Semaine du 21 au 27 février 2018 - Numéro 1213
Rendez-vous avec les ancêtres
  Le ministre des Antiquités, Khaled Al-Anani, a inauguré, le 17 février, le musée en plein air de Massallah. Situé dans le quartier populaire de Matariya dans la région de Aïn-Chams, le site regroupe des pièces représentatives de différentes périodes archéologiques de l'Egypte Ancienne.
Rendez-vous avec les ancêtres
(Photo : Doaa Elhami)
Doaa Elhami21-02-2018

Il suffit de franchir le seuil du site de Massallah, dans la région de Aïn-Chams, la première capitale d’Egypte pendant la IIIe dynastie de l’Ancien Empire, pour avoir l’impression de se retrouver à l’époque pharaonique. S’y dresse un majestueux obélisque, là depuis des milliers d’années et appartenant au roi Sénousert Ier, fondateur de la XIIe dynastie. Fait de granite rose, cet obélisque, qui faisait partie d’un énorme temple dédié à la divinité Râ, occupe actuellement le centre d’une vaste cour de 5 000 m2 et est entouré de plusieurs pièces archéologiques qui remontent à différentes époques. La plupart des pièces exposées ont été dégagées lors des travaux de fouille effectués dans la région de Aïn-Chams, nom qui signifie « l’oeil du soleil », et forment ainsi le musée en plein air de Massallah. Inauguré le samedi 17 février par le ministre des Antiquités, Khaled Al-Anani, ce musée témoigne des différentes périodes archéologiques de l’Egypte Ancienne, à partir de la IIIe dynastie de l’Ancien Empire, en passant par le Moyen Empire, la deuxième période intermédiaire, celle des Hyksos et le Nouvel Empire, notamment la XIXe dynastie, avec les statues de Ramsès II, et la troisième période intermédiaire, jusqu’à la XXXe dynastie et l’âge gréco-romain.

Pour un coût de 6 millions de L.E., le site a été complètement réaménagé, afin de pouvoir exposer les blocs et les statues antiques. « Le musée en plein air comprend actuellement 135 pièces », a souligné Al-Anani lors de l’inauguration du site. « Les travaux de réaménagement ont commencé en août 2008 et ont pris fin en octobre 2010. Mais suite au déclenchement de la révolution du 25 janvier 2011, l’inauguration du musée a été remise jusqu’à 2018 », a-t-il ajouté, tout en soulignant les efforts considérables déployés par les membres du bureau archéologique de Matariya, Massallah et Aïn-Chams. Selon le ministre, les 8 ans d’attente ont été exploités pour améliorer le système de sécurité en augmentant le nombre de caméras de surveillance et ajouter d’autres pièces à l’exposition. « Le site est aujourd’hui enrichi de portails électroniques, et le plus important, c’est l’ajout de 6 nouveaux blocs archéologiques sortis au cours des dernières années par la mission égypto-allemande opérant à Aïn-Chams », explique Hoda Kamal, directrice du Bureau archéologique du ministère des Antiquités.

Un ancien jardin

Avant le réaménagement du site, l’obélisque était entouré d’un jardin fleuri dans lequel se trouvaient des objets archéologiques posés sur de modestes socles en bois. Le site était beau, mais nécessitait un arrosage quotidien. « L’arrosage du jardin a élevé le niveau de la nappe phréatique du site. Les pierres sculptées ont ainsi été menacées par l’érosion », explique Adel Al-Saadani, ancien directeur du bureau. Il a alors été décidé de remédier à cet état déplorable et de transformer le site en musée en plein air. Le jardin a laissé place à des dalles. « Au cours des travaux de renouvellement, on a découvert les dalles d’un sol d’un ancien temple. Après l’avoir enregistré et dessiné, il a été recouvert », explique Kamal. La disposition des anciennes dalles est représentée sur un panneau à l’intention des visiteurs.

La nouvelle muséologie du site a eu soin de mettre en évidence l’obélisque, dont les faces indiquent les quatre points cardinaux. Les pièces archéologiques sont exposées sur deux niveaux. Chaque partie comprend des pièces représentatives d’une époque précise. Ainsi, le visiteur peut admirer, lors de sa tournée, un obélisque partiel de Téti Ier, fondateur de la VIe dynastie. Plus loin sont exposés des fragments de colonnes en granit noir datant du Nouvel Empire et qui ont été découverts lors de la restauration de la mosquée de Turkuman. Celle-ci se situe dans le quartier populaire de Bab Al-Chaariya et a été partiellement démolie pendant le séisme de 1992. « Ces colonnes étaient utilisées dans l’édification de la mosquée. Mais elles proviennent d’Oun, l’actuelle Aïn-Chams », indique Kamal.

Parmi les pièces les plus importantes se trouve un sarcophage en calcaire portant des inscriptions hiéroglyphiques colorées de l’époque saïte (ou XXVIe dynastie). Quant au Moyen Empire, il est représenté par quelques pièces fragmentées, dont l’une a été réutilisée ultérieurement à plusieurs reprises, ce qui augmente sa valeur archéologique. De même, « certains blocs portant des inscriptions en hiéroglyphes datés du règne d’Akhenaton ont été réutilisés », explique la directrice.

Le visiteur peut en outre voir des chapiteaux de colonnes en marbre et en calcaire remontant à l’époque gréco-romaine, dont l’un est troué, parce qu’il a été utilisé comme bassin à des époques ultérieures. Parmi les pièces récemment déposées au musée se trouvent par ailleurs quelques blocs d’une chapelle du roi Nectanebo Ier, fondateur de la XXXe dynastie.

La plupart des objets exposés avaient auparavant été préservés au dépôt muséologique du Bureau des antiquités de Matariya. Quelques-uns ont requis un nettoyage, d’autres une restauration. Et il reste encore de la place. « Le site peut accueillir des pièces supplémentaires. Il faudrait y mettre de grandes pièces, très lourdes, et donc difficiles à être volées », souligne Kamal.

Dans le but d’élever la conscience archéologique des habitants des alentours, le ministre a décidé d’ouvrir le site gratuitement pendant une semaine.




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