Semaine du 31 mai au 6 juin 2017 - Numéro 1178
Trois sites où opèrent des missions françaises
  A l'occasion de la Journée de l’archéologie française en Egypte, Al-Ahram Hebdo passe en revue trois des sites les plus marquants où opèrent des missions françaises.
Trois sites où opèrent des missions françaises
Nasma Réda31-05-2017

Le Ramesseum retrouve sa splendeur

Le Ramesseum retrouve sa splendeur
Le complexe vu du ciel.

MAFTO (Mission Archéologique Française de Thèbes Ouest) est une association française qui travaille depuis des décennies en Egypte en partenariat avec le Centre d’Etude et de Documentation sur l’Ancienne Egypte (CEDAE). « Depuis 25 ans, nous travaillons sur le site du Ramesseum, qui est le temple de Ramsès II », affirme Christian Leblanc, directeur de recherche du CNRS, président de l’ASR (Association de Sauvegarde du Ramesseum) et conseiller scientifique permanent auprès du CEDAE. La mission travaille à l’exploration, à la restauration et à la valorisation du site dont la superficie initiale couvrait environ dix hectares.

« Durant nos dernières années de fouilles, nous avons constaté que le Ramesseum est comme la plupart des sites archéologiques en Egypte, tributaire d’une longue histoire d’avant-Ramsès II et qui a continué après son abandon menant alors à son démantèlement partiel », explique Leblanc, soulignant que les fondations d’une nécropole remontant au Moyen Empire ont été trouvées sur place, et qu’elles sont antérieures à Ramsès II qui a ensuite transformé ce temple en nécropole à partir de la Troisième période intermédiaire. « Les démantèlements du temple durant la période gréco-romaine ont amputé sérieusement l’édifice de pierres qui avaient été employés dans des monuments voisins », ajoute Leblanc. L’ensemble de ces fouilles ont été suivies d’opérations de restauration et de valorisation.

Durant ces dernières années, un énorme travail de relevé architectural a été fait pour retrouver l’emplacement des éléments découverts. Et un autre relevé épigraphique sur toutes les parois du temple a été fait pour dessiner une image complète de ce qu’était le temple de Ramsès II.

Les fouilles effectuées sur ce site emblématique ne sont pas terminées. Beaucoup de travail reste à faire pour mieux comprendre comment le temple fonctionnait. Cependant, « grâce aux fouilles de la mission, le palais royal de Ramsès II réapparaît à nouveau », conclut Leblanc.

Karnak et les Français

Karnak et les Français
Vue de l’exposition photographique à Karnak.

Une longue histoire unit les temples de Karnak et les Français. En 1895, le Service des antiquités d’Egypte a créé la Direction des travaux de Karnak, confiée dès sa fondation à des Français. En 1967, un protocole a été signé entre les ministres de la Culture égyptien et français officialisant la naissance du Centre Franco-Egyptien d’Etude des Temples de Karnak (CFEETK), chargé des travaux de recherche, d'étude, de restauration et de conservation du temple d’Amon-Rê.

« Les travaux du CFEETK en 2016 vont continuer sur trois des axes de recherche entrepris lors des saisons précédentes », explique Christophe Thiers, directeur du CFEETK. Le premier élément concerne les fouilles archéologiques sur le secteur du temple de Ptah, situé en bordure du domaine d’Amon-Rê. Les fouilles ont commencé à la saison 2009-2010, et se situent dans les zones méridionales et orientales du temple. Ces travaux sont consacrés au temple lui-même, et aux strates plus anciennes situées sous le temple de Thoutmosis III. « Grâce à ces fouilles, nous avons constaté l’existence d’un édifice antérieur au complexe de Thoutmosis III, qui prouve que ce site a été occupé pendant une période de 2 500 ans s’étendant du Moyen Empire jusqu’au IVe siècle ap. J.-C. », reprend Thiers.

Il s’agit d’un édifice en briques crues, rasé lors de la construction du complexe de Thoutmosis III, en pierre, renfermant trois chapelles et une grande cour. « Nous avons découvert que ce temple était consacré à plusieurs divinités, et qu’il remonte à la VIIe ou la VIIIe dynastie, précédant le règne de Thoutmosis III », explique le directeur du CFEETK.

En 2016

Lors des travaux de 2016, un carré de 16 m de côté creusé au sein du temple a mené à la découverte d’une maison civile très ancienne. « Cet espace était utilisé non seulement comme un lieu saint, mais aussi comme une zone d’habitation de l’époque romaine et byzantine », précise Thiers.

L’année 2016 a été marquée par la prolongation d’un programme de restauration qui avait commencé 4 ans auparavant dans le secteur de l’Akh-menou et des « magasins nord » du complexe de Thoutmosis III. Cet important travail a débuté par le nettoyage et la conservation des reliefs peints dans la chapelle d’Alexandre le Grand et se concentre désormais sur les salles adjacentes. La restauration des « magasins nord » a été achevée en 2016, et les salles sont désormais accessibles aux visiteurs. En mars 2017, la restauration des chambres de type funéraire a été également achevée.

Les travaux d’anastylose sont le programme spectaculaire entamé il y a quelques années. En septembre 2016, le projet concernant l’anastylose de la cachette de Thoutmosis III a été achevé après avoir remis à leur place environ 250 blocs de pierre. Les égyptologues ont identifié que les murs est et ouest de la cour ont été construits par Thoutmosis III, mais que leur décoration date du règne de Ramsès II (mur ouest) et renferment des usurpations de la part de Ramsès IV et Ramsès IX. « Notre plus belle surprise a été de découvrir sur la paroi extérieure une niche décorée de deux grandes scènes presque symétriques qui représentent Toutankhamon et la divinité Rê », se réjouit-il.

L’Ifao à Aïn Al-Sokhna

L’Ifao à Aïn Al-Sokhna
Secteur nord de Wadi Al-Garf.

Possédant 27 missions dans tout le pays, l’Ifao, créé en 1880, est l’une des plus importantes institutions archéologiques du Moyen-Orient. L’une des missions archéologiques dépendant de l’Ifao et dont les résultats sont fructueux est celle de Aïn Al-Sokhna, située à 50 km au sud de Suez. Les fouilles ont commencé sur ce site en 2001, et jusqu’à sa quinzième campagne de fouilles, cette mission était dirigée par Georges Castel et Pierre Tallet, « Grâce aux fouilles et aux découvertes effectuées depuis 2001, Aïn Al-Sokhna est l’un des sites qui a permis de comprendre le système des ports de la mer Rouge à l’époque de l’Egypte Ancienne », explique Claire Somaglino, nouvelle directrice des fouilles et fondatrice de l’Association mer Rouge-Sinaï. « Notre objectif pour cette 16e année de fouilles est de découvrir la relation des Egyptiens avec la mer ainsi que leur relation avec le Sinaï et le pays de Pount », explique-t-elle.

Les Egyptiens partaient de Aïn Al-Sokhna pour se procurer du cuivre et de la turquoise. « Ils partaient par route en passant par le golfe de Suez, mais aussi par voie maritime », indique Somaglino, assurant que les Egyptiens avaient un système tout à fait reconnaissable et caractéristique d’organisation des ports sur la mer Rouge.

Les plus vieux bateaux du monde

Cette mission de l’Ifao a réalisé, à travers des années de fouilles, des découvertes exceptionnelles dont des galeries creusées dans les montagnes où étaient entreposés les vestiges carbonisés de deux bateaux retrouvés. Ils comptent aujourd’hui parmi les plus anciens bateaux de mer connus au monde. Les inscriptions découvertes sur ces derniers sont semblables à celles qui sont retrouvées dans la région des pyramides.

Les dernières vérifications réalisées dans le secteur ont également permis de confirmer que ces galeries ont été visitées pendant l’Ancien Empire. « Nous le savons grâce à des inscriptions rupestres parfaitement préservées et présentes dans toute la zone », précise Somaglino.

Actuellement, la mission travaille dans la zone basse du site, où ont été trouvés des vestiges de nombreux fours de métallurgie de cuivre et des fragments de jarres.

« En 2017, on se concentrera sur la vie quotidienne des expéditionnaires et leur organisation en équipe, ainsi que leur approvisionnement. De même, la mission poursuivra ses recherches sur les destinations de ces expéditions. Nous avons trouvé l’an dernier des fragments de céramique qui sont tout à fait exceptionnels et qui semblent provenir du pays de Pount », conclut-elle.




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