Semaine du 15 au 21 janvier 2020 - Numéro 1307
Place Tahrir : Les béliers de la discorde
  Quatre béliers du temple de Karnak à Louqsor sont arrivés au Caire, vendredi 10 janvier. Comme d’autres pièces monumentales pharaoniques, ils viendront embellir la place Tahrir, actuellement en travaux. Une décision qui soulève un vif débat.
Place Tahrir : Les béliers de la discorde
Nasma Réda15-01-2020

Les travaux de réaménagement de la place Tahrir commencés il y a deux mois sont presque terminés et la place est quasi prête à accueillir des monuments pharaoniques provenant de diffé­rents sites archéologiques.

Mais l’annonce du transfert d’un obélisque du temple de Tanis et de quatre béliers du temple de Karnak pour décorer la place a déclenché un grand débat. Malgré les protesta­tions des égyptologues et des amateurs du patrimoine, les quatre béliers ont été déplacés de Louqsor jeudi pour rejoindre l’obélisque qui est en cours de restauration et d’anastylose dans les entrepôts situés derrière le Musée égyptien. « C’est un comité qui a choisi ces pièces pour être placées sur la place Tahrir », souligne Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, donnant l’exemple de nombreuses places au monde où se dressent des obélisques égyptiens.

Incompréhension des égyptologues

Un grand nombre d’égyptologues se sont, dès le départ, opposés à ce transfert « Les statues des béliers font partie de l’histoire du temple thébain qui est classé sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, où il y a des règlements internationaux à respecter », s’insurge l’égyptologue Monica Hanna. Avis partagé par l’égyptologue Ahmad Saleh qui refuse catégoriquement l’idée du déplace­ment « On ne doit pas déplacer les monu­ments de leurs endroits d’origine, car ils perdent leur authenticité et leur valeur », a-t-il mentionné. Ceux qui rejettent l’idée sont nombreux et leurs justifications sont diverses. « Au moment où le monde entier demande le retour des monuments à leurs pays d’origine et l’arrêt du trafic illicite des monuments, le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités prend une décision bizarre », écrit le bloggeur et chercheur en archéologie Ziad Morsi sur sa page Twitter.

D’autres estiment que la place Tahrir n’est pas suffisamment sécurisée vu les vibrations résultantes du métro souterrain, cela sans oublier le taux élevé de pollution de la place qui, avec le temps, va gravement nuire à ces monuments. « La décision de transférer des statues de leur emplacement actuel de Louqsor ou de Tanis vers la place Tahrir au Caire contredit les normes internationales relatives à la sauvegarde des monuments et des bâtiments historiques », souligne à son tour Ahmad Idris, membre de la Chambre des représentants de Louqsor et de la commission parlementaire du tourisme et des antiquités. Si les uns refusent le transfert des monu­ments sur le plan archéologiques, d’autres refusent l’idée sur le plan esthétique. « Cette place est la porte du Caire khédivale fondée au XIXe siècle par le khédive Ismaïl de la famille alide. Comment y mettre des monu­ments pharaoniques à l’entrée du Caire khé­dival ? », s’interrogent des internautes sur les réseaux sociaux.

Bien que les voix des protestants soient hautes et fortes, d’autres acceptent cette déci­sion et avec plaisir. « Les prochains jours marqueront le transfert de beaucoup de monuments, Le Caire va devenir un musée en plein air », déclare Moustapha Al-Saghir, directeur des temples de Karnak, assurant que les sphinx à tête de béliers qui seront placés à Tahrir ne font pas partie de la célèbre Allée des béliers qui relie le temple de Louqsor à celui de Karnak. « Ces statues étaient déposées à l’intérieur du temple, der­rière le premier pylône, personne ne les voyait », indique Al-Saghir, justifiant que les obélisques égyptiens se trouvent dans les grandes places du monde que ce soit en France, aux Etats-Unis ou en Italie. « C’est frustrant de ne pas trouver un seul obélisque ou un monument pharaonique sur les places égyptiennes, notamment à la place Tahrir qui est la place la plus importante du pays », ajoute-t-il.

En plus des pièces pharaoniques qui seront placées à Tahrir, des travaux d’aménagement et de développement du site sont en cours. Le gouvernorat du Caire commence à peindre tous les bâtiments de la même couleur, unifie tous les panneaux publicitaires et ceux des magasins. D’ailleurs, la Compagnie de son et lumière se prépare pour non seulement éclai­rer l’obélisque et les sphinx qui entourent la place, mais aussi allumer tous les bâtiments, le Musée du Caire et toute la place « histo­rique ».


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