Semaine du 2 au 8 mai 2018 - Numéro 1223
Deux semaines riches en découvertes
  La seconde moitié du mois d’avril a apporté son lot de découvertes archéologiques. Retour sur les plus importantes.
Salle de fête et fragments de la statue de Psammétique Ier découverts à Matariya
(Photo : Ministère des Antiquités)
Nasma Réda02-05-2018

Salle de fête et fragments de la statue de Psammétique Ier découverts à Matariya

Une mission archéologique égyptienne dépendant de l’Université de Aïn-Chams et dirigée par l’archéologue Mamdouh Al-Damati, active sur le site archéologique d’Arab Al-Hesn à Matariya, au Caire, a découvert, la semaine dernière, une salle de fête royale remontant à l’époque des Ramessides. « On n’avait jamais trouvé de salle pareille remontant au Nouvel Empire », s’est réjoui Al-Damati, qui s’apprête à poursuivre les fouilles au temple royal des Ramessides, à la « Cité du soleil ». En fait, la salle a été trouvée sous des restes de bâtiments qui remontent à la IIIe période intermédiaire, plus précisément aux XXIIe et XXIIIe dynasties. Le sol d’une partie de la salle est surélevé de 80 cm, formant un podium de forme rectangulaire de 2,90 m de long et de 1,90 m de large.

Salle de fête et fragments de la statue de Psammétique Ier découverts à Matariya
Les archéologues à Arab Al-Hesn lors de la découverte de la salle des fêtes. (Photo : Ministère des Antiquités)

La mission a aussi découvert des poteries ainsi que cinq grandes stèles. Sur l’une d’elles figurent les prêtres d’Atoum devant le prince Nebmaâtrê, fils de Ramsès IXe. Le nom du prince et ses titres se retrouvent aussi sur l’un des murs de la salle. Plusieurs autres pièces ont par ailleurs été trouvées, comme des amulettes à tête humaine, la partie basse d’une statue en albâtre d’un prêtre accroupi et bien habillé et des fragments de tailles variées parvenant des murs de la salle. « Grâce à ces découvertes exceptionnelles, nous savons à présent que le pharaon lui-même assistait aux célébrations qui se tenaient au grand temple dédié au dieu Rê », a souligné Al-Damati.

Notons que Matariya portait, dans le temps, le nom d’« Oun », qui veut dire « Cité du soleil ». C’était le centre du culte solaire d’Egypte et la capitale religieuse du pays, ensuite devenu Héliopolis. Elle fut, à l’origine, consacrée au dieu local Atoum qui, parmi les divinités égyptiennes, occupait la place du créateur et que ses prêtres associaient avec Rê, le grand dieu solaire.

Salle de fête et fragments de la statue de Psammétique Ier découverts à Matariya
Tête royale et frise de faucons, trouvées à Souq Al-Khamis. (Photo : Ministère des Antiquités)

Non loin du site d’Arab Al-Hesn, 4 500 fragments d’une statue ont été trouvés la semaine dernière par la mission archéologique égypto-allemande opérant sur le site archéologique de Matariya. De différentes dimensions, ils appartiennent tous à la statue colossale du roi Psammétique Ier, que la mission avait découverte, incomplète, il y a presque un an sur le site archéologique de Souq Al-Khamis de Matariya. Le chef du secteur des antiquités égyptiennes et directeur égyptien de la mission, Ayman Achmawi, a déclaré que ces fragments allaient s’ajouter à ceux déjà trouvés au cours des précédentes saisons de fouilles, formant ainsi un total de 6 400 pièces. « Ce grand nombre de fragments permet aux chercheurs de connaître la taille et la forme originale de la statue colosse, qui a probablement été détruite pendant l’ère des Fatimides », a encore indiqué Achmawi.

Salle de fête et fragments de la statue de Psammétique Ier découverts à Matariya
Reconstruction numérique du colosse de Matariya. (Photo : Ministère des Antiquités)

D’après Achmawi, ces fragments confirment que la statue colossale appartient au roi Psammétique Ier, debout. Une scène au dos de la statue montre le roi agenouillé devant le dieu créateur d’Héliopolis, Atoum. « On a découvert ces pièces au sud de la base de la statue, déjà découverte en 2017 », a précisé Achmawi, ajoutant qu’une reconstruction numérique de la statue colosse avait été faite afin d’avoir une vue générale de la statue. « Tous les fragments ont été transférés au Musée égyptien du Caire avec les grandes pièces déjà découvertes, afin de les restaurer et ensuite les exposer avec la statue colosse découverte », a-t-il conclu.

D’autre part, au sud de l’obélisque de Matariya et non loin de Souq Al-Khamis, la même mission a effectué des recherches sur le site du temple du roi Nectanébo Ier. Ces recherches ont conduit à la découverte de blocs en quartzite provenant du portail du temple, qui date de l’époque des rois Ramsès II (XIXe dynastie) et Nectanébo Ier (XXXe dynastie). Selon Dietrich Raue, chef allemand de la mission, cette dernière a également découvert des parties d’une statue colossale en granite rose appartenant à Ramsès II ainsi qu’une frise représentant des faucons et remontant à l’époque du roi Mérenptah (1213-1203 av. J.-C.). « La mission est chanceuse, parce qu’elle a pu mettre au jour, dans les quatre coins du temple, des découvertes exceptionnelles », a souligné Raue, faisant référence à la découverte des restes de fondations remontant à l’ère ptolémaïque et d’un sphinx ramesside taillé dans du granite rouge.

Un buste de l’empereur Marc Aurèle trouvé à Kom Ombo

Un buste de l’empereur Marc Aurèle trouvé à Kom Ombo
(Photo : Ministère des Antiquités)

Au cours de travaux au temple de Kom Ombo, près d’Assouan, des archéologues égyptiens ont découvert, la semaine dernière, un buste de l’empereur romain Marc Aurèle (121-180), qui a régné de 162 jusqu’à son assassinat. « C’est une importante découverte, parce que les statues appartenant à cet empereur sont très rares en Egypte », a déclaré Ayman Achmawi, chef du secteur des antiquités égyptiennes au ministère des Antiquités. Le buste, qui mesure 40 cm de haut et 33 cm de large pour une épaisseur de 34 cm, représente l’empereur avec de longs cheveux frisés et une barbe. « Nous avons découvert le buste lors du nettoyage d’un puits près du temple, à 15 m de profondeur. Ce puits pourrait avoir été utilisé comme baromètre du Nil », ajoute-t-il.

Notons que Marc Aurèle était philosophe avant de devenir empereur. Il était connu pour sa politique favorable aux écoles philosophiques ainsi qu’à l’éducation, surtout de la femme. Il a visité l’Egypte en 176 au cours d’un voyage en Orient. « Sa courte période de visite en l’Egypte est la cause de la rareté des sculptures de cet empereur, dont la plus grande est exposée au Musée gréco-romain d’Alexandrie », ajoute-t-il.

A proximité du buste, les archéologues ont également mis au jour le fragment d’une statue sans tête en calcaire. Selon Achmawi, les chercheurs espèrent pouvoir établir un lien entre ces deux découvertes. Il est à noter que les travaux de restauration et de documentation du temple de Kom Ombo ont commencé en 2017, dans le but de le sauver des dégâts provoqués par les eaux souterraines. La ville de Kom Ombo se situe en Haute-Egypte, à 45 km au nord d’Assouan. Son temple est consacré au dieu-faucon Osiris et au dieu-crocodile Sobek et se distingue par son sanctuaire et son axe double. Il a été construit par Thoutmosis III à l’époque du Nouvel Empire, puis reconstruit à l’époque ptolémaïque (304-30 av.-J. C.).

Des vestiges d’une chapelle osirienne mis au jour à Louqsor

Des vestiges d’une chapelle osirienne mis au jour à Louqsor
(Photo : Ministère des Antiquités)

Dans la partie sud du temple de Karnak, à Louqsor, une mission archéologique égyptienne, dirigée par l’égyptologue Essam Nagui, a découvert, au niveau du 10e pylône du temple, des restes de la chapelle du dieu Osiris Ptah-Neb-ânkh, bâtie à l’époque tardive. « C’est l’un des principaux sanctuaires construits pour ce dieu à l’intérieur du temple de Karnak », a déclaré Ayman Achmawi, chef du secteur des antiquités égyptiennes au ministère des Antiquités. La particularité du sanctuaire réside dans son emplacement. « Son emplacement est bizarre, car il se trouve au sud du temple du dieu Amon-Rê, ce qui est différent des autres sanctuaires d’Osiris, qui, en général, sont construits dans la partie nord ou dans la partie est du temple », a indiqué Essam Nagui. Ce qui explique, selon lui, l’importance d’Osiris pendant l’époque tardive (712-332 av.-J.C.). « La chapelle porte des scènes magnifiques du roi Taharqa et de Tanoutamani, dernier pharaon de la XXVe dynastie », a par ailleurs expliqué Nagui.

Le 10e pylône a été édifié par le roi Horemheb de la XVIIIe dynastie. Sur sa porte sont représentées plusieurs scènes montrant le pharaon célébrant le dieu Amon-Rê. Les parois sont presque en ruine, mais il est encore possible de voir une stèle nommée « décret d’Horemheb », qui relate la réorganisation du royaume après la crise amarnienne.

La mission a de plus découvert l’entrée de la chapelle, les vestiges de l’une de ses salles et quelques parois des édifices secondaires ajoutés à la chapelle. « Notre saison de fouilles est très riche. En effet, les archéologues ont également découvert une collection de poteries, la base d’une statue ainsi qu’une stèle sur laquelle est représentée une table d’offrandes », a conclu Nagui, indiquant que les études et les fouilles se poursuivraient dans l’espoir de découvrir d’autres secrets de ce sanctuaire et du culte osirien.




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