Semaine du 4 au 10 mars 2020 - Numéro 1314
Allier plaisirs balnéaires et découvertes culturelles
  Un musée sur la civilisation égyptienne a ouvert ses portes dans la ville d'Hurghada. Il s'agit du premier musée construit sur un site balnéaire de la mer Rouge et du premier musée d'Egypte édifié en collaboration avec le secteur privé.
Allier plaisirs balnéaires et découvertes culturelles
Nasma Réda04-03-2020

Hurghada,

De notre envoyée spéciale —

« La beauté à travers l’histoire égyp­tienne », tel est le thème du nouveau musée des antiquités égyptiennes créé dans la station balnéaire d'Hurghada, située sur la mer Rouge. Inauguré samedi dernier par le premier ministre, Moustapha Madbouli, et Khaled El-Enany, ministre du Tourisme et des Antiquités, ce musée n’est pas seulement le pre­mier construit sur un site balnéaire de la mer Rouge, mais aussi le premier musée du pays édifié en collaboration avec le secteur privé.

Hurghada, connue surtout pour la plongée et les activités nautiques, offre donc désormais à ses visiteurs un regard sur la civilisation égyp­tienne. « C’est une expérience pionnière qui vise à lier le tourisme balnéaire au tourisme cultu­rel », a souligné El-Enany. Ce dernier a eu l’idée, il y a deux ans, de faire participer le sec­teur privé au domaine de l’archéologie, assurant qu’il n’y a aucune loi interdisant ce genre de partenariat. Il a indiqué que le gouvernement n’avait rien payé pour la construction du musée, qui a coûté 185 millions de L.E. Le secteur privé bénéficie d’un droit d'exploitation pour 15 ans et le revenu des billets sera divisé entre le ministère et le secteur privé.

Deux entreprises privées, en partenariat avec le ministère du Tourisme et des Antiquités, ont créé ce nouveau musée. « La compagnie Misr pour l’investissement immobilier et touristique a financé un terrain de 10 000 m2, alors que la société Al-Tahrir pour l’immobilier, dirigée par Khaled Mahfouz, a financé le projet, dont les constructions, les équipements du musée et les activités aux alentours », explique Ahmed Al-Aassar, PDG de l’entreprise Misr pour l’investissement immobilier et touristique. Et de préciser que le nombre de touristes étrangers se rendant dans cette ville côtière dépasse les 5 millions par an, dont la moitié visitent aussi Louqsor ou Le Caire pour voir les monu­ments égyptiens. De tels voyages leur coûtent cher, de même qu’à l’Etat, qui assure leur sécurité lors de leur aller-retour.

1 791 objets antiques

Le musée a été construit sur deux étages et une superficie de 3 000 m2. Au rez-de-chaussée, des magasins vendent des articles divers, dont des papyrus et des souvenirs, alors que le musée se trouve au premier étage. Une fois la porte du musée franchie, le visiteur plonge dans une atmosphère sereine, dégagée par l’éclairage faible mais sophistiqué des objets exposés. « C’est l’occa­sion, pour les touristes ainsi que pour les citoyens du gouvernorat et les autres Egyptiens, de découvrir 1 791 objets antiques uniques, qui retracent d’une manière chronologique l’his­toire de la civilisation égyptienne », souligne Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités.

Le comité de scénographie qui a assuré la muséologie s’est basé sur le thème de la beauté sous ses différentes formes. Ce qui explique pourquoi le buste de Mérytamon, la fille de Ramsès II et de Néfertari, connue par sa beauté et ses bijoux splendides, est la pièce maîtresse du musée, en plus de se trouver sur toutes les bro­chures. « Le musée montre également, à travers des pièces bien choisies, comment la femme égyptienne s’intéressait à ses habits, à ses bijoux et à ses coiffes », souligne Mahmoud Mabrouk, conseiller du ministère du Tourisme et des Antiquités en matière de muséologie, qui a eu l’idée du thème du musée depuis le début du projet. « On a retracé également la vie quoti­dienne ainsi que les différents arts de l’Egypte Antique et la beauté des divinités égyptiennes à travers les époques. Ce qu’il y a de différent dans ce musée, c’est qu’on a amené tous les constituants de la tombe pharaonique et qu’on les a déposés dans une vitrine pour donner au visiteur le sentiment de se trouver devant une tombe réelle, avec tous ses détails », explique-t-il.

La plupart des pièces sont présentées pour la première fois aux visiteurs. Certaines ont été dégagées des travaux de fouille de la région, tandis que d’autres proviennent des entrepôts du Musée du Caire ou du gouvernorat de la mer Rouge. Les objets exposés sont variés et d’une valeur inestimable, notamment des sarcophages, des stèles, des masques funéraires, des poteries et des bijoux. La statue en granit noir du dieu faucon Horus, découverte en décembre dernier au temple thébain de Thoutmosis III, le « temple des millions d’années », accueille les visiteurs. Dans une autre salle se trouve une statue en granit rose du grand conquérant Ramsès II, découverte à Memphis, également en décembre dernier.

Le nouveau musée permet aux visiteurs de découvrir différents aspects de la civilisation égyptienne. « Il montre par exemple les sports et loisirs pratiqués », souligne Maysara Abdallah, professeur à la faculté des antiquités de l’Uni­versité du Caire et membre du comité du scéna­rio muséologique. « On a choisi différentes pièces en bois, en bronze ou en métal pour illus­trer la diversité des matériaux utilisés et la beauté artisanale des pièces », indique-t-il.

Un musée pour toutes les époques

Le musée ne se limite pas à exposer des pièces remontant aux différentes époques pharao­niques, mais présente aussi des objets qui retra­cent l’histoire de toute la civilisation égyptienne. Le visiteur y trouve ainsi des statues remontant à l’époque gréco-romaine, des pièces coptes et d’autres islamiques. Sans oublier l’Egypte moderne, représentée par des peintures montrant des femmes de la famille alide, qui a gouverné le pays de 1805 à 1952. « On a cherché quelques bijoux de la famille alide pour montrer leur beauté. Ces trésors étaient conservés dans les entrepôts de la Citadelle ainsi que dans des coffres-forts de la Banque Centrale », souligne Mabrouk.

Le musée donne aussi l’occasion d’exposer les pièces découvertes en 1994 par l’Institut améri­cain des antiquités maritimes. « Cette mission de fouille a découvert un navire datant du XVIIIe siècle, englouti tout près de la côte d'Hurghada, à l’île de Saadana, et qui renfermait des usten­siles en faïence, en porcelaine et en poterie. Ces pièces ont été fabriquées pour la famille chinoise Qing », raconte Mabrouk, qui explique que la mer Rouge était à l’époque une route commer­ciale importante.

Comme Hurghada a une nature particulière pour les touristes, habitués à consacrer leurs matinées aux différentes activités nautiques, le ministère du Tourisme et des Antiquités a décidé d’ouvrir le musée le matin jusqu’à 14h et tous les après-midi de 17h à 23h, afin que les visi­teurs puissent s’y rendre après le dîner. « Le musée est sécurisé avec des équipements sophis­tiqués », explique par ailleurs Khaled Mahfouz, PDG d’Al-Tahrir, soulignant qu’il déploiera tous ses efforts pour promouvoir le musée et le médiatiser sur le plan international afin d’attirer le nombre le plus possible de touristes. « La direction du musée relève de la responsabilité du ministère du Tourisme et des Antiquités, qui fixe aussi le prix des billets », assure-t-il.

Au guichet, les visiteurs trouvent des bro­chures expliquant le parcours ainsi qu’un livret rédigé par le célèbre égyptologue Zahi Hawas, racontant une partie de l’histoire égyptienne en se basant sur quelques objets exposés. El-Enany estime que le musée encouragera davantage les tou­ristes à se rendre à Louqsor ou à Assouan pour en visiter les temples, les incitant à prolonger la durée de leur voyage. « Il y a deux ans, il était inconcevable pour le secteur privé de collaborer avec le gou­vernement dans le domaine de l’archéo­logie. Aujourd’hui, avec l’inauguration de ce musée, tout a changé et le secteur privé se précipite à entrer en partenariat avec le ministère du Tourisme et des Antiquités en vue d’encourager ce domaine fructueux autant sur le plan financier que culturel », conclut-il.

Informations pratiques :

Prix des billets

Touristes étrangers

Adultes : 200 L.E. (près de 12 euros)

Etudiants : 100 L.E. (près de 6 euros)

Egyptiens

Adultes : 80 L.E.

Etudiants : 40 L.E.

Des visites gratuites sont organisées pour les écoles primaires du gouver­norat de la mer Rouge.

Horaires

Matin : De 9h à 14h

Après-midi et soir : De 17h à 23h


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