Semaine du 22 au 28 février 2017 - Numéro 1164
Un père, deux fils
  La nouvelle comédie Yabani Asli (du japonais authentique), avec Ahmad Eid, compare la vie en Egypte à celle au Japon. Les problèmes d’un couple mixte font exploser les rires.
Un père, deux fils
Ahmad Eid, un père en quête de paix social
Yasser Moheb22-02-2017

Pour son premier long métrage, Mahmoud Karim a opté pour une comédie sociale : Yabani Asli (du japonais authentique). Le film retrace le parcours bigarré d’une famille qui veut simplement vivre en paix.

Moharram (campé par Ahmad Eid) est un fonctionnaire égyptien qui vient de rencontrer une jeune fille japonaise — Sakora — tra­vaillant comme professeure d’arabe à l’ambassade du Japon au Caire. Ils s’aiment, décident de se marier et vivre dans un quartier populaire. Ils auront deux fils, Moustapha et Abdel-Rahman.

Sous l’effet des problèmes quoti­diens, la mère envisage de rentrer chez elle à Tokyo, avec ses deux enfants. Elle informe son mari en expliquant qu’elle n’aimerait pas voir ses deux fils grandir dans une telle ambiance en Egypte. Alors, ils font un compromis : laisser les enfants avec leur père en Egypte, en leur garantissant un certain niveau d’éducation. Et c’est là où commen­cent les aventures.

L’idée se développe en cours de route avec un scénario assez carica­tural, signé Loäy Al-Sayed, de retour au travail avec Ahmad Eid après 9 ans d’absence depuis leur première rencontre dans Rami Al-Eatessami (Rami, le gréviste).

On est tout de suite mis dans le bain à l’aide d’une suite de flash-back, résumant le passé des prota­gonistes. Ensuite, le héros raconte, à travers un programme télévisé, sa lutte pour élever ses deux enfants en Egypte.

Mêlant des thèmes sociopoli­tiques, sur fond humoristique, Yabani Asli nous fait visiter d’autres terrains dramatiques, peu fréquen­tés par le comédien Ahmad Eid. Pourtant, le film est construit comme une historiette, autour de peu de personnages.

Comme dans la plupart des films à thème mi-social mi-politique, le scénariste reste fidèle à la fameuse loi dramatique shakespearienne : être ou ne pas être, face aux contraintes de la vie quotidienne et au monde chaotique.

Il nous offre des oppositions assez comiques entre deux différentes cultures : l’égyptienne et la nip­ponne. Et il peint des relations par­fois rigides, parfois sympathiques, mais toutes hilarantes.

Cohabitation difficile
Le film traite de la difficile construction d’une relation saine entre un mari égyptien et sa femme japonaise, à cause des grandes dif­férences du style de vie. Un jeu de vases communicants se crée par ailleurs bien au-delà de cette rela­tion, puisqu’il s’étend aux deux univers que les deux fils vont explo­rer, au fur et à mesure. On est tantôt dans le Japon et sa modernisation galopante, tantôt dans Saft Al-Laban, un petit bourg chaotique de Guiza.

Côté réalisation, tout est bien oeuvré et bien mis en valeur : les plans sont assez enveloppants, les décors bien choisis et bien conçus, malgré leur grande simplicité. Le film ne cloche pas à ce niveau-là, par contre, au niveau de la trame, c’est là que le bât blesse. On doit reconnaître l’effort du scénariste à nous placer dans une histoire sati­rique, mais on n’arrive pas à suivre le train en marche dans certaines scènes. Le fait d’accélérer le rythme des sauts et des changements dra­matiques mène à la confusion et au rassasiement visuel. De plus, vient le tour du défaut traditionnel de presque toutes les oeuvres d’Ahmad Eid : la morale finale souvent tirée par les cheveux dans un style trop théâtral.

Le casting est adéquat pour de tels rôles, caricaturaux dans leur majorité, mais produisant tous de belles prouesses. Les comédiens sont tous gagnants, même s’il ne s’agit pas de grandes stars, à part Ahmad Eid en tête d’affiche. Ce dernier a joué l’un des rôles les plus posés de sa carrière, en interprétant le personnage du père, sans rester attaché — comme d’autres comé­diens — aux rôles des jeunes pre­miers. Mais avant tout, un grand chapeau bas aux deux petits gar­çons japonais et à leur entraîneur qui leur a appris à prononcer si par­faitement l’arabe. Il en est de même pour la comédienne japonaise Saki Tsoukamouto, dans le rôle de la mère.

Bref, Yabani Asli (du japonais authentique) reste une comédie sociale assez réussie, faisant le choix de la bouffonnerie et la carica­ture des personnages .




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