Semaine du 21 au 26 juin 2018 - Numéro 1230
Eissa Gamal Eddine : Si je n’avais pas remporté le prix Sawirès, ce texte n’aurait jamais vu le jour
  Jeune dramaturge, lauréat du prix Sawirès pour sa pièce La Dernière heure, Eissa Gamal Eddine s’exprime sur l’écriture théâtrale en Egypte
Eissa Gamal Eddine
May Sélim 21-06-2018

Al-ahram hebdo : Pourquoi avez-vous participé au concours littéraire qui porte le nom de l’homme d’affaires Naguib Sawirès ?

Eissa Gamal Eddine : J’ai posé ma candidature pour le prix Sawirès, à la dernière minute, encouragé par mon ami Achraf Hosni. Je ne croyais pas qu’un sujet comme celui de ma pièce, portant sur la bombe deHiroshima, pourrait intéresser le jury. Mais tout texte bien fouillé et structuré a vraiment capté l’attention des membres du jury. Je l’ai écrit en six ans. J’ai eu le temps de bien le réviser sur les plans linguistique et dramatique. Si je n’avais pas remporté le prix Sawirès, ce texte n’aurait jamais vu le jour.

— Comment est née l’idée de la pièce ?

— J’ai commencé à écrire cette pièce de théâtre en 2009, alors que j’étais encore étudiant, à l’Institut supérieur des arts dramatiques. Un ami m’avait demandé d’écrire un monodrame pour le monter sur scène, à l’occasion du festival du théâtre arabe, organisé par l’Institut des arts théâtraux. Après avoir passé en revue les journaux, je suis tombé sur une information intéressante concernant le pilote qui a largué la bombe deHiroshima. Sa date de naissance était la même que celle du bombardement : le 6 août. J’étais curieux de fouiller et de vérifier l’information. La vie du pilote m’intéressait et je m’interrogeais sur sa position quant au bombardement. A-t-il été conscient de l’effet de son acte ? Savait-il qu’il portait une bombe atomique ? S’étaitil trompé ? Etait-il manipulé par le gouvernement américain ? S’ajoutaient à ces questions mille autres interrogations que j’ai essayé de mettre sur le tapis, à travers mon texte. Plus tard, j’ai découvert que l’information avancée par la presse était complètement erronée. Mes recherches m’ont incité à creuser plus loin dans la vie de ce colonel, pour en faire un monodrame. Mais au fur et à mesure, en écrivant, j’ai eu besoin d’introduire d’autres personnages dans la pièce. J’ai d’abord écrit une première partie qui évoquait l’histoire du colonel, jusqu’à son mariage. Puis, j’ai terminé la deuxième partie sur le projet de la création de la bombe atomique et la mission militaire du bombardement.

— Pendant longtemps, on a évoqué la crise du théâtre en Egypte, due notamment à l’absence de textes dramaturgiques de qualité. Comment évaluez-vous l’écriture dramatique et théâtrale aujourd’hui ?

— On ne peut pas nier la présence d’une génération de jeunes dramaturges égyptiens qui se font remarquer, surtout en province. Leurs écrits constituent un essor pour le monde du spectacle et sont présentés dans les palais de la culture, malgré les faibles moyens de production. Je crois que les jeunes écrivains souffrent pour faire publier leurs textes ou les faire parvenir aux personnes intéressées. Le ministère de la Culture ne remplit plus son rôle quant à diffuser la culture aux quatre coins de l’Egypte et à créer le lien nécessaire entre les hommes de théâtre : dramaturges et metteurs en scène.

— Les pièces de théâtre récentes abordent souvent des idées universelles, alors que ce n’était pas le cas dans les années 1980- 1990 où l’écriture subjective et personnelle prenait le dessus. Qu’en pensez-vous ?

— La pièce La Dernière heure évoque un incident historique, du temps de la Seconde Guerre mondiale, mais valable tout le temps. L’incident historique n’est qu’un point de départ nous permettant de soulever d’autres questions d’ordre humanitaire. Les sujets universels accordent aux dramaturges plus de liberté quant à approcher des problèmes politiques, sociaux ou autres, tout en échappant aux règles strictes de la censure. Dans les pièces de théâtre des années 1960, les scènes et les monologues étaient plus longs. Aujourd’hui, le lecteur ordinaire mène une vie au rythme trépidant. Les moyens de divertissement sont multiples, les réseaux sociaux, les chaînes satellites, le cinéma, etc. accélèrent ce rythme davantage. Le théâtre doit suivre la cadence, en gagnant en vitesse, pour pouvoir concurrencer avec les autres formes et genres artistiques. De plus, les jeunes dramaturges ont accès à plus d’informations. Ils sont tout le temps connectés et suivent de près les changements de par le monde. Ils sont plus ouverts et les sujets de leurs oeuvres reflètent leurs points d’intérêt.

— Quel est le rôle que peuvent jouer les concours d’écriture dramatique, organisés par des privés ?

— Ces concours aident certains à voir le jour et avoir des échos dans la presse, de quoi susciter l’intérêt des metteurs en scène. Je suis dramaturge et en même temps fonctionnaire du théâtre de l’Etat pour enfants. J’ai écrit des pièces réservées à ces derniers, mais jusqu’à présent, aucune d’entre elles n’a vu le jour. Franchement, le processus d’offrir un texte à un metteur en scène pour le monter sur les planches du théâtre de l’Etat est long et exhaustif. Il faut d’abord trouver un metteur en scène qui s’intéresse à votre texte. Ensuite, c’est le metteur en scène qui soumet le projet de la mise en scène aux autorités. D’habitude, le dramaturge n’est pas bien apprécié sur le plan financier. Donc, les concours d’écriture dramatique constituent pour eux un véritable soutien matériel. Mais, il faut qu’il y ait encore plus de mesures adoptées par le ministère de la Culture pour mieux connecter les jeunes dramaturges et les autres hommes de théâtre .




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