Semaine 26 juillet au 1er août 2017 - Numéro 1185
Chérif Mandour : On assiste à une démocratisation du 7e art grâce au progrès technologique
  3 questions au réalisateur Chérif Mandour, l’un des précurseurs du cinéma indépendant en Egypte.
Chérif Mandour
Mohamed Atef26-07-2017

Al-ahram hebdo : Le cinéma indépendant souffre-t-il essentiellement d’une crise de financement ?
Chérif Mandour : C’est l’un des problèmes, en effet, mais ce n’est pas le seul. Il y a aussi un problème de contenu et d’éducation du public qui entre en jeu. Il faut également parvenir à tourner des films professionnels, pas forcément en ayant recours à des comédiens célèbres, mais en trouvant ceux qui ont du talent. Maintenant, avec les caméras modernes, on n’a plus besoin de lumières spéciales, un éclairage naturel est bien suffisant. Les nouveaux moyens technologiques nous ont facilité la tâche. Plusieurs métrages, filmés par des téléphones portables, ont reçu des prix dans des festivals internationaux. De même, le montage se fait de nos jours sur des tablettes. Bref, on assiste à une démocratisation du 7e art grâce au progrès technologique.

— L’Etat peut-il jouer un plus grand rôle dans le soutien de la production indépendante ?
— Sans doute que oui. En fait, les cinéastes indépendants doivent s’accrocher davantage à la formule « films à petits budgets ». Et pour sa part, l’Etat doit mettre sur pied un système ou un mécanisme quelconque, permettant de soutenir les créateurs du cinéma indépendant. Par exemple, lorsque ces derniers parviennent à recevoir des prix internationaux, ils font une bonne promotion pour l’Egypte. Les ministères concernés, comme celui du Tourisme, doivent alors leur fournir un soutien financier. De même, les organismes de l’Etat doivent les aider à projeter leurs films dans les palais de la culture, les bibliothèques nationales, etc.

— Effectivement, il y a un problème de diffusion et de distribution énorme qui se pose. Ces films, même primés, sontils bien accueillis dans les salles égyptiennes ?
— Absolument pas. Il faut créer davantage de cinémas art house (cinéma d’art et d’essai) ouverts à toutes formes de cinéma. Un film qui a fait le tour des festivals, comme Al-Khouroug Lel Nahar (voir le jour) de Hala Loutfi, n’a pas pu jusqu’ici trouver sa place dans les salles commerciales égyptiennes. Un vrai désastre. Il en est de même pour Akhdar Yabess (Withered green) de Mohamad Hammad, qui a été projeté l’an dernier en compétition officielle au Festival de Locarno. En dépit de son succès à l’étranger et de tous les prix qu’il a récoltés, il y a une très faible chance qu’il soit projeté dans les salles de cinéma ici. Les distributeurs, même si intéressés, ont besoin de garantir un minimum de revenus. Le problème de diffusion et de distribution de ce genre de films est le même partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Le monopole et les règles du marché commercial s’imposent partout et ne laissent aucune chance aux films indépendants. C’est pour cela que les réalisateurs indépendants misent toujours sur l’achat de leurs films par des chaînes de télévision ou sur l’achat des droits exclusifs de projection .




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