Semaine du 9 au 15 octobre 2019 - Numéro 1294
Présidentielle : Un second tour à haut risque
Abir Taleb avec agences09-10-2019
 
  Le second tour de la présidentielle tunisienne se tient le 13 octobre dans un climat inédit : le candidat Nabil Karoui est toujours derrière les barreaux ; son rival, Kais Saïed, a décidé de ne pas faire campagne.

C’est au milieu des deux tours de la présidentielle que s’est tenue l’élection législative tunisienne. De quoi assombrir le climat, les deux scrutins influant l’un sur l’autre. C’est donc dans l’ombre d’un futur parlement apparemment hétéroclite, voire émietté, que les Tunisiens se dirigent vers le deuxième tour de la présidentielle, qui opposera, le 13 octobre, Kais Saïed (18,4 %) à Nabil Karoui (15,58 %). Au minimum, l’élection s’annonce sans éclat, au maximum, elle risque d’être invalidée. A priori, les chances de M. Saied de l’emporter au second tour sont sérieuses. L’image de M. Karoui, même s’il a capitalisé un vote populaire sensible à l’activisme humanitaire de sa fondation caritative, a subi les conséquences des accusations qui pèsent sur lui. Toutefois, le calendrier électoral peut lui permettre de combler une partie de son handicap : si son parti sort gagnant des législatives, M. Karoui pourrait bénéficier de la dynamique de ce scrutin pour le nouveau parlement.

Mais d’ores et déjà, l’absence de campagne électorale pèse sur le scrutin. Le candidat Kais Saied a annoncé, samedi 5 octobre, qu’il cessait de faire campagne pour le second tour afin de respecter l’égalité des chances avec son adversaire Nabil Karoui, en prison depuis fin août. Dans la perspective du second tour, le président tunisien, l’Onu, les observateurs internationaux et de nombreux responsables politiques ont appelé à assurer une « égalité des chances » entre les deux candidats. Le président par intérim, Mohammed Ennaceur, a souligné, vendredi 4 octobre, que l’incarcération d’un candidat était « une situation anormale pouvant avoir des répercussions graves et dangereuses sur le processus électoral ». L’Onu a de son côté appelé à des élections « pacifiques et transparentes ».

Or, Nabil Karoui, sous le coup d’une enquête pour fraude fiscale et blanchiment depuis 2017, est toujours en détention provisoire. Depuis son arrestation une semaine avant le début de la campagne pour le premier tour de la présidentielle, il continue d’accuser ses rivaux politiques, notamment le parti d’inspiration islamiste Ennahdha et le premier ministre Youssef Chahed, d’avoir instrumentalisé la justice. Et depuis, la crise n’est pas réglée. Les demandes de libération présentées par ses avocats ont été rejetées. Son porte-parole, Hatem Mliki, a appelé à ce que le second tour soit suspendu tant que le candidat est en prison. Un éventuel recours pour réclamer un report du second tour est à l’étude, a indiqué un membre du comité de défense, mercredi 2 octobre. « L’Isie ne peut ni avancer ni reculer la date des élections, en vertu de la Constitution », a rétorqué le président de l’instance, Nabil Baffoun, lors d’une autre conférence de presse. « Nous avons fait tous les efforts possibles pour garantir l’égalité des chances », a-t-il ajouté. « Nous avons envoyé des courriers au ministère de la Justice, au procureur général et même au juge en charge de l’affaire pour qu’ils laissent à Nabil Karoui la possibilité de s’exprimer dans les médias, voire qu’ils le libèrent ».

Or, le fait est que le candidat est toujours derrière les barreaux, et est de facto interdit de campagne. La question est donc : quelle sera la valeur du second tour ? Certains parlent déjà de risques de contestation des résultats du second tour. Le tribunal administratif pourrait rendre un jugement invalidant le scrutin pour non-respect de la loi. Ce qui équivaudrait à un retour à la case départ. Un scénario catastrophe, puisque l’actuel président par intérim, Mohamed Ennaceur, doit quitter ses fonctions le 24 octobre, car son intérim ne peut excéder les 90 jours après la mort du précédent président, Béji Caïd Essebsi. En l’absence d’une Cour constitutionnelle, par la faute des guerres politiciennes entre partis au pouvoir depuis 2015, les institutions politiques tunisiennes sont au bord de la paralysie.


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