Semaine 26 juillet au 1er août 2017 - Numéro 1185
Le spectaculaire retour de Dahlan
  Mohamed Dahlan marque un retour sur la scène palestinienne. Désormais, il représente une réelle menace pour Abbas, mais aussi pour le Hamas avec lequel il vient de négocier une entente.
Le spectaculaire retour de Dahlan
Dahlan aux côtés d'Ismaïl Haniyeh et Mahmoud Abass. (Photo : Reuters)
Samar Al-Gamal26-07-2017

Rival d’Abou-Mazen, ennemi du Hamas, chassé de la Cisjordanie, l’ancien chef de la sécurité préventive, Mohamed Dahlan, est de retour sur la scène politique avec toutes les contradictions que cela implique. Celui qui était proche de Yasser Arafat a été ensuite accusé par des responsables du Fatah d’avoir comploté en vue de son empoisonnement avec les Israéliens. En 2006, quand le Hamas obtient la majorité des sièges au sein du Conseil législatif lors des élections, et les accrochages éclatent entre des unités du Hamas et du Fatah dans la bande de Gaza, il est considéré alors comme une persona non grata par le Hamas. Mahmoud Abbas le nomme alors conseiller pour la sécurité auprès de la présidence avant que, peu d’années après, il ne se voie dépouillé de ses pouvoirs et expulsé du Fatah. Les règles du jeu changent, ainsi concluent les observateurs et officiels de part et d’autre de Gaza.

Et le retour de Dahlan soulève des interrogations sur l’avenir même de la question palestinienne. « Je nai aucune ambition d’être président », a-t-il déclaré. « Peut-être que c’était le cas lorsque j’étais plus jeune, mais maintenant, je vois la situation. 70 % de la terre sont entre les mains des Israéliens, et ils nont aucune intention de nous donner un Etat », dit-il, dans une interview cette semaine avec l’AP. « Il est propulsésur le devant de la scène par des sponsors de la région, bénéficiant dun appui financier important qui lui a permis, avec son épouse Galila, de combler un vide financier important provoquépar le blocus de la bande de Gaza. Il est perçu comme le sauveur de la bande de Gaza », explique un proche du dossier au Caire, et qui a assisté aux récentes rencontres entre le Hamas et Dahlan. Selon lui, l’ancien responsable du Fatah paie maintenant l’argent qu’Abou- Mazen s’est abstenu de payer aux familles des membres du Hamas. Il dédommage aussi les familles victimes des accrochages entre le Fatah et le Hamas en 2006. Une délégation du Hamas conduite par Yahya Sinwar, le nouveau chef du mouvement à Gaza, avait récemment tenu une série de rencontres avec Dahlan, sous la supervision du chef des Renseignements généraux égyptiens, Khaled Fawzi.

Ainsi a-t-il négocié un accord avec l’Egypte pour tenter de résoudre la crise de l’électricité à Gaza avec un financement des Emirats arabes unis et la réouverture du terminal de Rafah, le poste-frontière entre l’Egypte et les territoires palestiniens, jusqu’à fin août, selon Dahlan.

Le Caire veut protéger ses frontières

Pourquoi bénéficie-t-il d’un tel soutien ? Le Caire est surtout soucieux de sécuriser sa frontière est, alors qu’il est en plein guerre avec les groupes terroristes. « Lors de sa récente rencontre avec le président Sissi, Abou-Mazen a posé3 questions : la première sur les dispositifs de sécuritéavec lEgypte, la deuxième sur la relation entre Le Caire et le Hamas, et la troisième sur la relation avec Dahlan », explique Tareq Fahmi, chercheur au Centre des études du Proche-Orient, et qui a préparé les négociations de Aïn-Sokhna entre Le Caire et le Hamas. Et la réponse du Caire, selon lui, était que « lEgypte nest pas biaisée et quelle ne favorise pas de faction aux dépens de lautre ». En Cisjordanie, le Fatah ne veut pas, au moins officiellement, accorder une importance à ce retour « très médiatisé» de Dahlan. Mahmoud Al-Habach, conseiller du président palestinien, joint par téléphone en Cisjordanie, affirme ainsi qu’Abou-Mazen était parti au Caire, titulaire d’un dossier unique qui est celui de la cause palestinienne et de la lutte contre l’occupation, avec notamment l’escalade de l’agression israélienne et le verrouillage de l’horizon politique. Et Dahlan ? « Lorsque les grands se rencontrent, ils ne parlent que des grandes questions », rétorque-til. « Les problèmes mineurs ne sont pas àlordre du jour ». L’Autorité palestinienne doit, certes, voir d’un mauvais oeil ce rapprochement entre deux de ses rivaux, le Hamas et Dahlan ? « Nous ne nous soucions pas vraiment de cette question et elle na pas vraiment de poids dans la stratégie de la direction palestinienne. Si cette question passe, elle passe àla légère. Ce rapprochement ne nous préoccupe pas beaucoup, surtout que nous ne craignons pas deffets négatifs. La seule répercussion serait une distorsion, et ceci est habituel dans la politique », explique le responsable palestinien. Les médias israéliens estiment d’ailleurs que cette entente entre le Hamas et Dahlan n’est pas faite pour durer. Dahlan pourrait plus tard initier un coup d’Etat et renverser le Hamas. Pour le moment, Samir Machrawi, bras droit de Dahlan, est de retour à Gaza.




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