Semaine du 15 au 21 février 2017 - Numéro 1163
Culture : Les jeunes cherchent leur place
Racha Hanafy15-02-2017
 
  Dans le cadre de la 48e édition du Salon international du livre au Caire, une table ronde a abordé le fossé grandissant entre l’Etat et la jeunesse dans la gestion des activités culturelles.

Le fossé s’élargit de jour en jour entre les jeunes et l’Etat sur le plan culturel. D’une part, les jeunes boy­cottent les instances culturelles offi­cielles, et ils ne participent à aucune prise de décision. D’autre part, la culture n’est pas une priorité de l’Etat. La littérature, le théâtre et l’art ne bénéficient que de 1 % du budget annuel de l’Etat. Cette situation, qui s’aggrave chaque année, a fait l’objet d’une table ronde organisée dans le cadre du Salon international du livre du Caire et intitulée « La Séparation culturelle entre les jeunes et l’Etat ». « Je fais partie d’un groupe de jeunes appelé Mesahetna (notre espace), qui s’intéresse aux activités culturelles dans les villages du gouvernorat de Guiza. Nous coopérons avec la fonda­tion culturelle internationale Plan Misr qui a invité une délégation sué­doise à voir nos activités. Nous avions également invité des responsables du Centre culturel de Guiza mais ils ne sont pas venus », affirme Mariam, jeune fille de Guiza qui assiste à la table ronde. Et d’ajouter : « Les jeunes veulent apporter leurs idées et leurs initiatives à toutes les activités culturelles en Egypte, mais ils sont marginalisés par les instances offi­cielles ». Elle insiste sur la responsa­bilité des gérants de la culture en Egypte dans cette exclusion.

Racha Abdel-Moneim, spécialiste du théâtre indépendant et chargée de la coordination et de la communica­tion entre la société civile et le Conseil Suprême de la Culture (CSC), et Ahmad Al-Farran, membre du Fonds du développement culturel, reconnaissent cet état de fait. « Il faut admettre que jusqu’à présent, les responsables de la culture en Egypte manquent d’une vision claire. Est-ce que l’Etat travaille avec les jeunes, ou bien est-ce la responsabi­lité de la société civile ? Il y a un manque de vision dans les instances culturelles, ce qui complique consi­dérablement la réalisation de tout projet culturel », déplore le directeur des archives égyptiennes, Mahmoud Al-Dhabea, qui a animé la rencontre. Il regrette que 32 jeunes groupes lit­téraires indépendants n’aient pas pu être intégrés au CSC, comme Tékéya, Sefsafa, etc. Un échec qui, selon lui, résulte d’une vision culturelle mal établie. Il ajoute qu’actuellement, 5 200 villages dans différentes régions de la République ne reçoi­vent aucune publication, qu’il s’agisse de livres ou de journaux.

Craindre la culture
L’absence de stratégie culturelle et la bureaucratie freinent l’établisse­ment de projets culturels comme celui de la carte des ressources culturelles, une initiative qui vise à recenser les troupes de théâtre, les écrivains, les artistes, les sculpteurs, les poètes, les librairies, les activités culturelles, les kiosques de livres, les productions traduites, etc. « Cette étude va prendre du temps à cause des restrictions, surtout financières. Je pense que l’Etat a peur de la culture qui éra­dique l’ignorance. Il devrait pourtant savoir que la sécurité réside dans la culture et l’enseignement. Les intel­lectuels n’ont qu’à parler et se servir de leurs plumes », explique Racha Abdel-Moneim. Pour sa part, Ahmad Al-Farran souhaite que l’Etat utilise les espaces et les places publics dans les différents gouvernorats afin d’or­ganiser des cérémonies, des colloques et des expositions culturels. Selon lui, il faut absolument donner la chance aux jeunes et leur permettre de s’ex­primer ouvertement et sans crainte. « La communication est primordiale. La vie change et le monde de demain sera pour les nouvelles générations ». C’est sur cette recommandation que la table ronde s’est achevée, avec l’espoir que l’Etat répondrera aux besoins des jeunes, d’autant plus que le thème de cette 48e édition du Salon du livre est « Les Jeunes et la culture de l’avenir » .




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