Semaine du 21 au 26 juin 2018 - Numéro 1230
L’opposition mobilisée pour contrer Erdogan
  Pour la première fois depuis longtemps, l’opposition offre aux électeurs un choix fondamentalement différent par rapport aux précédents scrutins.
L’opposition mobilisée pour contrer Erdogan
Selon les experts, les chances de l’opposition sont cette fois-ci plus grandes de remporter plus de 50  % des sièges du parlement. (Photo : Reuters)
Ola Hamdi21-06-2018

L’opposition est prête. Quatre partis de l’opposition ont noué « l’Alliance de la nation » pour affronter les élections législatives. Le but est de se donner les moyens pour mettre fin à l’hégémonie du Parti de la justice et du développement (AKP, parti islamo-conservateur) au parlement. Les sociaux-démocrates du Parti républicain du peuple (CHP), les islamistes du Parti de la félicité (Saadet), les ultranationalistes du Bon Parti et les conservateurs du Parti démocrate feront ainsi front commun le 24 juin. Les pro-Kurdes du Parti démocratique des peuples (HDP) ont certes été exclus de l’accord, mais s’ils obtiennent plus de 10 % des sièges et si l’alliance d’opposition séduit un nombre suffisant de déçus du chef de l’Etat, Recep Tayyip Erdogan pourrait très vraisemblablement perdre sa majorité absolue. Pour sa part, Erdogan a formé « l’Alliance du peuple » qui comprend les partis au pouvoir soit le Parti de la justice et du développement et le Parti du mouvement nationaliste (MHP). Les quatre partis de l’opposition « de l’Alliance de la nation » se sont entendus sur un certain nombre de principes, tels que la séparation des pouvoirs, le retour au système parlementaire, la réconciliation plutôt que la polarisation, la préservation de la démocratie pluraliste et non le monopole et le partage équitable de l’économie.

Pour la première fois depuis longtemps, il semble donc que l’opposition ait la possibilité d’offrir aux électeurs un choix fondamentalement différent. Mais cette alliance ne concerne pas que les législatives, car trois de ces formations ont décidé de présenter leur propre candidat pour le scrutin présidentiel. Leur stratégie étant que chaque parti nomme un candidat fort pour tenter de briser les votes au premier tour et empêcher Erdogan d’obtenir les 50% + 1 nécessaires pour résoudre les élections depuis le premier tour. Et puis, soutenir le candidat qui affrontera Erdogan au second tour. Ce qui signifie que chaque parti pourra soutenir son candidat au premier tour, puisqu’ils s’uniront au 2e tour. Le fait qui inquiète personnellement Erdogan et son Parti de la justice et du développement. Cependant, Mona Salmane, chercheuse à la faculté des sciences politiques à l’Université du Caire, pense que « cette stratégie est la plus grande erreur de l’opposition, car elle ne s’est pas mise d’accord sur un seul candidat ».

Cinq candidats en lice pour la présidentielle

Habitué à affronter des candidats dociles qu’il battait aisément, Erdogan a affaire avec Muharrem Ince, ce candidat du CHP qui n’hésite pas à exhumer des sujets sensibles comme la coopération passée entre l’AKP et le prédicateur Fethullah Gülen à qui Ankara impute le putsch manqué en 2016. Ince est un habile orateur qui, de meeting en meeting, rivalise avec Erdogan sur un terrain qu’il affectionne: haranguer les foules et faire vibrer la fibre nationaliste. Une autre candidate énergique porte les couleurs de l’opposition, la chef du tout jeune Bon Parti et ancienne ministre de l’Intérieur, Meral Aksener. Laïque, pro-européenne et favorable à l’Otan, « la Dame de fer » est aussi à prendre au sérieux. Le Parti démocratique des peuples (HDP) a, quant à lui, présenté la candidature de Selahattin Demirtas, son charismatique ex-chef détenu depuis novembre 2016 pour être coupable de faire de la propagande et d’appartenir au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée « terroriste » par Ankara et ses alliés occidentaux.

Deux autres candidats moins importants sont en lice: Temel Karamollaoglu, candidat du Parti de la félicité (SP), et Dogu Perinçek, chef du Parti patriotique de gauche. Mais selon Salmane, la bataille est tranchée d’avance, « l’Alliance de la nation n’a aucun caractère charismatique en comparaison avec Erdogan. Par ailleurs, le programme de Muharram Ince est faible et son expérience politique insuffisante, vu qu’il n’a occupé aucun poste politique. Quant à Meral Aksener, aucune chance de voter pour elle, car le peuple turc n’acceptera jamais d’avoir une présidente ».

Cependant, il faut noter que la donne a changé. Alors qu’Erdogan a largement bâti sa popularité sur la prospérité économique enregistrée lors de la dernière décennie, le contexte est désormais plus difficile, avec une dégringolade de la livre turque et une inflation galopante.

Compétition acharnée aux législatives

Outre les quatre partis de l’Alliance de la nation, 7 autres partis participeront aux élections législatives alors que la Turquie comprend 87 partis. Ces partis sont ceux qui possèdent les plus importantes bases populaires et politiques ainsi que des députés efficaces dans les parlements précédents. Il s’agit du Parti de la justice et du développement, le parti au pouvoir; le Parti du peuple républicain (PCP), le plus grand parti d’opposition, fondé par Mustafa Kemal Ataturk en 1932 et dirigé par Kamal Kilicdarglu; le Parti du mouvement national, un parti d’extrême droite, établi en 1969, adhérent au nationalisme turc et qui possède 80 députés au parlement et qui est dirigé par Duluth Bechli; le Bon Parti, un parti conservateur de droite qui s’est séparé du Parti nationaliste, le parti turc le plus récent, fondé en 2017 par Meral Aksener; le Parti du Saadet, un parti conservateur proche du Parti de la justice et du développement, dirigé par Teml Karam Mullah Oglu, dont l’ancien président Abdullah Gul est l’un des membres ; le Parti populaire démocratique qui a une majorité de gauche kurde menée par Selahattin Demirtas et Parvin Boldan et qui possède 80 députés au parlement; le Parti démocratique, un parti conservateur de droite fondé par Jalal Bayer; le parti de la « Turquie indépendante », parti conservateur de droite, dirigé par Haider Bash qui est l’un des opposants à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne; le parti « Watan » travailliste pro-syrien de gauche fondé en 1992 sous la direction de Dogo Brinkik, il s’oppose à la politique du parti au pouvoir envers la Syrie et se rallie au régime syrien ; le Parti de la grande unité nationaliste de droite, dirigé par Mustafa Dastchi, qui soutient la cause palestinienne et réclame l’abolition des traités militaires avec Israël.

Et enfin, le parti de Dawa, un parti libre conservateur fondé par Mohamed Hussein Yilmaz et qui est une extension du Hezbollah turc. Selon Salmane, les chances de l’opposition sont cette fois-ci plus grandes « de remporter plus de 50% des sièges du parlement » et « de barrer la route devant l’AKP et de devenir le bloc majoritaire sous la coupole ».




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