Semaine du 21 au 26 juin 2018 - Numéro 1230
L’or en perte de vitesse
  Après une tendance à la hausse, les cours de l’or connaissent une stagnation. De nombreux Egyptiens n’investissent plus dans ce métal précieux et se tournent vers d’autres produits. Explications.
L’or en perte de vitesse
Les ventes d’or ont nettement baissé en Egypte depuis le début de 2018. (Photo : Reuters)
Amani Gamal El Din21-06-2018

Le marché de l’or stagne en Egypte et les cours mondiaux de ce métal précieux sont en recul depuis 2008. Ils sont passés sous la barre des 1 300 dollars l’once (une once équivaut à 31grammes d’or). Une mauvaise situation pour les personnes qui traditionnellement investissaient dans l’or. « Les ventes d’or ont nettement régressé en Egypte depuis 2011 », précise Wasfi Amin Wassef, président de la division de l’or auprès de l’Union des chambres de commerce. Et d’expliquer qu’avant cette date, on vendait environ 58 tonnes par an, alors qu’au cours du premier semestre de 2018, les ventes n’ont pas dépassé les 6 tonnes. Même son de cloche chez les bijouteries de la rue Abdel-Khaleq Sarwat, au Caire, autrefois destination de choix de l’élite égyptienne, et de la rue Manial, également au centre-ville du Caire, qui sont quasi désertes. « Les ventes ont baissé de 70 à 80% depuis le début 2018 », soulignent Rezq Amin et Ahmad Nassar, bijoutiers.

Les cours de l’or ont maintenu, au premier semestre, une tendance à la hausse, mais se sont stabilisés. Au début de 2018 et jusqu’au mois de mai, les cours étaient à leur plus haut niveau et tournaient autour de 660 L.E. le gramme, pour ensuite se replier à 645 L.E. Autrefois cible privilégiée de la classe moyenne, le marché de l’or semble aujourd’hui en manque d’investissement. « Contrairement aux attentes des commerçants, le marché de l’or connaît un recul sans pareille. Et ce, malgré l’Aïd, le Petit Baïram, qui est une saison de mariage et de célébration », déclare Wassef.

Le marché local de l’or est régi par plusieurs variables qui déterminent le prix du métal précieux. A commencer par les cours mondiaux de l’or, les cours du dollar et les évolutions géopolitiques. D’autres facteurs relatifs à l’offre et à la demande sont moins déterminants. « Il existe une forte corrélation entre les cours du dollar et ceux de l’or. Si les cours du dollar sont orientés vers la hausse, ceux de l’or montent aussi et vice-versa », assure Nassar. Et d’ajouter que les cours ont doublé depuis le flottement de la livre égyptienne en novembre 2016. Etant donné cette situation, une large partie de la classe moyenne se trouve exclue du marché. Selon Ahmad Al-Alfi, un bijoutier syrien résidant au Caire, même un ménage qui gagne 20000 L.E. par mois ne peut plus aujourd’hui investir dans l’or. « Les gens sont plutôt enclins à satisfaire leurs besoins de première nécessité. Même les couples qui se marient font des compromis et n’achètent plus de cadeaux en or », déclare-t-il.

Vendre plutôt qu’acheter

L’un des arguments avancés par Wassef pour expliquer ce recul est la hausse des prix et l’orientation des budgets vers les produits de première nécessité. Nassar met aussi l’accent sur la nature spéculative et aléatoire du marché, au point qu’il est difficile de faire des prévisions claires. « Je reste convaincu qu’il est impossible de déterminer avec précision les tendances à la vente et à l’achat, qui peuvent se redynamiser sans raison précise, même au sein de la classe moyenne. Pour ce qui est de la tendance mondiale, il est impossible de la prévoir également. On reste dans l’expectative ». Ainsi, on attend les répercussions du récent sommet entre le leader de la Corée du Nord et le président américain, Donald Trump, et l’évolution du dossier nucléaire iranien. Selon Nassar, le maintien des sanctions contre l’Iran par les Etats-Unis entraînera une envolée des cours de l’or.

Cet avis est totalement rejeté par Wassef, qui affirme, lui, que le marché s’oriente davantage vers une stagnation plus aiguë, jusqu’à ce que les conditions économiques en Egypte se soient améliorées. Selon lui, les gens vendent aujourd’hui leur or plus qu’ils n’en achètent. « Même avec la baisse des taux d’intérêt par la Banque Centrale, l’or n’est plus leur choix préféré », affirme Wassef. Il assure que les gens liquident aujourd’hui leur capital en or et optent pour des certificats bancaires, qui garantissent un revenu stable.

Etant donné ses réserves souterraines d’or, l’Egypte peut facilement devenir un acteur de taille dans le commerce du métal précieux. « L’Egypte possède 121 mines d’or, dont une seule est exploitée, celle de Sokkari », déclare Wassef. L’Organisme des ressources minérales doit liquider les obstacles qui s’érigent face aux investissements énormes qui sont nécessaires pour l’exploitation de ces mines. Il s’agit aussi de réformer les lois relatives aux droits et aux devoirs d’exploitation en Egypte par les multinationales qui effectuent des opérations de forage et d’extraction. L’Egypte possède un grand potentiel. C’est cet énorme potentiel qui a amené l’homme d’affaires égyptien visionnaire Naguib Sawirès à déclarer son intention d’investir la moitié de sa fortune dans l’or. Ses prévisions disent que la tendance des cours sera à la hausse à cause des crises mondiales, tout comme la forte croissance en Chine et en Asie de l’Est.

L’or tributaire de la géopolitique

Alors qu’ils stagnent en Egypte, les cours mondiaux de l’or sont en recul. Dans son récent rapport, le World Gold Council indique que la demande relative à l’or est à son plus bas niveau depuis 2008 : « La demande a chuté de 7 % pendant le premier trimestre de cette année, pour atteindre 973,5 tonnes. Ce recul est dû en grande partie à la baisse de l’investissement dans l’or de 27 % entre janvier et mars 2018. Les prix sont également à leur plus bas niveau, soit 1 299 dollars l’once », note le rapport.
Ahmad Al-Alfi, un bijoutier syrien résidant au Caire, souligne que plusieurs facteurs déterminent les cours aux Bourses mondiales de l’or, comme le cours du dollar, l’orientation des Bourses aux Etats-Unis et les taux d’intérêt imposés par les Banques Centrales. A ces facteurs s’ajoute la donne géopolitique, comme l’indique Ahmad Nassar, un bijoutier de la rue Manial, au centre-ville du Caire. Il ajoute que les cours se stabilisent par exemple lors des conférences économiques comme le World Economic Forum, dans l’expectative des décisions et des événements globaux. « En arrière-plan des événements globaux, politiques ou économiques, les commerçants retiennent leur souffle avant les décisions. Ensuite, les opérations de marchandages commencent. Les pays en crise qui possèdent l’or sont à la merci des acheteurs », affirme-t-il.
Si la Banque fédérale américaine hausse les taux d’intérêt, les cours baisseront. Quant à la forte croissance en Chine et en Asie de l’Est, elle laisse plutôt augurer une hausse


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