Semaine du 15 au 21 août 2018 - Numéro 1238
Nehal Al-Helaly : La troupe exprime la nostalgie du paradis perdu des Nubiens
  Dans un entretien accordé à Al-Ahram Hebdo, Nehal Al-Helaly, responsable de la troupe AfroNoubia, évoque les origines de cette formation musicale créée en 2014 dans le but de moderniser et de faire revivre le patrimoine nubien et qui a ravi le public lors de son récent concert au théâtre Guéneina, dans le parc Al-Azhar.
Nehal Al-Helaly
Névine Lameï15-08-2018

Al-Ahram Hebdo : Il est évident que les membres de la troupe AfroNoubia sont très attachés à la Nubie de leurs ancêtres ?

Nehal Al Helaly : Le slogan de la troupe AfroNoubia, fondée en 2014 au Caire, est Never Forget Your Roots (n’oubliez jamais vos racines, ndlr). Et nos racines remontent à la Nubie, au Soudan et au nord de l’Afrique noire. La plupart des 11 membres de la troupe ont la peau mate et sont fiers de leurs origines nubiennes, notamment Tamer Amado (chanteur), Joe (clavier), Abdallah Al-Gasbgi (guitare), Magoo (percussions), Ahmad Al- Mahday (guitare), Khaled Saad (percussion), Masto et Khaled Elray (dof). Les Nubiens ont été victimes, pendant des siècles, d’exil et de discrimination. Leur identité culturelle a été constamment menacée. La troupe exprime la nostalgie du paradis perdu des Nubiens, restée gravée dans les mémoires. Et nos concerts se déroulent le plus souvent à Saqiet Al-Sawi.

— Vos chansons sont très rythmiques, émouvantes et humaines. Pouvez-vous nous parler un peu de votre musique ?

— AfroNoubia rassemble un large éventail d’instruments musicaux issus de différents pays africains, allant de la Nubie, au Nord, jusqu’au Sud de l’Afrique. Et ce, dans un nouveau style de chansons multilingues. La musique de la troupe est du genre afro-nubien. Elle emprunte les sonorités soudanaises variées et les riches cadences africaines. L’ensemble est enrichi de musique reggae, puisant ses racines dans la musique des Caraïbes et dans son système pentatonique (échelle musicale de cinq hauteurs caractérisant la musique nubienne, ndlr). On ajoute aussi du blues, du jazz africain, du raï et de la gnawa. AfroNoubia reprend en outre certaines chansons du patrimoine nubien, mises dans un moule moderne, bien rythmique et dansant. Nos chansons viennent parfois du Tchad, de l’Ethiopie, du Soudan, d’Assouan, etc. Ces chansons redistribuées musicalement et traduites en arabe reflètent les différents visages de l’Afrique et les préservent de l’oubli. C’est aussi une lutte contre le racisme sous toutes ses formes.

— Votre musique n’est pas sans rappeler les Araghid, soit les danses traditionnelles nubiennes qui associent hommes et femmes au sein d’un cercle musical. Qu’en dites-vous ?

— Le fondateur de la troupe, Tamer Amado, a d’abord travaillé avec Mounib Band. Il est toujours très attaché à ses racines nubiennes et reprend souvent des chansons du patrimoine nubien, comme Zeina, Nalouna, Balia Balia, Maskangua, Zeitouna, Garh Al- Rida, Hatta Gatta, aux rythmes dansants pentatoniques. Amado écrit et compose également pour AfroNoubia de nouvelles chansons modernes, faisant la synthèse entre les éléments de la tradition et le nouvel apport instrumental venu d’Occident. C’est le cas des chansons Bent Al-Ganoub (la fille du sud), Ya Bokra (ô demain), Law Taaraf Al-Choq (si tu connais l’amour), Kol Ein Teechaq Hélwa (tout oeil aime la beauté), Ezay Ansak Ya Ganoub (comment t’oublier ô sud), Mali Salam (appel à la paix). Ces chansons fusionnent musique nubienne, rythmes égyptiens et bédouins, mélodies populaires, tout en utilisant le vibrato des instruments occidentaux.



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