Semaine du 12 au 18 février 2020 - Numéro 1311
Sommet de l’UA : De trop grandes ambitions ?
  Tenu les 9 et 10 février à Addis-Abeba, le 33e sommet annuel de l’Union Africaine (UA) s’est donné pour objectif affiché d’oeuvrer à la résolution des conflits sur le continent.
Sommet de l’UA : De trop grandes ambitions ?
(Photo : Reuters)
Sabah Sabet12-02-2020

« Faire taire les armes », tel était le thème principal du sommet annuel de l’Union Africaine (UA) tenu dimanche 9 et lundi 10 février à Addis-Abeba en Ethiopie. Avec le constat amer de la multiplication des conflits sur le continent, surtout en Libye et au Soudan du Sud, et après plusieurs sommets lors des­quels les réformes de l’UA — notamment son finance­ment — et la mise en place de mesures telles que la Zone de libre-échange continentale (Zlec) ont occupé le devant de la scène, les débats se sont concentrés sur les conflits africains, le terrorisme, les conflits intercommunautaires ainsi que les crises pré et post-électo­rales. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki, qui a évoqué la variété des problématiques auxquelles l’Afrique doit faire face, a rappelé que si l’UA a récemment permis de faire avancer la paix en Centrafrique et au Soudan, de nombreux conflits persistent, Libye et Soudan du Sud en tête, tandis que d’autres sont nés, notamment au Mozambique et au Cameroun.

Essayant de reprendre la main dans le dossier libyen, l’UA a consacré une importante partie des rencontres des chefs d’Etat et de gouvernement africains pour cette affaire gérée principalement par l’Onu. Le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, présent à Addis-Abeba, et qui avait dit com­prendre la « frustration » de l’UA, jusqu’à présent « mise à l’écart » dans le dossier libyen, entend bien soutenir l’organisation continentale dans son offensive. « Nous avons établi ensemble un nouveau cadre de partenariat entre l’UA et les Nations-Unies pour une coordina­tion étroite de nos efforts com­muns », a annoncé dimanche le chef de l’Onu, précisant qu’il parta­geait les frustrations qu’éprouve l’UA face à la situation qui règne en Libye depuis 2011 en insistant sur la mise d’un terme au conflit libyen et en soulignant l’incidence majeure de la crise libyenne sur le Sahel et au-delà. Les rangs africains se sont donc resserrés autour de l’initiative d’un forum de réconciliation pro­posée fin janvier lors d’un sommet organisé par le comité de l’UA sur la Libye.

Plus généralement, l’UA a affiché sa volonté d’occuper un rôle plus important dans la résolution des conflits du continent et de cesser de laisser la main aux puissances et organisations extérieures. Ainsi, la crise au Soudan du Sud est aussi l’un des sujets brûlants abordé. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui a succédé dimanche 9 février au président Abdel-Fattah Al-Sissi, prenant pour un an la tête de l’UA, a rencontré séparément, à la veille du sommet, dans la foulée de la médiation assu­rée par le vice-président sud-afri­cain David Mabuza, le président sud-soudanais Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar, afin de donner un nouvel élan au dialogue. Car si Kiir et Machar ont signé en sep­tembre 2018 un accord de paix, la formation d’un gouvernement d’union nationale a été reportée à plusieurs reprises et aucun accord ne semble en vue alors qu’approche une nouvelle date butoir, le 22 février.

La cause palestinienne, une priorité africaine

Outre ces questions, ce sommet était une occasion pour le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, de faire un tour d’horizon sur l’actualité poli­tique dans le monde et en Afrique durant l’année 2019, et de définir les défis à relever pour l’année 2020 tout en mettant en exergue la cause palestinienne et sa réaction envers le deal du siècle. « L’année 2019, qui vient de s’achever, n’a pas été de pleine paix dans le monde. Celle qui s’ouvre n’an­nonce pas non plus que nous sommes au bout de nos peines. Elle nous appelle à la nécessité d’une constante mobilisation de toutes les énergies pour relever les défis ardus. Les tensions autour de la mer Rouge à la Corne de l’Afrique avec le cas de la Palestine nous interpellent », a-t-il dit. Pour lui, le plan américano-israélien, qualifié de « deal du siècle », conçu et éla­boré en dehors de toutes concerta­tions internationales, et pis encore, en l’absence des principaux concernés, les Palestiniens, est une énième violation des multiples résolutions des Nations-Unies et de l’UA et un mépris supplémen­taire des droits de vie du peuple palestinien. « Il faut craindre que ce plan, censé résoudre les pro­blèmes israélo-palestiniens, ne contribue au contraire à aggraver la tension dans la région et bien au-delà », a-t-il fait savoir. La question palestinienne reste ainsi au coeur des préoccupations afri­caines.


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