Semaine du 21 au 27 août 2019 - Numéro 1287
Un beau bouquet d’artistes réunis pour l’été
  Pour son exposition collective d’été, la galerie SafarKhan propose, jusqu’au 20 septembre, une belle collection d’oeuvres variées portant la signature d’artistes connus, de générations et de styles différents.
Un beau bouquet d’artistes réunis pour l’été
Névine Lameï21-08-2019

« Je suis totalement contre l’idée préétablie, chez la plu­part des gens, sur les exposi­tions collectives de fin de saison d’été. Ce n’est pas simplement, à mes yeux, une occasion de vendre ou de liquider un stock obsolète. Pour moi, l’art c’est toujours l’art, capable de libérer les émotions et de s’adresser à l’intellect », affirme Chirouette Chafeï, propriétaire de la galerie SafarKhan, à Zamalek. La galerie expose les oeuvres d’une vingtaine d’artistes égyptiens, rare­ment présentées. A l’entrée est accrochée une grande peinture en noir et blanc de Mohamad Ismaïl, réalisée en 1991, donc deux ans avant sa disparition. Il y montre des hommes et des femmes à la peau mate, mis en relief par des contours blancs, dans un encadrement doré. L’être humain a toujours été l’initia­teur des civilisations et le moteur du progrès.

Un beau bouquet d’artistes réunis pour l’été
Achraf Zamzami.

Un peu plus loin sont exposées les oeuvres d’un autre artiste qui n’est plus, à savoir Salah Abdel-Kérim (1925-1988), le fondateur de la sec­tion d’architecture intérieure à la faculté des beaux-arts de l’Univer­sité du Caire, et de la section décor à l’Institut du cinéma. Les neuf tableaux petit format de Abdel-Kérim montrent des scènes de décor et des costumes, conçus pour des pièces de théâtre de renommée mondiale, adaptées à l’égyptienne. Des pièces de Becket, de Tchekhov et de Shakespeare comme Le Roi Lear et Macbeth, qui ne sont pas sans rappeler l’âge d’or du théâtre égyptien, dans les années 1960.

Al-Hussein Fawzi (1905-1999), à l’aide de deux toiles datées de 1963, donne une idée de la campagne à l’époque. Des têtes qui surgissent de part et d’autre, dans les champs qui s’étendent à l’infini. On ne voit pas les huttes et les jarres, mais plu­tôt des pieds, des mains et des têtes. Effat Nagui (1905-1994) partage la vision de son confrère Al-Hussein Fawzi et sa passion pour le monde rural. Une peinture aux couleurs pastel, qui remonte à 1950, met en scène des figures paysannes expres­sionnistes. C’est le monde rural et populaire, favori de Nagui, peuplé par des femmes-mères.

Inji Efflatoun (1924-1989) est une autre artiste-peintre de la même époque, qui aime les petites gens. Quatre petites toiles, représenta­tives de deux phases différentes de sa vie, sont exposées pour narrer les diverses périodes de sa vie. Deux de ces peintures évoquent les années d’expatriation dans les années 1980, où elle a vécu entre la France et la Suisse. L’artiste peint alors des mai­sonnettes aux couleurs pâles, en contraste avec les couleurs enso­leillées qui marquent les deux autres tableaux, réalisées en Egypte dans les années 1960, la période de son arrestation pour activisme politique et de son séjour en prison. Dans les peintures de 1960, elle s’inspire de la liberté des champs et de la vie villageoise, avec un goût piquant de réalité.

Le Caire tourbillonnant

Un beau bouquet d’artistes réunis pour l’été
Karim Abdel-Malak.

Youssef Sida trace, lui, des figures humaines en perpétuel mouvement, comme en griffonnant avec des cou­leurs criardes. C’est le tourbillon de la vie chaotique de la ville du Caire tel que le conçoit Sida, avec son style épuré. Une oeuvre qui date de 1989, un an avant sa mort. Chez Ahmad Farid, la ville du Caire est dépeinte de manière plus fougueuse et tourmentée. Elle regorge de détails et de questions propres à l’époque actuelle. Car son oeuvre est plus récente, puisqu’elle et a été réalisée en 2019. Une ville aux tons orangés et dorés, décrite dans un style abstrait, qui se rapproche de l’environnement populaire.

Une autre peinture de la même année, celle d’Ibrahim Khattab, est décorée de calligraphies arabes. Le pointillisme est la technique chère à l’artiste, usant de petites touches rondes et juxtaposées, brillamment travaillées. Ces petits points don­nent l’impression d’être des gouttes d’eau ou des bulles d’air, que le peintre utilise pour symboliser le temps qui s’écoule. Le pointillisme caractérise également la peinture sur tissu de Mohamad Monassir. Son étoffe beige ressemble à un linceul, méticuleusement travaillé à l’aide de signes, de symboles, d’écritures minimes et de lithogra­phies, comme dans les anciens manuscrits. Pour pénétrer le monde de Monassir, il faut savoir déchif­frer les codes et en saisir les sens cachés.

Un beau bouquet d’artistes réunis pour l’été
Mohamad Ismaïl.

Ahmad Saber peint, quant à lui, le sud de l’Egypte, notamment Louqsor et Assouan. Un homme à dos de chameau, une fille ligotée par une corde… C’est le poids des us et des coutumes de cette région qui prime sur son oeuvre. A l’encre de chine, Mohamad Dorra illustre, lui aussi, des scènes du sud du pays, en y ajoutant des motifs pharao­niques et africains: des barques solaires, des formes pyramidales, etc. Puis Mohamad Abla s’inspire du Caire fatimide dans une peinture datant de 2005, animée par un mou­vement propre aux zones popu­laires. Les lignes sont épurées, les contours abrégés, en faveur d’une expressivité sans trop de détails. Il s’agit de l’expressivité née d’un monde animé par la foule et les petites gens.

Achraf Zamzami, dans son immense peinture signée en 2018, se laisse guider par son pinceau. Il a peint un personnage « unisexe » portant une djellaba blanche, ornée de motifs populaires et aux couleurs criardes. Assis sans gêne sur un banc, le personnage de Zamzami, au visage vert, a quelque chose de spi­rituel qui invite à la médiation.

Réputée pour la magie de ses cou­leurs et la sensualité de ses matières, Katherine Bakhoum explore, elle, toujours un Orient exotique (pay­sage, mer, désert…). Ses six pein­tures exposées, signées en 2017 et 2018, jouent merveilleusement sur les contrastes, usant d’une tech­nique moderne portant un cachet ancien. L’artiste a recours aux cou­leurs pastel, au collage, à des pig­ments de l’instant et à des papiers anciens. Ses compositions sont par­faitement équilibrées. Voici des der­viches tourneurs qui s’imposent majestueusement sur la toile et représentent la réincarnation d’un passé lointain.

Chercher la femme

Un beau bouquet d’artistes réunis pour l’été
Ahmad Saber.

La femme demeure la muse des peintures de Karim Abdel-Malak, qui expose un grand format réalisé en 2018. Cette fois-ci, c’est une jeune femme portant une robe rouge ardent, signe de passion, d’énergie et de vitalité. Sur les deux côtés de la toile se détachent deux portraits de la même femme, durant son enfance et sa vieillesse. Une ambiance mythique, accentuée par des colombes et des violons. Parlant toujours de femmes, Hend Al-Falafli présente une peinture datée de 2017. Il s’agit de trois modèles-femmes, en lignes hachurées au crayon noir et à l’acrylique. Elles plongent dans un calme provocateur, le regard hagard.

Nagui Bassilious, pour sa part, expose deux portraits de femmes nues qu’il montre de dos. Ses deux oeuvres ont été réalisées en 2009 à l’aide de pastel et d’un pigment spécial qui donne un effet d’ancien­neté. Enfin est exposée une figurine qui n’est pas sans rappeler la beauté des tanagras gréco-romains. Le sculpteur égypto-arménien Sarkis Tossoonian s’inspire toujours des mythes alexandrins. Tout brille de mille éclats dorés. Les surfaces polies et dorées de sa sculpture en bronze, mêlé au laiton, convoquent constamment le passé glorieux de la ville côtière .

Jusqu’au 20 septembre, de10h à 21h (sauf le dimanche), 6, rue Brésil, Zamalek.



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