujets au Covid-19 que les adultes. Et s’ils développent des symptômes, ils sont en général légers. Pourquoi ? On ne sait pas. La même caractéristique avait été notée pour le virus du Sras en 2002-2003.

— L’infection est-elle le résultat d’une moins bonne réaction immunitaire? Ou bien la conséquence d’une exposition à des doses plus élevées du virus lors de la contamination ?

— Des travaux sur un virus différent, celui de la rougeole, ont montré que la gravité de la maladie était corrélée à la dose d’exposition initiale au virus. On ignore s’il en va de même pour le Covid-19. On ignore également quelle est la charge minimum pour l’attraper.

— Est-ce que le virus est présent dans l’environnement? Peut-il circuler en suspension dans l’air? Est-ce qu’il persiste longtemps sur les surfaces inertes ?

— La question n’est pas tranchée. Une étude américaine publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) montre que le nouveau coronavirus peut survivre en laboratoire pendant trois heures sous la forme de particules dans l’air. Mais on ne sait pas si cette faculté est importante pour la transmission de la maladie. Autrement dit, on sait que l’on peut trouver du virus, mais on ne sait pas si ce virus est infectant. Pour le moment, une contamination purement aérienne via les aérosols reste hypothétique.

— Le virus va-t-il s’estomper avec l’arrivée des beaux jours ?

— C’est une possibilité, mais pas une certitude, répondent les spécialistes. D’après les données disponibles sur d’autres virus, l’été et la chaleur pourraient éventuellement ralentir la pandémie. Une étude réalisée à Hong Kong a montré que le virus du Sras, qui avait frappé l’Asie en 2002-2003 et qui est un proche cousin de l’actuel coronavirus, résiste mieux par température basse et faible humidité. Mais une étude américaine récente, de la Harvard Medical School, souligne que « les seuls changements météo ne vont pas nécessairement conduire au déclin des cas de Covid-19 sans la mise en place d’interventions sanitaires importantes ». Il faut donc rester prudent même si le temps peut jouer en notre faveur.

— S’agit-il d’un virus saisonnier? Faut-il craindre le déferlement de vagues successives ?

— On ignore pour l’instant si le virus se propagera par vagues successives, comme l’a fait la grippe espagnole, par exemple. De nombreuses zones d’ombre persistent par ailleurs sur le virus lui-même, notamment le rôle des saisons dans sa propagation. Les facteurs qui détermineront l’ampleur de la deuxième vague sont si nombreux qu’ils n’ont pas tous été testés.

— L’immunité des personnes qui ont été malades. Peut-on attraper deux fois le Covid-19 ?

— Jusqu’ici, pas de réponse ferme à cette question cruciale, même si les scientifiques espèrent qu’un patient contaminé sera immunisé, du moins pour une certaine période. Nous savons que l’immunité fonctionne différemment, selon les maladies: l’immunité contre la varicelle dure toute la vie, mais l’immunité contre les rhumes causés par d’autres types de virus est très variable. Comme le Covid-19 est un nouveau virus, il n’y a pas suffisamment de données pour bien mesurer le type et la durée de l’immunité dont bénéficieront les patients qui en sont touchées. Interviewé par le New York Times, Florian Krammer, virologiste à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai à New York, explique: « Je ne dis pas que la réinfection est impossible, mais même les formes d’infection les plus légères doivent laisser au moins une immunité à court terme contre le virus chez le patient en convalescence ».

— Les chiffres réels des cas confirmés et du nombre de décès. Combien ont déjà attrapé le virus ? Combien en sont morts ?

— Les capacités limitées de certains pays à effectuer des tests rend impossible de connaître les chiffres réels de la pandémie aujourd’hui.

Mis à part de rares pays qui ont rapidement mis en place des politiques de dépistage agressives, comme la Corée du Sud et l’Allemagne, la connaissance du nombre des contaminés est très approximative. La plupart des pays, à quelques exceptions près, ont actuellement une approche très limitée en matière de tests de dépistage, pour des raisons diverses. Certains pays manquent de ressources pour centraliser leurs données, tandis que d’autres peuvent manquer de transparence. Selon l’OMS 80%, des personnes malades du Covid-19 n’éprouveront que des symptômes bénins. Ceux-ci restent en grande partie non répertoriés. Et comme il ne sera pas possible de tester toute l’humanité, nous ne pourrons avoir que d’estimations et de simulations .


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire