Semaine du 5 au 11 février 2020 - Numéro 1310
16 tombes de plus dans les sables d’Al-Ghoreifa
  16 tombes appartenant à des prêtres et de hauts digni­taires de la période tardive ont été découvertes sur le site archéologique d'Al-Ghoreifa, dans le gouvernorat de Minya, à 350km au sud du Caire.
16 tombes de plus dans les sables d’Al-Ghoreifa
Nasma Réda05-02-2020

La mission archéologique égyptienne opérant sur le site d’Al-Ghoreifa, à 16 km au nord de la ville de Touna Al-Gabal, dans le gouver­norat de Minya, a découvert 16 tombes renfermant une vingtaine de sarcophages en pierre et en bois, des milliers de statuettes Ouchebtis, des vases canopes et d’autres objets pré­cieux. « C’est notre troisième saison de fouilles sur ce site archéologique riche. On a trouvé une vingtaine de sarcophages fermés de différentes formes et tailles, dont la plupart sont en bon état de conservation », se réjouit Mostapha Waziri, chef de la mission archéologique et secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA).

Parmi les sarcophages en pierre figurent cinq sarcophages anthro­poïdes en calcaire sur lesquels appa­raissent des textes en hiéroglyphe dédiés au dieu Thôt, dieu de la sagesse. Cinq autres sarcophages en bois sont ornés des noms et des titres de leurs propriétaires, par exemple le sarcophage appartenant au fils du roi Psammétique (premier roi de la XXVIe dynastie— règne: 664-610 av. J.-C.), qui a pris de nombreux titres, dont celui de chef du trésor royal et ceux de prêtre d’Osiris et de prêtre de Nout.

« On a aussi trouvé le sarcophage du haut fonctionnaire Hrr, sur lequel figure la déesse Nout croisant ses ailes au-dessus de sa poitrine, avec, en-dessous, des inscriptions des titres du défunt, en particulier le titre de trésorier royal. Le plus important était le style d’écriture au-dessus du sarcophage d’un haut dignitaire appelé Epy: trois lignes verticales écrites en hiéroglyphes indiquant les noms et les titres du défunt », souligne Kariman Abdel-Alim, conservatrice et membre de la mission archéolo­gique. Pour elle, le sarcophage du haut fonctionnaire Djed Djehouti-Iuf-Ankh, en calcaire poli, est à considé­rer comme l’un des cercueils les plus importants découverts au cours de cette saison, en raison de sa forme et de sa taille ainsi que des titres inscrits sur son couvercle, dont ceux de tréso­rier royal, de porteur des sceaux de la Haute-Egypte et d’assistant et seul compagnon du roi. « Ces titres étaient donnés aux dirigeants et hauts res­ponsables du quinzième nome pha­raonique de la Haute-Egypte et de sa capitale, Al-Achmounin, dédiée au dieu Thot ou Djehouti », explique Kariman Abdel-Alim, ajoutant qu’Al-Ghoreifa était une nécropole impor­tante pendant la XXVIe dynastie et jusqu’à la fin de la XXVIIIe dynastie.

La mission a également découvert, lors de cette troisième saison de fouilles qui a commencé en août 2019, des squelettes, des centaines de statuettes Ouchebti en faïence bleue et verte, des masques funé­raires en bois, des outils — comme des marteaux de différents tailles, toujours en bois—, des poteries de différentes formes, couleurs et maté­riaux ainsi que des vases canopes sur lesquelles figurent des scènes fine­ment dessinées en noir. « Ces vases canopes en calcaire ou en albâtre, dont les couvercles représentent les quatre fils du dieu Horus, renferment non seulement les viscères d’hommes, mais aussi ceux de femmes. Peut-être que ces personnes de haut rang utilisaient ces tombes comme lieu d’enterrement familial », explique le secrétaire du CSA.

Parmi les nombreuses poteries trouvées, certaines étaient, d’après Waziri, utilisées pour le stockage des graines, d’autres pour l’utilisation quotidienne et d’autres encore comme offrandes. « Trouver des amulettes en or et une autre en forme de cobra ailé, ainsi que des bagues et des pierres précieuses, était une surprise pour nous », affirme Waziri, assurant que ce site a été fouillé pour la première fois en 1925, pendant deux saisons, durant lesquelles un seul sarcophage a été mis au jour, puis il a été abandonné. Des fouilles illicites s’y sont alors produites pen­dant les années 1940, 1950 et surtout 1960.

La colline mystérieuse

Le site d’Al-Ghoreifa est constitué de plusieurs collines de sable, dont celle où les 16 tombes ont été décou­vertes. Les archéologues, chercheurs et ouvriers de la mission ont com­mencé leur première saison de fouilles en 2017-2018, pendant laquelle ils ont découvert 7 tombes et 40 sarcophages. Lors de la deuxième saison, celle de 2018-2019, ils ont trouvé 12 tombes contenant 30 sarco­phages. « Bien qu’on travaille dans des conditions difficiles, on compte une collection variée, avec un total de 35 tombes qui ont presque toutes la même forme, celle d’une petite chambre menant à un puits funé­raire », indique Sayed Abdel-Aziz, conservateur à Touna Al-Gabal. Ce dernier indique que la mission a mis au jour jusqu’à présent plus de 90 sarcophages renfermant encore cer­taines momies, plus de 10000 sta­tuettes Ouchebti, 8 groupes de vases canopes, près de 700 amulettes et d’autres pièces précieuses. « On continuera donc de fouiller cette col­line mystérieuse », dit-il.

D’après Waziri, l’appellation Al-Ghoreifa est dérivée du mot arabe « Al-Ghorfa », qui veut dire « la chambre ». « Les habitants de la région et les passants avaient l’habi­tude de venir sur cette colline, croyant que leurs voeux seraient alors rapide­ment exaucés. Ce sont surtout les femmes qui voulaient se marier ou avoir des enfants qui venaient prier à Al-Ghoreifa », explique-t-il.

Khaled El-Enany, ministre du Tourisme et des Antiquités, salue le travail sans répit de la mission mal­gré les conditions climatiques diffi­ciles régnant dans cette région déser­tique. « Bien que le site archéolo­gique soit dangereux, les archéolo­gues continueront leur travail, parce que cette région est prometteuse. Chaque année, on va annoncer plus de découvertes et de résultats d’études pour le site d’Al-Ghoreifa en particulier et la région de Touna Al-Gabal en général, ainsi que pour les régions d’Al-Achmouniya, de Gabal Al-Teir et d’autres lieux du gouvernorat d’Al-Minya, afin de pouvoir mettre ce dernier sur la carte touristique égyptienne », affirme El-Enany, qui rêve de pré­senter un dossier complet des sites archéologiques de la région d’Al-Minya pour inscrire cette dernière au patrimoine mondial de l’Unesco .


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