Semaine du 21 au 26 juin 2018 - Numéro 1230
Yémen : Hodeïda, une bataille décisive
  Des combats continuent d’opposer les troupes pro-gouvernementales aux Houthis à Hodeïda. L’émissaire de l’Onu pour le Yémen intensifie ses efforts en vue d’une solution politique.
Yémen : Hodeïda, une bataille décisive
Les forces gouvernementales avancent pour la reprise de Hodeïda. (Photo : AFP)
Maha Salem avec agences21-06-2018

De violents combats opposent depuis plus d’une semaine les forces pro-gouvernementales yéménites aux rebelles houthis qui occupent Hodeïda depuis 2014. Pour les forces pro-gouvernementales, l’enjeu est majeur : il s’agit de reprendre cette ville portuaire stratégique, notamment l’aéroport. A la faveur de l’offensive lancée le 13 juin avec l’aide de la coalition, les troupes fidèles au président Abd- Rabbo Mansour Hadi ont progressé jusqu’à l’aéroport de Hodeïda. Toutefois, les rebelles ont continué de perturber l’arrivée des renforts gouvernementaux après avoir pris une portion de la route côtière au sud de Hodeïda. L’Arabie saoudite affirme que le port de Hodeïda est utilisé par les Houthis pour lancer des missiles et des attaques contre les navires en mer Rouge. Les Emirats arabes unis, autre membre important de la coalition, estiment que la reprise de Hodeïda ramènerait les Houthis à la table des négociations. « L’opération militaire (pour prendre) le port de Hodeïda va se poursuivre à moins que les rebelles ne se retirent sans condition », a déclaré lundi à la presse le ministre d’Etat émirati des Affaires étrangères, Anwar Gargash.

Il a ajouté que la coalition avait maintenu ouverte la route reliant Hodeïda à Sanaa, capitale yéménite tenue par les rebelles, afin de permettre aux milices houthis de se retirer. Le diplomate émirati a également affirmé que « la pression militaire exercée sur Hodeïda par la coalition était destinée à aider l’émissaire de l’Onu dans sa tentative de la dernière chance pour convaincre les Houthis de se retirer sans condition. Si cela ne réussit pas, nous resterons déterminés à atteindre nos objectifs ». La bataille de Hodeïda inquiète la communauté internationale, notamment en raison des risques sur les civils. Lors d’une réunion, vendredi 15 juin, le Conseil de sécurité de l’Onu a appelé à garder ouverts les ports yéménite, de Hodeïda, et Salif, au nord de la ville de Hodeïda, par où transitent près de 70 % des importations yéménites, y compris l’aide humanitaire et les médicaments. Mais le Conseil n’a pas trouvé de consensus, alors que certaines voix appelaient l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui appuient l’offensive des forces loyalistes, à abandonner leur plan d’attaque. Avant la réunion, la Suède et la Russie avaient appelé l’Onu à demander la suspension des combats pour prendre Hodeïda en raison des risques pour les civils. Pour le Conseil de sécurité, il est fondamental que le port de Hodeïda reste ouvert notamment pour l’acheminement de l’aide humanitaire.

Quant à l’Arabie saoudite, elle affirme que le port de Hodeïda est utilisé par les Houthis pour lancer des missiles et des attaques contre son territoire, et accuse les rebelles de recevoir une aide militaire iranienne via le port de Hodeïda. Cependant, la bataille de Hodeïda est la plus importante depuis une offensive à l’été 2015 qui avait permis aux forces pro-gouvernementales de reprendre aux rebelles, soutenus par l’Iran, plusieurs régions du sud du pays dont Aden, la deuxième ville du pays et siège actuel du pouvoir.

Négociations en juillet prochain

En effet, parallèlement à cette offensive militaire, l’émissaire de l’Onu pour le Yémen, Martin Griffiths, a renforcé ses efforts et ses pressions pour un règlement politique. Après des tractations acharnées avec tous les camps, il a annoncé, vendredi 15 juin lors d’une réunion à huis clos avec les quinze membres du Conseil de sécurité, que toutes les parties étaient engagées en faveur d’une relance d’un dialogue politique, et que le premier round se tiendrait en juillet, un pas important puisque les négociations entre le gouvernement yéménite, réfugié dans le sud du pays, et les rebelles houthis, qui contrôlent notamment la capitale Sanaa, sont interrompues depuis deux ans. « La solution politique reste le seul moyen de mettre un terme au conflit, les négociations se tiendraient dans le respect de la souveraineté et de l’indépendance du Yémen, avec un engagement des parties à maintenir des relations cordiales et à refuser que le territoire yéménite soit utilisé pour des attaques », a souligné l’ambassadeur russe adjoint à l’Onu, Dimitri Polyanski, dont le pays préside en juin le Conseil de sécurité. Il a cependant refusé de donner le moindre détail sur le cadre des futures négociations de paix. Les négociations viseraient à établir une transition politique. Des arrangements de sécurité seraient aussi mis au point, avec également une révision constitutionnelle, l’élaboration d’un processus électoral et l’organisation d’une réconciliation nationale. Un conseil national militaire serait également établi avec, en première étape, un redéploiement des groupes armés. Griffiths pense qu’il y a actuellement des opportunités pour obtenir des concessions, tout en reconnaissant la difficulté provoquée par les combats dans le port de Hodeïda.



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