Semaine du 23 au 29 mai 2018 - Numéro 1226
Le Burundi sous haute tension
Sabah Sabet avec agences23-05-2018
 
  Après la crise politique de 2015, le Burundi est de nouveau en proie aux tensions. L’opposition rejette les résultats du référendum constitutionnel du 17 mai, qui permet au président Pierre Nkurunziza de rester au pouvoir jusqu’en 2034.

« Le processus électoral n’a été ni libre, ni transparent, ni indé­pendant, encore moins démocra­tique », a déclaré, samedi 19 mai dans un communiqué, Agathon Rwasa, figure de l’opposition et chef de la coalition d’indépendants Amizero y’Abarundi (espoir des Burundais), en parlant du référen­dum constitutionnel qui a eu lieu le jeudi 17 mai au Burundi. La coali­tion, qui avait été créée en vue des élections de 2015, a annoncé qu’elle ne reconnaissait pas les résultats du référendum, qui pour­rait permettre au président Pierre Nkurunziza de rester en poste jusqu’en 2034.

Quelque 4,8 millions d’électeurs étaient appelés à s’exprimer sur cette réforme, qui consacre défini­tivement la dérive autocratique du pouvoir observée ces trois der­nières années. Selon des résultats quasi définitifs, le Burundi s’ache­mine vers une large victoire du « oui » au référendum du 17 mai, encadré de près par le régime et portant sur une vaste révision constitutionnelle destinée à renfor­cer le pouvoir du président Pierre Nkurunziza et à lui permettre d’éventuellement rester en fonction jusqu’en 2034. Selon les chiffres publiés par un collectif de 15 radios publiques et privées sous l’égide du ministère en charge des médias, dans « 17 des 18 » provinces du pays, le oui obtient des scores oscillant entre « 50 et 85 % ».

Pour leur part, les tenants du « non » ont condamné la pression mise par les partisans du pouvoir sur les électeurs pour qu’ils votent en faveur de la réforme. Amizero dénonce dans son communiqué « les intimidations et le harcèle­ment » dont a été victime, selon elle, la population de la part du CNDD-FDD, le parti au pouvoir. Le CNDD-FDD avait, dès vendre­di, réagi à ces accusations, en les qualifiant d’exagération et en invi­tant les tenants du « non » à porter plainte.

Président jusqu’en 2034

Après avoir, dans un premier temps, accepté de « jouer le jeu » des institutions en devenant 1er vice-président de l’Assemblée nationale et en envoyant des repré­sentants au gouvernement, Rwasa s’est affirmé ces derniers mois comme le véritable chef de l’oppo­sition interne au pays. La candida­ture du président Nkurunziza à un troisième mandat, contesté en avril 2015, puis sa réélection en juillet de la même année ont déclenché une grave crise politique marquée par une répression brutale ayant fait au moins 1200 morts et plus de 400000 réfugiés. Si elle est définitivement adoptée, la Constitution autorisera M. Nkurunziza, 54 ans et au pouvoir depuis 2005, à briguer deux man­dats de 7 ans à partir de 2020. L’issue du vote ne fait guère de doute, tant les voix discordantes ont été étouffées.

La campagne référendaire a été marquée par des enlèvements, des meurtres et des arrestations arbi­traires, selon la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), qui a dénoncé une « campagne de terreur ». Le projet de révision a été condamné par la communauté internationale, dont l’Union européenne, premier donateur de ce pays, l’un des plus pauvres au monde, les Etats-Unis et l’Union africaine.

Le Cnared, principale plateforme de l’opposition en exil, avait appe­lé au boycott. A ses yeux, le texte, qui introduit des modifications d’ampleur, bouleverse l’architec­ture institutionnelle du pays, en signant « l’arrêt de mort » de l’ac­cord de paix d’Arusha.

Signé en 2000, celui-ci avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile (qui a fait plus de 300000 morts entre 1993 et 2006), en ins­taurant un système de partage du pouvoir entre les deux principales ethnies, Hutu et Tutsi. Il spécifie qu’aucun président ne peut diriger le Burundi pendant plus de 10 ans.

Ce nouveau texte vise surtout à entériner la mainmise totale sur les institutions du CNDD-FDD et à concentrer encore plus le pouvoir exécutif dans les mains du prési­dent Nkurunziza. La Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les exactions. Quant à l’opposi­tion, elle ne cesse de dénoncer la dérive absolutiste et mystico-reli­gieuse d’un dirigeant qui dit avoir été choisi par la volonté divine .




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