Semaine du 23 au 29 janvier 2019 - Numéro 1259
L’Egypte s’oriente vers l’Asie
  L'Egypte s'oriente vers les marchés financiers asiatiques pour diversifier ses outils de financement. Une décision judicieuse selon les économistes. Analyse.
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L'Egypte veut émettre des obligations en des devises autres que le dollar.
Amani Gamal El Din23-01-2019

Le gouvernement égyptien entend résolument diversifier ses sources de financement et ceci se manifeste dans son intention d’entrer sur de nouveaux marchés d’obligations asiatiques. Selon un communiqué du ministère des Finances, le ministre Mohamad Maeit ainsi que ses adjoints ont entamé en octobre dernier une tournée en Asie, notamment au Japon, en Chine, en Corée et à Singapour. « Au cours de ces déplacements, des rencontres ont été effectuées avec plus de 50 investisseurs: des banques d’investissement, des compagnies de gestion d’actifs, des fonds d’assurance et de retraites, ainsi qu’avec des experts des marchés financiers », a précisé le communiqué. Un autre déplacement est prévu fin février à Hongkong et à Taïwan.

Le montant et la nature de ces émissions n’ont pas été encore précisés par le gouvernement. Mais selon Bloomberg, l’Egypte devrait faire des émissions d’obligations allant de 3 à 7 milliards de dollars, afin de réduire le déficit budgétaire pour l’exercice financier 2019-2020 de 8,4% à 7%.

De son côté, le quotidien gouvernemental Al-Akhbar a fait écho la semaine dernière d’une émission d’obligations en yen japonais à hauteur de 2 milliards de dollars, que l’Egypte serait sur le point de conclure. Cette somme serait allouée au remboursement d’une dette de l’Organisme du pétrole.

Depuis 2017, au lendemain du flottement de la livre égyptienne, et afin de combler les lacunes financières, des titres d’obligations ont été émis à la Bourse de Londres (London Stock Exchange) d’un montant de 11 milliards de dollars, au troisième trimestre de l’année fiscale 2016-2017. Trois milliards de dollars d’obligations ont été émis au troisième trimestre de l’année 2017-2018. Alors qu’en février 2018, l’Egypte a collecté 4 milliards de dollars dans une vente d’obligations libellées en dollars.

Selon le budget de l’Etat, pour l’exercice financier 2018-2019, les lacunes en matière de financement sont estimées à 714,637 milliards de L.E. Afin de combler ce déficit, l’Etat a affiché clairement son intention de diversifier ses sources de financement. Selon Iman Negm, analyste auprès de la banque d’investissement Sigma Capital, l’année fiscale 2019, et surtout le premier trimestre, verra le remboursement par l’Egypte de plusieurs crédits et obligations, et donc, cette diversification est cruciale. Selon le rapport de Sigma Capital sur les perspectives de 2019, une somme de 1,2 milliard de dollars doit être payée pour rembourser des arriérés de paiement aux multinationales pétrolières. 700 millions de dollars sont dus au Club de Paris, et une partie d’un prêt arabe de 2,5 milliards de dollars doit être réglée cette année. A cela s’ajoutent des obligations d’un montant d’un milliard de dollars.

Un timing propice

Iman Negm estime que c’est le bon moment pour ces émissions de nouvelles obligations, avec les changements de l’économie globale et la note de crédit positive donnée par Morgan & Stanley aux marchés émergents. « Il est prévisible que la Banque fédérale américaine assouplisse ses politiques monétaires, on assiste à une stabilisation ou une hausse minime des taux d’intérêt. La trêve entre les Etats-Unis et la Chine devrait prendre fin début mars prochain. Dans le pire des cas, si Washington exécute ses menaces contre Pékin, il y aura des bouleversements majeurs et mieux vaut donc émettre ces obligations avant cette date pour bénéficier de taux d’intérêt bas », ajoute l'analyste.

Pour Alyaa Mamdouh, économiste en chef de Beltone Financial, cette orientation du gouvernement égyptien est aussi un moyen de capitaliser sur une plus grande coopération avec le continent asiatique et surtout avec la Chine.

Une restructuration graduelle de la dette

Maeit a tenu à clarifier dans son communiqué que le montant de départ des émissions serait limité, et que l’objectif principal de cette orientation vers l’Asie était de profiter du yeild curve, c’est-à-dire des rendements élevés dus aux taux d’intérêt bas que procurent ces marchés sur les obligations à longue échéance. Maeit précise que cette orientation permet également de financer les titres financiers publics de courte échéance, qui ont des taux d’intérêt élevés. D’après Alyaa Mamdouh, l’Egypte continue d’être l’un des pays les plus attrayants du Moyen-Orient pour les investisseurs étrangers dans les titres publics, à cause des taux d’intérêt élevés qui se chiffrent à 20%. « L’objectif gouvernemental de restructurer la dette s’avère donc problématique sur le court terme. D’autant que le gouvernement a utilisé les titres financiers publics pendant longtemps comme outil fondamental pour combler le déficit budgétaire. Ce qui alourdit le service de la dette de ces titres estimés à 630 milliards de L.E. pour l’année financière 2018-2019 contre 541 milliards de L.E. », a déclaré Mamdouh. En effet, les projections de Beltone ont également levé le plafond de la dette extérieure à 107 milliards de dollars et 111 milliards de dollars pour les années financières 2018-2019 et 2019-2020. Alors que le gouvernement avait prévu que la dette extérieure atteigne 98,86 milliards de dollars et 102,86 milliards de dollars.

Le gouvernement mise sur le contrôle de la dette publique (extérieure et domestique), en réduisant le plafond de l’emprunt de la dette extérieure à 16,7 milliards de dollars, pour l’année financière 2018-2019, et à 14,3 milliards de dollars en 2019-2020. Et en limitant le ratio du PIB pour la dette domestique, qui a baissé de 91,1% du PIB en 2016-2017 à 83,3% du PIB en 2017-2018, ciblant 72-75% du PIB d’ici 2021-2022.

Une lecture plus détaillée du budget de l’exercice financier 2018-2019, dans le chapitre des sources de financement, montre que le ministère des Finances tente de procéder à une restructuration de manière graduelle et prudente.

Malgré les estimations prudentes de Maeit, « l’Egypte ne pourra pas se passer, dans les deux prochaines années, des dettes à court terme, avec le financement des méga-projets. Nous n’avons d’autres choix que d’attendre que la croissance soit davantage stimulée par le secteur privé et les Investissements Etrangers Directs (IED). Il était donc raisonnable que le ministre des Finances revoie à la hausse le ratio d’endettement pour se chiffrer à 80-82 % du PIB au lieu de 72-75% du PIB d’ici 2021-2022 », explique Mamdouh. Avis partagé par Amr Adly, professeur de politique économique à l’Université américaine du Caire, qui estime qu’il serait difficile de se passer des dettes à court terme dans les deux prochaines années à cause des arriérés de paiement dus par le gouvernement. Mais par contre, ce serait possible à moyen terme.

Le recours aux marchés financiers samouraï, chinois, ou encore de Singapour est une bonne opportunité pour le gouvernement égyptien qui cherche à choisir les meilleurs scénarios possibles .




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