Semaine 26 juillet au 1er août 2017 - Numéro 1185
Autre film, autre argent
  Pour collecter des fonds et achever son film Hammam Sakhen (bain chaud), la réalisatrice Manal Khaled a lancé une campagne de communication sur les réseaux sociaux, attirant l’attention vers son projet en cours depuis 2011.
Autre film, autre argent
Affiche du film Bain chaud.
Mohamed Atef26-07-2017

Si le cinéma commercial souffre déjà d’un grave problème de financement et d’un faible nombre d’entrées, l’état du cinéma dit « indépendant » ou « alternatif », lui, est encore pire. Les comédiens, réalisateurs et producteurs indépendants subissent une double censure : officielle et sociétale. Ils subissent la crise du financement de plein fouet et ne trouvent ni salles ni supports de diffusion, tous accaparés par les grandes compagnies de production.

Ayant connu un véritable essor à partir des années 2000, le cinéma indépendant a, en quelque sorte, participé à l’ébauche des mouvements contestataires. Plusieurs jeunes cinéastes avaient cherché à donner corps à leurs idées politiques en image, tels Ibrahim Al-Battout ou Ahmad Abdallah, qui ont réussi à briser les carcans du cinéma commercial.

D’autres réalisateurs ont ensuite suivi, réalisant le plus souvent des documentaires et des courts métrages qui se veulent différents.

Les représentants du cinéma « officiel » ou « commercial » ont tenté de contenir ce courant de pensée plutôt que de le soutenir. Le Centre national du cinéma a fondé par exemple une unité spéciale pour le cinéma indépendant. Et plusieurs producteurs, réputés pour leurs films commerciaux à succès, ont essayé d’attirer

les cinéastes indépendants sur leur terrain.

Certains ont fini par succomber et se sont pliés plus ou moins aux règles du marché, tandis que d’autres ont poursuivi leur démarche. Ceux-ci doivent, cependant, trouver d’autres moyens de financement ou se livrer à des collectes de fonds, jusqu’ici peu pratiquées dans les milieux égyptiens.

Trouver le bon ton
Récemment, les réseaux sociaux ont été marqués par une mystérieuse campagne de communication, lancé autour du film Hammam Sakhen (un bain chaud), écrit par la journaliste et l’activiste politique Racha Azab et réalisé par Manal Khaled. Où se passe ce film ? Estce une bande-annonce ? Une affiche ? De quoi s’agit-il ? Ce type de questions a afflué sur la toile et a fait le buzz, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il s’agissait d’une campagne de financement participative, l’équipe ne pouvant pas autofinancer tout le film.

« L’idée de ce film me trotte dans la tête depuis la révolution de janvier 2011. A l’époque, je voyais les gens défiler dans les rues comme dans un film. Puis, les événements se sont succédé semblables à des séquences.

J’ai voulu archiver ces moments précieux, les documenter, mais je ne savais pas très bien à travers quel genre le faire, documentaire ou long métrage ? J’ai beaucoup réfléchi sur la forme la plus adaptée pour transmettre le témoignage subjectif qui est le mien », raconte la réalisatrice Manal Khaled, qui a, à son actif, plus de 15 ans de carrière dans le cinéma commercial, et qui a travaillé en tant qu’assistante de Kamla Abou-Zikri, Waël Ihsane, Hani Khalifa et Mohamad Ali, entre autres. « J’ai fini par opter pour la fiction, jugeant qu’elle me laisserait plus de liberté.

Les personnages, d’une certaine façon, me permettent de raconter tous les autres, tous ces acteurs d’une société en mutation. Dans le film, un groupe de gens se sont retrouvés bloqués quelque part, emprisonnés dans un lieu clos, au moment où la foule compacte emplie les rues. Dans cet espace clos, ils vivent des moments très forts, pendant que se déroulent en arrièreplan des événements politiques majeurs ».

Echapper aux règles du marché
La réalisatrice a commencé à travailler sur ce film, vers la fin de l’année 2011. Jusqu’ici, elle n’a tourné que la moitié des scènes, car elle a dû suspendre le film pendant 2 ans, en 2014, pour des raisons politiques et personnelles. Entretemps, elle a essayé de fuir le diktat des divers producteurs qui s’intéressaient à son film, mais qui tentaient toujours d’imposer leurs propres règles et conditions. Et en fin de compte, elle

a décidé de recourir à l’autofinancement et à la collecte de fonds, afin de continuer son film en toute liberté. « Prochainement, le film sera mis sur la plateforme de financement de films indépendants, indieGoGo. Je n’hésiterai pas également à frapper à la porte des fonds arabes de soutien, même si je n’ai pas grand espoir. Il y a des personnes dans l’équipe qui n’ont toujours pas touché d’argent, mais je suis sûre que si le film est bien fait, il attirera pas mal de spectateurs, et pas seulement ceux qui partagent nos tendances politiques », conclut Manal Khaled, sur un ton enthousiaste.




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