Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Syrie : Les derniers souffles de Daech
Maha Salem avec agences13-03-2019
 
  Le délai accordé aux djihadistes de Daech pour se rendre a expiré et les Forces démocratiques syriennes ont repris leur assaut décisif pour détruire les restes de l'organisation.

Comme prévu, l’assaut décisif contre l’ultime poche du groupe des djihadistes de Daech en Syrie a repris. Soutenues par une coalition internationale emmenée par Washington, les forces antidji­hadistes ont donné un délai à ce groupe pour la reddition de ses com­battants. Avec l’expiration de ce délai, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) combattent les der­niers djihadistes désormais retran­chés dans un campement de fortune dans le village de Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie. En effet, les FDS avaient repris les com­bats début mars, après une trêve de plus de deux semaines pour per­mettre l’évacuation de milliers de civils retenus dans la poche djiha­diste assiégée. Mais face à un nouvel afflux de milliers d’évacués, les FDS et leurs alliés avaient dû, la semaine dernière, une nouvelle fois sus­pendre leurs opérations. « Nous n’avons observé aucun mouvement de civils à l’intérieur (du réduit), les FDS ont donc repris les opérations militaires contre le groupe djihadiste de Daech », a déclaré dimanche 10 mars à l’AFP Adnane Afrine, un porte-parole des FDS. « Le délai que nous avons accordé aux djihadistes pour se rendre a pris fin, nos forces ont reçu l’ordre d’asséner le coup de grâce aux djihadistes encore à Baghouz », a prévenu le porte-parole des FDS, Mustafa Bali. « Nous avons évacué des milliers de civils et des milliers de terroristes se sont rendus », a indiqué Bali, en réfé­rence aux djihadistes de Daech ayant déjà capitulé.

L’exode massif de civils la semaine dernière a surpris les FDS, suggérant la présence possible d’un nombre encore non négligeable de personnes retenues à l’intérieur de ce réduit désertique, au bord du fleuve Euphrate. « Bien sûr, les djihadistes empêchent les habitants de fuir pour les utiliser comme boucliers humains, surtout les plus démunis. On sait que ceux qui ont fui ont dû payer beaucoup d’argent pour se sauver. Les djihadistes changent leurs tactiques et leurs plans de temps en temps essayant de gagner du temps, c’est leur dernier souffle. Les djihadistes ne vont pas céder. Ils luttent jusqu’au bout. Pour eux, l’objectif est de mourir en martyr et ne cèdent jamais les armes », explique Dr Sameh Rashed, direc­teur de rédaction de la revue Al-Siyassa Al-Dawliya au Caire. Cet avis explique les déclarations lan­cées cette semaine par le général Joseph Votel, chef des forces améri­caines au Moyen-Orient. Il a averti que le combat contre Daech en Syrie était loin d’être fini. « Les observa­tions récentes de nos hommes et femmes sur le terrain montrent que la population de Daech évacuée des derniers vestiges du califat (à Baghouz) reste largement impéni­tente, résolue et radicalisée », a affirmé Votel devant une commis­sion du Congrès américain en ajou­tant que « le califat risque de devenir une organisation désagrégée, avec ses dirigeants et combattants certes passés dans la clandestinité, mais toujours motivés par une idéologie extrémiste. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce n’est pas la capitula­tion de Daech en tant qu’organisa­tion, c’est en fait une décision calcu­lée (des djihadistes) pour préserver la sécurité de leurs familles et conserver leurs capacités en saisis­sant les chances qu’offrent les camps de déplacés ou en se cachant dans des zones reculées pour attendre le bon moment pour une résurgence. La réduction du califat physique est une réussite militaire monumentale, mais le combat contre Daech et l’ex­trémisme violent sont loin d’être finis, et notre mission reste la même », a poursuivi le chef du Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

En effet, ces déclarations expli­quent le changement dans la position du président américain, Donald Trump. Tout d’abord, il avait annon­cé brusquement en décembre dernier le retrait total et immédiat des forces américaines déployées dans le nord-est syrien, déclarant une victoire totale contre Daech. Depuis, il s’est laissé convaincre par le Congrès et le Pentagone de ralentir le retrait et de laisser dans cette zone, non contrôlée par le régime syrien, une force rési­duelle évaluée à environ 200 mili­taires.

La défaite de l’organisation ultra­radicale à Baghouz signerait la fin territoriale de son califat, mais le groupe a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. Il a des combattants disséminés dans le désert du centre de la Syrie, et ses cellules dormantes mènent des attentats meurtriers dans les terri­toires perdus.


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire