Semaine du 28 novembre au 4 décembre 2018 - Numéro 1252
Jérôme Baconin : La présence française dans le secteur égyptien de la santé est très ancienne
  Jérôme Baconin, chef du service économique de l'ambassade de France au Caire, revient sur le choix de la santé comme thème du forum et la forte présence des entreprises françaises au secteur de la santé en Egypte.
La présence française dans le secteur égyptien de la santé est très ancienne
28-11-2018

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous choisi la santé comme thème de cette conférence ?

Jérôme Baconin : Deux raisons nous ont décidés à organiser un grand Forum économique franco-égyptien dans le secteur de la santé. Il y a d’abord cette importante réforme adoptée par l’Egypte sous l’impulsion forte du président Al-Sissi, qui en a fait l’une des priorités de son second mandat ; je pense à la réforme de l’assurance maladie universelle. C’est une réforme fondamentale pour le pays, qui devrait permettre à tous les citoyens d’avoir accès à un système de santé public modernisé, aux standards internationaux. Confrontée au problème démographique que l’on sait, l’Egypte doit pouvoir assurer à ses citoyens un accès égal à la santé. La France soutient fortement cette réforme, notamment via l’Agence Française de Développement (AFD) qui finance plusieurs projets liés à cette réforme. Permettez-moi de souligner à cet égard que l’AFD a été le premier bailleur à s’intéresser au secteur de la santé depuis 2011, suivie désormais par d’autres, ce dont je me félicite.

La seconde raison pour laquelle nous avons pensé judicieux d’organiser ce forum est la forte et ancienne présence des entreprises françaises du secteur de la santé en Egypte. Sanofi, l’un des principaux laboratoires pharmaceutiques mondiaux, est présent en Egypte depuis 1961 et y a un site de production qui produit des médicaments pour les besoins locaux, mais exporte aussi depuis l’Egypte vers d’autres pays. Servier, un autre important laboratoire pharmaceutique, est installé en Egypte depuis 1976, y a deux sites de production et exporte vers le Moyen-Orient et l’Afrique de l’Est. Et il y a d’autres entreprises françaises présentes en Egypte et impliquées elles aussi dans le secteur de la santé. Ces entreprises ne sont pas là que pour faire des affaires, elles veulent être aussi des partenaires de l’Egypte dans ce mouvement de réforme et de modernisation du secteur. Elles veulent accompagner le gouvernement, partager leur expérience, nouer des coopérations. Nous pensons que ce forum est l’occasion de présenter à la fois l’état d’avancement de la réforme et le soutien que la France et les entreprises françaises peuvent apporter à l’Egypte pour la mise en oeuvre de cette réforme.

— Le secteur de la santé est un secteur vaste ; il comprend le pharmaceutique, les équipements médicaux, les services médicaux ainsi que l’assurance santé. Quels sont les domaines les plus intéressants pour les entreprises françaises ?

— Comme je l’ai dit, la présence française dans le secteur de la santé est très ancienne. Elle est aussi diverse. C’est un secteur d’excellence pour les entreprises françaises. C’est pourquoi plusieurs de ces entreprises présentes en Egypte ont décidé de se regrouper dans un « Groupe Santé » pour promouvoir l’offre française, mais aussi apporter leur soutien aux autorités égyptiennes. Le Groupe Santé illustre cette diversité avec Sanofi et Servier pour le secteur pharmaceutique, L’Oréal pour les cosmétiques et les soins dermatologiques, Air Liquide et Veolia Waters pour les services aux hôpitaux (gaz et eau purifiée), Axa pour l’assurance maladie, Danone pour la nutrition, mais également deux cabinets de conseil, soit Gide et EFESO. Ces entreprises pourraient prochainement être rejointes par d’autres dans des secteurs où l’expertise française est reconnue internationalement. Je pense ici aux équipements médicaux, au vaste secteur de l’e-santé et au conseil stratégique et opérationnel. Une délégation du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) se rend d’ailleurs en Egypte à cette occasion pour promouvoir l’expertise des entreprises françaises, mais aussi pour mieux en comprendre les besoins.

— De quelle façon l’assurance santé universelle peut-elle influencer l’investissement dans le secteur de la santé en Egypte ?

— Les réformes en cours dans le secteur de la santé en Egypte devraient mener à un vaste processus de standardisation et d’harmonisation des pratiques du secteur, des équipements utilisés et de la formation du personnel médical. Cette refonte permettra entre autres une meilleure compréhension du secteur et de ses attentes par nos entreprises, et donc une offre plus adaptée.

— Le système médical français est réputé pour être l’un des meilleurs au monde, pouvez-vous nous parler davantage de l’expérience de la France dans ce domaine ?

— L’expérience française est multiple. Il y a d’abord celle de l’assurance maladie créée en 1945. Mais surtout, il y a des efforts constants d’innovation et d’investissement dans ce secteur, d’abord et avant tout portés par le secteur privé : 6,7 milliards d’euros d’investissements en recherche et développement dans les industries du secteur de la santé en 2017, 1er déposant de brevets en Europe, 200 000 emplois directs dans ce secteur, dont 30 000 dédiés à la recherche, un réseau de TPE, PME et start-up qui constitue 90 % de l’emploi dans le secteur des dispositifs médicaux et du diagnostic. C’est, je pense, la principale leçon à tirer de l’expérience française : investir et innover.




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