Semaine du 21 au 27 décembre 2016 - Numéro 1156
Pourquoi les coptes sont-ils l'une des cibles des terroristes ?
Sameh Fawzi21-12-2016
 
 

Les groupes terroristes misent tou­jours sur des cibles bien détermi­nées, mais les motifs qu’ils ont envers chacune d’elles sont différents. L’une de ces cibles continuelles est la police, et le motif est vindicatif : la chasse au terrorisme dans laquelle elle est impliquée. La seconde cible est le tourisme. Il s’agit de faire passer l’Egypte pour un pays non sécurisé. Une manière de priver le pays d’une principale source en devises étran­gères. D’autres cibles sont venues s’ajouter à la liste avec l’éviction du régime des Frères musulmans le 3 juillet 2013, à savoir la magistrature et l’armée. Dans ces deux cas, les motifs ne sont pas un secret. La magistrature juge les Frères musul­mans et les forces armées ont été l’unique salut qui s’est présenté aux Egyptiens dans leur détermination à évincer le régime des Frères. Enfin, nous avons les coptes, l’une des plus anciennes et plus faciles cibles à atteindre. Une cible qui réalise à ces fomenteurs un nombre d’objectifs comme il est arrivé dans l’attentat contre l’église Al-Botrossiya, qui a eu lieu le 11 décembre dernier.

Les attaques terrorites ciblant des coptes ne sont pas une nouveauté. L’histoire contemporaine de l’Egypte, tout au long des 4 dernières décen­nies, retient un long itinéraire d’agressions envers les coptes. Cela va d’agressions à l’encontre de per­sonnes à titre individuel, de groupes, ou bien d’églises. Les coptes sont en outre la cible d’autres attaques, de nature sociale. En général, c’est autour de questions concernant la construction d’une église ou bien de rumeurs circulant sur l’existence d’une relation d’amour entre un chré­tien et une musulmane. Le bilan dans tous les cas est le même : des décès et des atteintes aux possessions des coptes. Le tout étant manipulé en catimini par des éléments extré­mistes. Dans la plupart des cas, ces événements fâcheux finissent dans l’impunité ou bien sont réglés dans des séances de réconciliation coutu­mière.

Il existe différents motifs à ces agressions. Premièrement : Certains groupes terroristes se donnent le droit de tuer des citoyens de religion diffé­rente, qu’ils considèrent comme des mécréants. C’est un discours courant chez les mouvements islamistes en général et qui, selon eux, légitimise le meurtre de coptes ou la spoliation de leurs biens. Ceci ressemble aux actes de Daech en Iraq ou en Syrie, où nombre de chrétiens ont été tués, violés, expulsés ou déportés.

La société égyptienne est riche en contradictions et dualités. Elle affronte le terrorisme mais manifeste en même temps une tolérance vis-à-vis de l’extrémisme. L’exemple le plus flagrant est d’avoir autorisé aux leaders salafistes de diffamer le chris­tianisme. Ils considèrent les chrétiens des mécréants et c’est un discours qu’ils ne cessent de répéter à chaque occasion chrétienne. Ces discours sont surmédiatisés, et même si les médias affirment vouloir d’abord les critiquer, ils ignorent totalement que de cette manière ils risquent de diffu­ser davantage cette idéologie d’ani­mosité. Les institutions étatiques, de leur côté, ne les approchent pas. Pire encore, le ministère des Waqfs les autorise à passer sur les écrans.

Deuxièmement : L’un des motifs est de provoquer une fissure entre musulmans et chrétiens à même de conduire à une décomposition de la société égyptienne. En effet, toute partie ayant des plans nuisibles envers l’Egypte mise sur cette carte, celle des dissensions entre musul­mans et coptes. Pourtant, il est clair que musulmans et coptes vivent en harmonie la plupart du temps et que même les musulmans ne sont pas non plus épargnés.

Troisièmement : Démontrer l’inca­pacité du régime à protéger les citoyens, notamment les coptes. Viser les coptes suscite en effet une vague d’indignation à l’intérieur de l’Egypte comme à l’étranger, mais aussi une vague de critiques à l’encontre de l’Etat en raison des failles sécuritaires. Du coup, les seuls bénéficiaires deviennent les principaux adversaires du régime, à savoir les courants isla­mistes. Un scénario qui s’est répété à l’époque de l’ancien président Hosni Moubarak, surtout avec la multiplica­tion des actes ciblant les coptes et leurs lieux de culte. Ce qui a provoqué chez les coptes un sentiment selon lequel l’Etat n’est pas capable de les protéger.

Quatrièmement : Créer la contro­verse. Les questions douteuses sur la possibilité que les forces de sécurité soient à l’origine de l’incident com­mencent à se faire entendre. Des sus­piscions qui sont renouvelées à chaque fois qu’un incident a lieu, d’autant plus que le mystère autour d’actes sem­blables n’a pas encore été dévoilé. Il suffit d’analyser les commentaires des jeunes sur les réseaux sociaux pour voir clairement que de telles appréhen­sions existent bel et bien. Ces jeunes rappellent certains actes dont les res­ponsabilités n’ont pas été dévoilées, ce qui démontre l’esprit d’amertume et de division qui sévit.

Les coptes ont fait leurs adieux à de nouveaux martyrs qui n’ont pas pu achever leur messe de dimanche, en ce mois sacré pour tout chrétien. L’amertume qu’a laissée l’incident ne sera pas facilement effacée. Un état de colère qui fut parfaitement exprimé par le cheikh de la plus haute instance de l’islam sunnite, Al-Azhar, Dr Ahmad Al-Tayeb. Ce dernier a dit : « Nous devons prendre les précautions nécessaires et nous armer de la dili­gence qu’il faut pour éviter que de tels scénarios ne se reproduisent. Sinon, les tentatives d’accalmie médiatiques et politiques ne serviront à rien dans le futur » .




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