Semaine du 20 au 26 novembre 2019 - Numéro 1300
Dialogue constructif
  Le Conseil des droits de l'homme de l'Onu, basé à Genève, a examiné, le 13 novembre, le bilan de l'Egypte. Une séance jugée « positive » par les membres de la délégation égyptienne.
Dialogue constructif
En 2014, l'Egypte avait accepté 237 des 300 recommandations formulées par le Conseil.
Samar Al-Gamal20-11-2019

Lors d’une séance le 13 novembre à Genève, le Conseil des droits de l’homme de l’Onu a examiné le bilan de l’Egypte en matière de respect des droits humains. « Le conseil a examiné notamment le statut de la femme, la torture, les conditions de détention et la peine de mort », affirme un membre de la délégation égyptienne qui a assisté à la réunion. Le chef de la délégation égyptienne, le ministre d’Etat chargé du Conseil des députés, Omar Marwan, a déclaré que la réunion avait reflété « une interaction positive » des Etats membres de l’Onu et « une compréhension des efforts déployés par l’Egypte au cours des cinq dernières années pour soutenir, promouvoir et protéger les droits de l’homme », selon les propos rapportés par l’agence de presse officielle MENA. « Le rapport officiel du conseil était objectif reflétant les engagements de l’Egypte et sa volonté de changer les conditions des droits de l’homme », affirme, de son côté, Hafez Abou-Seada, avocat, membre du Conseil national des droits de l’homme et membre de la délégation officielle. « Il s’agit du troisième examen de ce genre et le gouvernement égyptien était, en dépit des tensions qui ont prévalu la veille et durant la session, parfaitement préparée, détaillant les mesures prises conformément aux recommandations de la session de 2014 », précise Seada joint par téléphone à Genève. Selon lui, les accusations formulées par les organisations occidentales des droits de l’homme ont placé une partie des responsables égyptiens sur le qui-vive. « C’est comme s’il s’agissait d’un procès, alors que c’est un mécanisme plus ou moins optionnel et nous avons le droit ou non d’adopter les recommandations », explique Abou-Seada.

L’Examen Périodique Universel (EPU) est un mécanisme du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies qui vise à « améliorer la situation des droits de l’homme sur le terrain » dans chacun des 193 Etats membres de l’Onu. En vertu de ce mécanisme, la situation des droits de l’homme des Etats membres des Nations-Unies est examinée tous les cinq ans. La dernière revue de l’Egypte remonte à 2014. Dans le cadre de ce processus, le gouvernement du pays examiné soumet un rapport officiel sur son bilan en matière de droits de l’homme. La Haute commission des droits de l’homme des Nations-Unies présente également un rapport, basé sur les contributions des organisations locales, régionales et internationales des droits de l’homme. Au cours de l’examen, tout Etat membre peut adresser des questions, des commentaires et des recommandations au pays examiné.

La réunion qui a vu des commentaires tantôt positifs tantôt négatifs sur le bilan égyptien s’est achevée cette année sur 372 recommandations, formulées par 133 sur 193 membres du Conseil. Lors du précédent EPU en 2014, l’Egypte avait accepté 237 des 300 recommandations relatives aux droits de l’homme formulées par les autres Etats. Le Caire a désormais jusqu’à mars 2020 pour donner sa position sur les récentes recommandations.

Amélioration du statut de la femme

« Les conditions des droits de la femme en Egypte et son autonomisation ont occupé la plus grande partie des discussions », explique Abou-Seada qui note « des progrès positifs dans ce domaine », notamment la participation politique des femmes qui a été consolidée. « Les femmes disposent aujourd’hui de 90 sièges au parlement, d’autres progrès en matière de droits économiques et sociaux ont également été accomplis », affirme Abou-Seada.

La femme récolte une soixantaine de recommandations, en grande majorité liées au protocole du Comité sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), qu’il s’agisse du mariage des filles sous l’âge de 18 ans ou de l’égalité absolue avec les hommes, notamment en matière d’héritage. « Le problème avec ce protocole est que certains articles sont en contradiction avec la charia musulmane et parfois avec la législation copte », explique Abou-Seada, affirmant que le gouvernement égyptien émet des réserves sur ce dossier. C’est le cas également de l’abolition de la peine de mort. « La tendance actuelle est de réduire les cas de peine de mort par le biais d’amendements législatifs et non pas par l’abrogation totale de la peine capitale », révèle-t-on à Al-Ahram Hebdo. L’autre dossier en suspens depuis quelque temps concerne la Cour Pénale Internationale (CPI) que l’Egypte refuse toujours de joindre. La torture est un autre sujet de contentieux qui attend une démarche positive de la part du Caire pour la mise en oeuvre de la Convention de la lutte contre la torture, dont l’Egypte est signataire, et son intégration au Code pénal.

La délégation égyptienne à Genève s’est beaucoup attardée sur la question des « disparitions forcées » en insistant sur la différence entre « l’absence » des individus et leur « disparition » et croit avoir élucidé beaucoup de « malentendus ». Cette question, celle des conditions de détention, et le reste des recommandations serviront de base pour améliorer les droits de l’homme en Egypte et seront incluses dans un plan national pour les prochaines années. En amont de l’examen périodique universel, les autorités égyptiennes avaient, dans une démarche rare, invité des journalistes à visiter la prison de Tora au Caire.


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire