Semaine du 28 novembre au 4 décembre 2018 - Numéro 1252
Le spectre du black-out plane toujours en Iraq
  Confronté à une sévère pénurie d’électricité et fortement dépendant de son voisin iranien pour son énergie, l’Iraq est directement touché par les sanctions contre l’Iran.
Le spectre du black-out plane toujours en Iraq
Manifestations à Bassora contre l'absence des services publics de base. (Photo : AP)
Nada Al-Hagrassi28-11-2018

« 45 jours », c’est le délai accordé le 8 novembre dernier par les Etats-Unis à l’Iraq, quelques jours après le réta­blissement de la deuxième vague des sanctions américaines contre Téhéran, pour importer de l’électricité depuis l’Iran. Cette exemption n’est que pro­visoire et à condition que l’Iraq pour­suive ses achats iraniens, « en dinar iraqien et pas en dollar ».

Ce délai a été donné à l’Iraq qui souffre d’une pénurie chronique d’électricité « afin de prendre les mesures nécessaires pour mettre définitivement fin aux importations d’énergie depuis l’Iran et chercher d’autres alternatives pour satisfaire sa consommation en électri­cité », comme l’a déclaré l’ambassa­deur des Etats-Unis en Iraq sur son site officiel. Actuellement, l’Iraq, dont la consommation d’électricité a doublé en moins de dix ans, achète 1 300 mégawatts d’électricité à l’Iran. La production d’électricité de ce qua­trième producteur de l’Opep ne répond effectivement qu’à 60 % de la demande qui croît d’environ 6 % par an. En outre, presque la moitié de cette pro­duction est perdue à cause de la défi­cience de l’infrastructure d’électricité en Iraq.

« Ce délai est tellement insuf­fisant pour que l’Iraq puisse trouver une alternative », estime Mossab Al-Modaress, porte-parole du minis­tère iraqien de l’Electricité, qui ajoute que « le gouvernement devrait pen­dant cette période présenter un plan de travail et un calendrier aux Américains expliquant comment il pourrait progressivement cesser d’im­porter de l’électricité de l’Iran ».

Cette crise énergétique est à la base de la grogne populaire qui fait rage en Iraq depuis plusieurs mois et qui avait atteint son apogée en août dernier. Ce mécontentement s’est manifesté par de violentes protestations commen­cées dans la ville de Bassora au sud du pays, le 8 juillet dernier, avant de gagner les autres villes puis la capitale Bagdad, causant une dizaine de vic­times et une trentaine de blessés. La situation s’est en fait dégradée quand les compagnies iraniennes ont arrêté début juillet leurs livraisons d’électri­cité à l’Iraq à cause de ses dettes esti­mées à 600 millions de dollars. L’Iraq, pour sa part, a justifié ces arriérés de paiement par le coût de la guerre contre Daech et la baisse des cours du pétrole, qui représente 89 % des res­sources budgétaires de Bagdad.

« La coupure d’approvisionnement d’électricité par l’Iran a certainement aggravé la crise, mais elle ne l’a pas créée. La crise existait déjà à cause de la destruction de la moitié des installa­tions électriques par Daech avant sa défaite en Iraq, ainsi que la non-main­tenance des stations en service », explique Amal Abdel-Latif, cher­cheuse à la faculté d’économie et de sciences politiques au Caire. Selon la chercheuse, bien que le délai de 45 jours soit insuffisant, « les Etats-Unis ne vont pas laisser l’Iraq à la merci de l’Iran. Ils vont essayer de trouver éga­lement des alternatives, surtout parmi les pays du Golfe, à l’Iraq dans ce domaine pour absorber les effets négatifs de la crise de l’électricité ».

Un avis justifié, comme ajoute la cher­cheuse, par l’envoi d’une cargaison koweïtienne emportant 17 générateurs électriques pour engendrer quelque 30 000 mégawatts. Egalement, pour reconstruire et renouveler l’infrastruc­ture électrique iraqienne, les géants américains entrent aussi en jeu. Le 21 octobre, le nouveau gouvernement ira­qien a signé des « principes de coopé­ration » avec la société américaine General Electric pour ajouter jusqu’à 14 gigawatts de capacités de produc­tion d’électricité dans le pays. Le même jour, Siemens annonçait, lui aussi, la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) pour appor­ter 11 gigawatts de capacités de pro­duction supplémentaires en Iraq.



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