Semaine du 31 janvier au 6 février 2018 - Numéro 1210
Trois monuments mamelouks retrouvent leur lustre
  Après onze mois de restauration, trois monuments islamiques remontant à l'époque mamelouke viennent d'être inaugurés dans la région de Bab Al-Wazir : la grande porte de Darb Al-Labbane, le bimaristan d'Al-Moäidi Cheikh et tékiya Al-Bastami.
Trois monuments mamelouks retrouvent leur lustre
Façade du bimaristan d'Al-Moäidi. (Photo : Ministère des Antiquités)
Nasma Réda31-01-2018

Après onze ans de travaux de restau­ration, le ministère des Antiquités a inauguré, cette semaine, dans le quartier cairote populaire de Bab Al-Wazir, trois monuments islamiques : la grande porte de Darb Al-Labbane, le bimaristan d’Al-Moäidi Cheikh et tékiya Al-Bastami. « Le projet de restauration a été lancé en 2006, il visait dans le temps à réhabiliter six monuments mamelouks dans cette région du Caire histo­rique. Trois ont été inaugurés cette semaine, alors que le complexe du prince mamelouk Aytmish Al-Bagassi comprenant trois monu­ments : une mosquée, un bassin d’eau et une salle de cérémonies qui a été inaugurée en 2015 », explique Mohamad Abdel-Aziz, assis­tant du ministre et directeur du projet de réamé­nagement du Caire historique. En fait, le projet a pris beaucoup de retard à cause de la suspension des travaux après la révolution de 2011. « Un amas de poubelle couvrait la cour principale ainsi que les salles du bimaristan et de la tékiya », dit l’inspecteur Abir Abdou, ravie de retrouver les monuments en bon état.

Lors de la cérémonie d’inauguration, le ministre des Antiquités, Khaled Al-Anani, a précisé que « le ministère vise à travers la restauration des monuments islamiques à non seulement préserver et protéger le patrimoine islamique, mais aussi à créer de nouveaux sites d’attraction touristique et culturelle ». Il affirme que le coût des travaux de restaura­tion a atteint 26 millions de L.E. « Ces sites seront aussi utilisés par le ministère, assisté par les ONG, pour organiser des événements culturels et des conférences, dans le but de sensibiliser les habitants du quartier à l’im­portance des monuments », a-t-il ajouté.

Bab Darb Al-Labbane

Ce monument était l’une des gigantesques portes qui entouraient Le Caire à l’époque fatimide. Elle a été édifiée au XIVe siècle sous les Mamelouks qui ont régné sur l’Egypte de 1382 à 1517. La porte de Darb Al-Labbane donne sur deux ruelles, l’une mène à Darb Réfaat et la seconde à tékiya Al-Bastami.

Trois monuments mamelouks retrouvent leur lustre
Tékiya Al-Bastami. (Photo : Ministère des Antiquités)

« Cette porte, comme la plupart des monu­ments dans les régions surpeuplées, souffrait de la hausse du taux d’humidité et de sels, ainsi que de larges fissures dans la voûte », explique l’inspecteur Chérif Fawzi. Bab Darb Al-Labbane est une entrée en bois voûtée et surmontée d’une fenêtre avec des barreaux en fer pour donner de l’air et de la lumière. « Cette porte a un style architectural remar­quable avec de magnifiques motifs ornemen­taux », reprend Fawzi.

Tékiya Al-Bastami

A quelques pas de la porte de Darb Al-Labbane se dresse majestueusement tékiya Al-Bastami, qui était à l’origine une petite mosquée. Elle a été fondée par le sultan mamelouk Hossameddine Lajin (1296 à 1299), pour servir de résidence et de lieu de prière au cheikh soufi Taqqieddine Al-Bastami. Il est à noter que cette tékiya — lieu de rencontre et de résidence des commer­çants étrangers — s’est élargie sous le règne des sultans mamelouks Mohamad bin Qalaoun (1285-1341), puis Abou-Saïd Jaqmaq (1373-1453). Sous le règne des Ottomans (au XVIe siècle), ce site est devenu une résidence pour les soufis venus spécifiquement d’Asie. « Cet endroit est non seulement important pour sa valeur architecturale, mais c’est aussi un lieu spirituel soufi remarquable », explique Abdel-Aziz. Cet édifice de deux étages est formé d’une grande cour principale, une petite mosquée construite par Mohamad bin Qalaoun, une salle d’études et de plusieurs chambres pour les commerçants étrangers. « Lors des travaux de restauration et de nettoyage de cette salle, on a découvert, sous les peintures modernes, des inscriptions, des dessins colorés et des gravures révélant des exercices de mathéma­tiques », souligne Emad Osman, direc­teur des monuments de la région de Darb Al-Ahmar. Ce n’est pas tout puisque les inspecteurs ont aussi découvert, au cours de leurs travaux, une citerne sous la petite mosquée et un puits sous Al-Salamlek, un espace consacré aux hommes.

La mission opérant sur le site a aussi découvert, après les travaux de fouille, un tunnel voûté liant la tékiya au bima­ristan. « On savait que ce tunnel exis­tait. Mais il n’avait jamais été trouvé. D’après les plans de la région conser­vés au ministère des Antiquités, la tékiya était dans le temps liée au bima­ristan par un tunnel. On l’a trouvé, dessablé, il est de 20 m de long, 6 m de haut et 5,6 m de large », explique Abdel-Aziz, ajoutant que les Mamelouks ont relié les rues du Caire historique les unes aux autres. En fait, ce couloir relie la rue Darb Al-Labbane à la rue Sekket Al-Komi, où se trouve le bimaristan.

Bimaristan d'Al-Moäidi

Trois monuments mamelouks retrouvent leur lustre
La porte de Darb Al-Labbane fait partie du mur de la tékiya. (Photo : Ministère des Antiquités)

C’est le deuxième plus ancien hôpital construit en Egypte après celui du sultan mamelouk Qalaoun, construit en 1284 dans la rue Al-Moëz. Le bimaristan Al-Moäidi a été construit par le sultan mamelouk Circassien, régnant entre 1418 et 1420, Al-Moäid Cheikh Al-Mahmoudi. Construit sur une colline, il renfermait environ 25 chambres en plus de 4 autres chambres isolées pour les cas cri­tiques, ainsi qu’une pharmacie, une biblio­thèque et une petite mosquée. La façade du bimaristan est riche en éléments architectu­raux, elle se caractérise par ses escaliers de 12 m de haut de même que par sa porte d’en­trée finement colorée et décorée. « Ce com­plexe souffre depuis longtemps, comme la plupart des monuments islamiques de la région, il est surtout exposé aux dangers de l’expansion urbaine », souligne Abdel-Aziz. « L’une des causes les plus graves des dom­mages affectant le bâtiment est l’empiéte­ment des voisins qui ont utilisé le bimaristan comme un lieu de résidence », ajoute-t-il.

Plusieurs autres facteurs ont affecté l’édi­fice lui-même, comme l’humidité et l’érosion de plusieurs banderoles épigraphiques en pierre, sans oublier l’apparition de larges fissures dans les murs et la des­truction partielle après le tremblement de terre de 1992. Aujourd’hui, son étage supérieur est partiellement man­quant. « L’état de ce complexe était lamentable », dit Fawzi, indiquant que les restaurateurs ont renforcé les murs et plusieurs pierres ont été remplacées. Abdel-Aziz, lui, salue le travail effec­tué par les restaurateurs, que ce soit sur le bois, le marbre ou la céramique. « C’est un travail de très grande qua­lité », dit-il.

Outre la façade principale qui pos­sède de merveilleuses ornementations datant de la période mamelouke, les motifs décoratifs sont largement pré­sents dans l’ensemble de l’édifice. « Un panneau décoré de motifs en bleu turquoise et bleu foncé portant le nom d’Al-Moäidi Al-Mahmoudi en écriture koufie a été découvert », ajoute Fawzi.

Lors de la cérémonie d’inaugura­tion, le ministre des Antiquités a annoncé la poursuite des travaux de réhabilitation et de restauration des monuments qui se trouvent dans le quartier, afin de préserver les richesses de la civilisation islamique. En fait, le quartier de Bab Al-Wazir offre un éventail intéressant de richesses archi­tecturales.




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