Semaine du 10 au 16 juillet 2019 - Numéro 1282
L’ENA égyptienne verra bientôt le jour
  Le dernier projet de coopération entre Le Caire et Paris consiste à établir une Ecole Nationale d'Administration (ENA) en Egypte. Objectif: donner une formation de qualité aux hauts fonctionnaires égyptiens.
L’ENA égyptienne verra bientôt le jour
Les locaux de la National Training Academy hébergeront l'ENA égyptienne.
Amira Doss10-07-2019

L’école égyptienne est censée ouvrir ses portes prochaine­ment pour accueillir des can­didats qui auront la chance de suivre une formation de qualité pour occu­per ensuite des postes-clés dans la fonction publique égyptienne. A l’instar de l’ENA française, cette école alimentera les différents minis­tères et administrations publiques en cadres supérieurs.

Le projet est né après que le prési­dent égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi et le gouvernement égyptien avaient demandé l’aide de la France pour former ses hauts fonctionnaires. C’était en janvier dernier, lors de la visite du président Macron en Egypte. Un accord a été signé entre l’ENA française et la National Training Academy (NTA) en tant que représentant du côté égyptien. Selon cet accord, l’ENA va aider la NTA à mettre en place son programme de for­mation et à préparer les concours. Le 18 février, le président égyptien a reçu Patrick Gérard, le directeur de l’ENA, en présence de la ministre de la Planification et de la Réforme administrative, Hala Al-Saïd. Le président égyptien a exprimé le souhait de l’Egypte de profiter de l’ex­pertise de l’ENA via un partenariat. L’objectif étant de former des cadres administratifs selon les meilleurs pro­grammes de formation dans le monde. Ainsi, l’Académie égyptienne sera le principal fournisseur de dirigeants et de cadres dans la fonction publique, suivant des critères objectifs de compétence et d’égalité des chances.

En vertu de ce partenariat, l’ENA doit fournir au système administratif égyptien des ressources humaines, des méthodes scientifiques, un échange d’expertise per­mettant à l’Egypte de créer un système administratif complet et durable répon­dant à ses besoins en développement.

Et ce n’est pas tout. L’objectif de l’ENA égyptienne sera de contribuer à la réforme de la fonction publique et de faciliter la mise en oeuvre d’une politique de décentralisation.

Désireuse de bénéficier de l’expérience européenne, en matière de réforme admi­nistrative et de formation des hauts fonc­tionnaires, l’ENA fournira son expertise et accueillera de nombreuses délégations égyptiennes. Un expert français travaille au sein de l’Académie égyptienne qui hébergera l’ENA.

Ce projet permettra à l’Egypte d’amé­liorer la performance de ses services publics, de mener sa stratégie de décen­tralisation et de trouver les cadres quali­fiés. « L’Egypte est assez intéressée par le modèle français de formation de ses hauts fonctionnaires. Il y a eu des mis­sions, des personnes du gouvernement égyptien qui sont allés en France, qui ont visité l’ENA. Le directeur de l’ENA est venu en Egypte. Il y a eu des discussions, des échanges d’expertise. Le but n’est pas de transposer le modèle français nettement, mais de l’adapter aux besoins et aux spécificités de l’Egypte », explique Mohamed Bouabdallah, conseiller de coopération et d'action culturelle et prési­dent de l’Institut Français d’Egypte (IFE).

Une fois de plus, il s’agit d’une nou­velle expérience de coopération entre deux pays qui, depuis le XIXe siècle, ont échangé des missions scientifiques et culturelles et les experts dans différents domaines. « Avec l’ENA, on continue sur cette bonne tradition au niveau des admi­nistrations et des hauts fonctionnaires. Durant les prochains mois, il y aura des professeurs de l’ENA qui viendront for­mer les candidats égyptiens », relate Bouabdallah.

Inspirée de l’expérience française, l’ENA égyptienne ne visera pas seule­ment à former de hauts fonctionnaires, elle créera égalementune culture com­mune qui permettra aux ministères de mieux travailler ensemble.

Une particularité de l’ENA française est la formation pratique. Avant d’y ren­trer, les étudiants sont censés connaître les bases théoriques, et durant les deux ans d’étude, ils font des stages auprès d’un préfet, d’un ambassadeur ou du directeur d’une administration.

Les anciens élèves, un atout

L’ENA française accueille, chaque année, 80 étudiants français et 30 étran­gers, dont des Egyptiens. « On va donc s’appuyer sur ces anciens élèves égyp­tiens de l’ENA française pour aider à former leurs homologues ici. Comme ils connaissent l’ENA en France et connais­sent le système, ils seront un atout », affirme Bouabdallah. Et d’ajouter : « Après deux ans d’étude à l’ENA, on part chacun dans un ministère différent, on a une culture et des connaissances communes, ce qui facilite le travail. Une chose qu’on va essayer de transmettre, c’est cette culture de travail en commun au service du gouvernement et du peuple égyptien ». Bouabdallah est, en fait, bien placé pour le dire, puisqu’il est lui-même Enarque.

D’ailleurs, ce projet fait partie d’une plus grande réforme de la fonction publique égyptienne. « Notre rôle est d’aider à créer un système de formation qui fonctionne bien et qui pourrait être utile pour l’Egypte », confie Bouabdallah.

Même si la structure finale du projet n’est pas encore définie, la philosophie générale de l’ENA française y sera pré­sente. Les diplômés de l’ENA égyptienne iront dans différents ministères, y com­pris dans les gouvernorats, l’idée reste donc la même.

« Durant les discussions que nous menons avec le côté égyptien, j’ai res­senti cette volonté sociale de chercher de bons cadres dans toutes les villes d’Egypte. J’ai rencontré à l’oasis de Dakhla, dans le sud, une femme à la trentaine qui était vice-gouverneur, et qui était présente à la NTA lors de la visite du directeur de l’ENA française », confie Bouabdallah.

L’équipe du projet tient à respecter l’égalité des chances en ce qui concerne le choix des étudiants et la parité hommes et femmes. « Les concours d’admission viseront à réaliser cette parité, même le jury sera paritaire », explique Julien Chauvet, attaché de coopération tech­nique à l’IFE. Il fait partie d’un comité de pilotage qui suit de près le fonctionne­ment du projet pour rendre compte régulièrement à Paris de son déroule­ment.

Selon Julien Chauvet, « notre rôle est de faire le suivi. Nous organisons des rencontres régulières avec les res­ponsables de la NTA. Nous sommes très contents de notre coopération avec eux et ils ont choisi de très bons calibres. Le ministère français des Affaires étrangères apporte un finan­cement à ce projet. Sur le terrain, nous tenons à ce que des experts français viennent à la NTA échanger leur expé­rience, on discute du programme, des études, des stagiaires, on étudie tous les aspects. Un projet, ça se réfléchit, ça se matérialise », explique Chauvet.

Pour leur part, les responsables à la NTA préfèrent pour le moment ne pas annoncer la structure finale de l’ENA égyptienne puisqu’elle est encore en cours d’élaboration.

Une chose est sûre, la durée des études s’étendra sur 18 mois. L’ENA égyptienne accueillera 100 diplômés d’universités égyptiennes et des fonctionnaires de l’Etat. L’admission se fera sur concours, comme c’est le cas à l’ENA française.

Quant à l’Institut français, il s’occupera du suivi du bon fonctionnement du pro­jet, des visites des experts, et ce n’est pas tout. Au programme de l’ENA égyp­tienne, il y aura un enseignement obliga­toire du français. « Etre francophone n’est pas une condition pour rejoindre l’école, car cela contredit l’idée d’ouvrir l’école à tout le monde. En revanche, tous les étudiants de l’ENA égyptienne auront des cours obligatoires de fran­çais, et c’est l’Institut français qui s’en occupera. L’Egypte, en tant que membre fondateur de l’Organisation de la franco­phonie, en tant que pays africain, prési­dent actuel de l’Union africaine, a aussi de grandes ambitions en Afrique, qui est un continent majoritairement franco­phone. A l’Onu, le français est une lan­gue officielle de travail, donc c’est dans l’intérêt de l’Egypte d’avoir des cadres qui parlent l’arabe, l’anglais et le fran­çais. Ce qui permet à l’Egypte d’avoir cette triple identité, arabe, africaine et mondiale. Ce plurilinguisme sera une richesse de l’école. Je suis sûr que ce projet va non seulement aider l’Egypte à développer son système administratif, mais va surtout renforcer l’amitié entre nos deux pays », conclut Bouabdallah.

Même s’il est trop tôt pour juger, la renommée de l’ENA en tant qu’école qui forme les meilleurs cadres supérieurs en France et la volonté de l’Egypte de réfor­mer son système administratif sont por­teuses d’espoir que le fruit de cette coo­pération sera un grand succès .


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