Semaine 21 au 27 juin 2017 - Numéro 1181
Les tergiversations du Qatar
  Pour faire face à son isolement, le Qatar tente tant bien que mal de se forger de nouvelles amitiés et d'amadouer Washington, comptant sur le fait qu'il abrite une immense base militaire américaine cruciale dans la lutte contre Daech.
Les tergiversations du Qatar
Les Etats-Unis ont envoyé des signaux montrant qu'ils ne lâchaient pas totalement le Qatar.
Maha Salem avec agences21-06-2017

Lorsque la crise a éclaté le 5 juin, sur fond d’accusa­tions de terrorisme contre Doha, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn avaient donné 14 jours aux Qatari pour quitter leurs territoires. Refusant de répliquer à l’identique, le Qatar vient de déclarer que les détenteurs de passeports de ces pays, (ils seraient 11 000 selon des chiffres officiels de Doha), peuvent rester dans l’émirat. « Doha ne prendra pas de mesures contre des résidents du Qatar possédant la nationalité des pays ayant rompu les relations ou réduit leurs rela­tions diplomatiques avec l’Etat du Qatar, sur fond de campagnes hostiles et tendancieuses », selon un communiqué officiel. Répondant à ces décisions, les autorités d’Arabie, des Emirats et de Bahreïn ont légèrement assou­pli leur position. Elles ont donné des directives pour que soient pris en compte des cas humani­taires de familles mixtes, suscep­tibles d’être séparées en raison de la crise.

Un mini-apaisement de façade. Car au-delà de ces mesures, les tensions restent vives. En effet, les nouveaux amis du Qatar ont commencé à agir. Tout d’abord, l’Iran, ennemi juré de l’Arabie, a annoncé avoir envoyé des tonnes de fruits et de légumes vers le Qatar, un pays qui dépend princi­palement de l’importation. Un geste par lequel Téhéran se posi­tionne clairement avec l’ennemi de son ennemi. Depuis le début de la crise, l’Iran a également ouvert son espace aérien aux vols vers et en provenance du Qatar. Selon les responsables iraniens, une centaine d’avions supplé­mentaires traversent le ciel d’Iran, soit une augmentation de 17 % des vols internationaux, selon un responsable de l’aviation civile, cité par l’agence officielle Irna.

Téhéran pêche donc en eaux troubles. Pourtant, officiellement, l’Iran prône un règlement basé sur le dialogue pour régler la crise. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Ghasemi, avait affirmé dans un communiqué que la résolution des différends entre le Qatar et ses voi­sins du Golfe n’était possible que par des moyens politiques et paci­fiques et un dialogue franc entre les parties. Officieusement, Téhéran compte bien tirer partie de cette crise. « L’Iran est devenu le pre­mier pays à aider et soutenir le Qatar, il saisit toutes les occasions pour s’opposer à son principal adversaire régional, l’Arabie saou­dite. Il saute sur l’occasion pour montrer qu’il est en position de force et qu’il est plus puissant. Mais ce n’est pas tout. L’Iran a aussi d’importants liens écono­miques avec ce petit émirat, surtout dans le domaine du gaz naturel. Il cherche donc aussi à protéger ses intérêts », explique Dr Ahmad Youssef, politologue et directeur du Centre des recherches et des études arabes et africaines au Caire.

Autres pays qui essayent de soute­nir cet émirat : la Turquie et la Russie. Considérée comme le prin­cipal soutien de Doha, la Turquie a appelé le Qatar et ses voisins à mettre fin à la crise avant la fin du mois du Ramadan. En même temps, le parlement turc a approuvé le déploiement de troupes turques sur une base au Qatar en vertu d’un accord de 2014. La Russie, quant à elle, s’est mise en avant pour appe­ler au dialogue et éviter l’escalade. « Nous ne pouvons pas nous satis­faire d’une situation où les relations entre nos partenaires se détério­rent », a déclaré le chef de la diplo­matie russe, Sergueï Lavrov, en recevant son homologue qatari, samedi 17 juin. Lavrov avait de même affirmé au secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, qu’il sou­tenait l’initiative de Washington. Ce dernier avait appelé Riyad et ses alliés à alléger le blocus. Mais plus tard, le président Donald Trump avait cependant adopté un ton plus ferme, exhortant Doha à arrê­ter immédiatement de financer le terrorisme. La position améri­caine est donc un peu hésitante, car le Qatar héberge une immense base militaire américaine cruciale dans la lutte contre le groupe Etat islamique. En effet, après quelques jours de négociations tacites, les Etats-Unis ont envoyé des signaux montrant qu’ils ne lâchaient pas totalement le Qatar. Deux navires de l’US Navy sont arrivés au port Hamad, au sud de Doha, pour « participer à un exer­cice conjoint avec la marine » du Qatar, a indiqué le ministère de la Défense de ce pays. Parallèlement, le Pentagone a annoncé que le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, et son homologue qatari, Khaled Al-Attiyah, avaient conclu un accord pour la vente d’avions de combat F-15. « La vente (d’un montant) de 12 mil­liards de dollars va donner au Qatar une technologie de pointe et augmenter la coopération sécu­ritaire entre les Etats-Unis et le Qatar », a indiqué le ministère de la Défense .



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