Semaine du 21 au 27 août 2019 - Numéro 1287
Voyage dans les dédales de Fostat
  D’une richesse archéologique unique, le Vieux Caire, à Fostat, est une destination idéale pour ceux qui cherchent tranquillité et spiritualité. Reportage.
Voyage dans les dédales de Fostat
La mosquée de Amr Ibn Al-As, cible des touristes et des fidèles. (Photo : Ministère des Antiquités)
Doaa Elhami21-08-2019

A peine sorti de la station de métro Mar Guirguis, on se trouve devant le Musée copte et la célèbre forteresse de Babylone, la citadelle la mieux protégée de l’Egypte romaine. Les croix surplombent et ornent les portes et les coupoles. A l’arrière-plan de cette vue panoramique l’on peut remarquer deux clochers blancs, coiffés chacun d’une croix. Ce sont ceux de l’église Suspendue. « Nous sommes au coeur d’un complexe religieux au sein du Vieux Caire, l’un des endroits ayant abrité la Sainte Famille au cours de sa fuite en Egypte », explique un guide à un groupe de touristes chinois, leur conseillant d’être patients et de ne pas prendre toutes les photos tout de suite, car « il y a encore ici plein de trésors historiques et archéologiques qui méritent d’être pris en photo », assure-t-il à son groupe.

L’église Suspendue est la première halte du parcours. Avant d’y pénétrer, on passe par un joli patio. Le guide s’y attarde avec son groupe, car sur les murs, les scènes en mosaïque retracent le parcours de la Sainte Famille, qui a duré trois ans. Quant à l’église, « elle s’appelle ainsi car elle a été construite au-dessus des tours du fort romain de Babylone, et est donc édifié en hauteur, à plusieurs mètres au-dessus du niveau du sol ». Le personnel de l’église accueille les visiteurs et leur explique les différentes parties et recoins de cette église chaleureuse, qui fut à une époque la résidence du siège patriarcal.

A quelques pas de l’église se trouve le Musée copte, la deuxième étape de la tournée dans ce complexe religieux. Ce musée retrace, à travers ses nombreuses pièces, 2 000 ans d’art copte en Egypte. Outre ces collections permanentes, des expositions temporaires sont régulièrement organisées pour célébrer les différentes festivités religieuses et nationales. « Une exposition se tient actuellement sur la visite de la Sainte Famille en Egypte. C’était le 24 bachans, l’équivalent du 1er juin du calendrier grégorien. Nous y présentons 4 pièces », explique Gihane Atef, directrice du Musée copte. Malgré le nombre restreint de pièces exposées, celles-ci sont des témoignages précieux du trajet de la Sainte Famille. Il s’agit de trois manuscrits en lin et d’une étoffe brodée. « Le 1er manuscrit regroupe les textes des quatre évangiles qui mentionnent la fuite de la Sainte Famille vers l’Egypte ; le 2e est le Mimar de la Vierge Marie et ses miracles. Quant au 3e, ce n’est que le registre bilingue, copte et arabe, des deux mois coptes bachans et baouna mentionnant la date de l’entrée de la Sainte Famille en Egypte », explique Aïda Youssef, chef des inspecteurs archéologiques du Musée copte, ajoutant que le visiteur de l’exposition peut aussi contempler l’icône de la Sainte Famille, sur laquelle on voit la Vierge portant l’Enfant Jésus sur l’âne, et derrière eux Joseph qui les garde.

Un complexe archéologique unique

Voyage dans les dédales de Fostat
L'icône de sainte Philomina, au visage angélique, attire les fidèles et les touristes. (Photo : Doaa Elhami)

De la cour du Musée copte, le promeneur peut remarquer une grande coupole surmontée d’une grande croix. C’est l’église Saint-Georges des grecs orthodoxes, le troisième de la tournée. C’est l’unique église cylindrique de toute l’Egypte en raison de son édification sur l’une des tours du fort romain. Afin de la rejoindre, le visiteur est censé franchir la porte du monastère dédié à saint Georges et monter deux groupes d’escaliers. La façade de l’église est ornée d’une grande mosaïque représentant saint Georges à dos de cheval, attaquant le dragon, symbole du mal. « Cette église est plus belle que l’église Suspendue de par son architecture particulière, ses icônes, ses peintures et ses vitraux colorés ainsi que ses portes décorées. Mais personne n’est là pour nous donner des explications », regrette Abdel-Halim, un visiteur de l’église.

A côté de l’église, une foule de personnes est postée devant une étroite porte. « Je viens de savoir que c’était la prison de saint Georges qui sert actuellement de musée. Y sont exposés les instruments de sa torture comme les chaînes, la grande croix de fer qu’il portait sur son dos, ainsi que les sandales munies de clous qu’on lui faisait porter », explique une dame venue en famille visiter le Vieux Caire et ses églises. La salle de torture est pleine de plaques inscrites de remerciements et de demandes de réussite, de mariage ou encore de rétablissement. Le gardien de l’endroit explique que la plupart des visiteurs laissent leurs souhaits sur de petits papiers dans les chapelles qui sont creusées aux côtés de la salle de persécution.

Cette région est non seulement riche d’anciennes églises, qui sont au nombre de six, mais on trouve aussi dans les alentours la synagogue de Ben Ezra inaugurée vers la fin du XIXe siècle. Parmi les églises les plus connues on peut citer celle de Saint-Serge et l’église de la Grotte. « C’est dans cette grotte que s'est reposée, pendant quelques jours, la Sainte Famille », souligne Amal Guirguis, inspectrice archéologique du bureau du ministère des Antiquités. La plupart des visiteurs allument au moins un cierge à leur entrée. Beaucoup de guides s’y arrêtent aussi et expliquent à leur groupe que cette église a été bâtie sur l’ancienne grotte, et dans laquelle on peut voir le puits dans lequel la Vierge et Jésus ont puisé de l’eau. D’après l’inspectrice, la région comprend trois puits. A l’église de Saint-Serge, le premier puits est fermé par des vitres ; le 2e est au sein du cimetière des grecs orthodoxes. Quant au 3e, c’est celui du monastère des religieuses de Saint-Georges et dont l’eau jaillissante est disponible à tout le monde. « Des visiteurs viennent des quatre coins de l’Egypte à la recherche de cette eau bénite », assure l’inspectrice. On vient aussi chercher la bénédiction dans l’église des deux Moallem.

Se détendre au souk

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L'église Suspendue, première station de la balade, offre un moment unique de souvenir. (Photo : Doaa Elhami)

Après une telle tournée, le visiteur est invité à se reposer et prendre son déjeuner dans un restaurant situé dans le Souk Al-Fostat, qui se trouve entre le complexe des églises et la mosquée de Amr Ibn Al-As. Dans le souk Al-Fostat, le visiteur peut trouver des produits artisanaux venus de toute l’Egypte : du Sinaï, au nord-est, à l’oasis de Siwa en plein désert occidental, d’Akhmim dans la Moyenne-Egypte, à Assouan au sud. Et ce, sans oublier les productions de cuir et de cuivre, les lustres et les tissus. Tout est exposé dans de petites boutiques, tenues par de jeunes amateurs d’art qui écoutent toujours les conseils du père du souk, Am Bahaa, architecte et excellent dessinateur.

Le souk, son restaurant et ses boutiques ne sont qu’une place de détente avant d’atteindre la dernière halte de la tournée : la mosquée Amr Ibn Al-As, première mosquée érigée en Egypte, voire dans tout le continent africain. Elle est ouverte non seulement aux priants mais aussi aux visiteurs qui viennent du monde entier. Cette mosquée est surtout fréquentée par des étudiants malaisiens et indonésiens le vendredi.

« Malgré la fatigue, je suis éblouie par cette tournée spirituelle. Je ne savais pas que mon pays possédait de tels trésors, uniques au monde. J’aimerais la répéter et visiter d’autres destinations pour bien connaître l’Egypte », souligne Yvette, une Egyptienne vivant à l’étranger.


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