Semaine du 29 août au 4 septembre 2018 - Numéro 1239
Quand les fils de fer deviennent des oeuvres d’art
  L’artiste Galal Gomea tient un atelier et une galerie vitrée au sein du Greek Campus de l’Université américaine du Caire (AUC), au centre-ville cairote. Il y confectionne notamment des statues en fil de fer et à partir d’objets trouvés. Visite.
Quand les fils de fer deviennent des oeuvres d’art
De nombreux objets sont répartis pêle-mêle dans l’atelier de Galal Gomea (Photo: Mohamad Maher)
Névine Lameï29-08-2018

De fins filaments de fer, d’aluminium, d’acier, de laiton et de cuivre de toutes les couleurs, malléables ou résistants frappent l’oeil du visiteur. Des cailloux sont placés pêle-mêle sur le bureau, en attendant de faire partie d’une oeuvre d’art. Ils seront agencés avec les filaments de métaux, de manière à former des tableaux caricaturaux ou des portraits de personnalités connues. Des aquarelles sur papier, en petites dimensions, traitent délicatement du monde privé de la femme. Des crayons et des feutres s’éparpillent par-ci, par-là. De même, plusieurs statuettes, fabriquées à l’aide de fils de fer sans soudure, décorent les lieux. L’atelier de l’artiste Galal Gomea (71 ans), situé depuis plusieurs années au rez-de-chaussée du Greek Campus de l’Université américaine du Caire, à la place Bab Al-Louq, est unique en son genre. Les étudiants en arts appliqués viennent souvent lui rendre visite pour profiter de son esprit novateur.

L’atelier de Gomea lui sert également de salle de vente. Il y organise des expositions mensuelles, accueillant toutes sortes d’oeuvres d’art, et, parfois, des ateliers pour les enfants. « Je suis très heureux d’être entouré de tableaux qui me sont offerts par des amis peintres, dont Mohamad Ghanem, réputé pour ses barques et ses mers mystérieuses, de natures mortes de Farouq Moussa, de caricatures d’Ahmad Amin, Moustapha Rahma et Georges Bahgouri. Ils ont tous déjà exposé ici », se réjouit Gomea.

L’artiste aime organiser, deux fois par an, une exposition de petits objets réalisés par des plasticiens professionnels et à la portée des « petits » collecteurs. Ainsi, on peut acquérir sur place des oeuvres d’art originales pour des sommes raisonnables. La prochaine exposition du genre est prévue pour le 15 novembre prochain.

Galal Gomea se rend tous les jours dans son atelier. Il y passe de longues heures, en toute quiétude, à l’abris du chaos de la ville. Le fait d’être entouré de plein de jolis petits objets le rassure. « Comme je passe toute la journée dans mon atelier, il doit sentir le repos et le confort. Je ne suis pas un artisan, mais un artiste qui aime travailler au calme, qui se plaît à manier les fils de fer et les cailloux pour en faire quelque chose d’unique. Je me sers aussi de toutes sortes de débris, d’objets négligés ou jetés ainsi que de branches d’arbres », précise Gomea.

Diplômé de la faculté des arts appliqués, Gomea avait une usine de meubles et de décor, avant d’ouvrir son atelier. « J’ai toujours rêvé de travailler avec les fils de fer et, enfin, mon rêve est devenu réalité. Un jour, j’ai fait la connaissance du gérant du Greek Campus, Ahmad Al-Alfi, qui a beaucoup apprécié mon art. Il m’a proposé de créer un centre artistique au sein du Greek Campus et d’y tenir ma première exposition en solo, en janvier 2018 ». Et d’ajouter : « J’ai ensuite organisé une exposition de Mohamad Abla, de quoi m’avoir assuré un certain succès ».

Sur l’un des murs est d’ailleurs accroché un tableau de Abla, qui date de cette première grande exposition. « J’aime contempler ce tableau. Abla y accentue plusieurs états émotionnels, allant de la contemplation à la solitude, à la faiblesse et à l’unité avec la nature ».

Surtout des taureaux …

Plus loin, les statues en fils de fer de toutes dimensions donnent l’impression d’être dans un petit zoo ou une basse-cour : un coq, des cygnes, un cheval, un chien, un chat, des aiglons et, surtout, des taureaux. « J’aime bien faire des statues sous la forme de taureaux. Cela va de pair avec la nature de ce matériau résistant. De plus, j’aime le caractère des taureaux, cela me convient personnellement », souligne Gomea. Et de poursuivre : « J’aime faire ressortir la beauté des débris et des objets jetés, créer de la beauté à partir de la laideur ».

L’artiste ne part pas d’une masse comme dans la sculpture traditionnelle. Son point de départ, ce sont les lignes que constituent les fils de fer. C’est comme s’il dessinait avec un crayon rapidographe au résultat très précis et irréparable. « Avec mon fil de fer, je dessine une forme dans le vide, je crée des volumes, ne laissant rien au hasard. Tout est bien étudié et calculé », explique Gomea, grand admirateur des portraits rapides de Georges Bahgouri, dont l’une des peintures est également accrochée au mur. « Bahgouri et moi, nous partageons la même technique, celle de la seule ligne. Lui en peinture et moi en sculpture. J’aime la brutalité des couleurs chez Bahgouri ainsi que le côté instantané. De plus, j’adore la caricature. Mon travail ressemble pour beaucoup à de la caricature. L’ironie nous incite à penser et avive notre imagination ».

A côté du portrait de Bahgouri sont exposés des portraits pittoresques, en cailloux, représentant Abdel-Halim Hafez, Naguib Al-Rihani, Ghandi, Nasser, Fidel Castro et bien d’autres. Membre de l’association égyptienne de la caricature, Gomea participera, en avril prochain, à la 5e édition du Forum international de la caricature, qui aura lieu à l’Opéra du Caire.

L’artiste aime passer ses moments de loisirs en jouant de la musique arabe classique sur son orgue. « Je suis un autodidacte. J’ai tout appris sur le tas. J’ai commencé à jouer de la musique à l’âge de 8 ans et j’ai eu la chance d’avoir eu des parents comme les miens, qui m’ont encouragé à développer mes talent ».

L’aquarelle est une autre passion de Gomea. Avec des couleurs transparentes et fluides, délicates et douces, l’artiste peint le monde féminin à l’aquarelle. « De temps à autre, j’aime jouer avec l’aquarelle et découvrir un aspect inconnu. Pour moi, la femme, c’est la vie. C’est ma principale muse », conclut Gomea.




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