Semaine du 21 au 27 décembre 2016 - Numéro 1156
Un éveil
Mohamed Salmawy21-12-2016
 
 

Après plus d’une semaine d’échange de condoléances à la suite de l’attaque terroriste contre l’église Al-Botrossiya, il faut savoir comment empêcher qu’une telle catastrophe, qui a bouleversé la socié­té, ne se répète, au lieu de rester les mains croisées et attendre une nouvelle frappe.

Nombreux sont ceux qui ont critiqué la négli­gence des appareils de sécurité. Une négligence qui a permis à la personne qui a commis cet acte terro­riste d’entrer dans l’église, d’en étudier les détails, de tout minutieusement préparer, puis de revenir le jour J portant sur lui une ceinture explosive sans que personne le remarque ou l’arrête. Il a égale­ment été critiqué de compter uniquement sur l’effi­cacité des appareils de sécurité pour régler un tel problème.

Certes, il y a eu négligence. Il n’en demeure pas moins que le terrorisme existe de fait dans la société et le crime allait avoir lieu dans tous les cas. Le terrorisme a frappé des Etats renommés pour l’efficacité de leurs services de sécurité, mais qui n’ont tout de même pas pu empêcher ces actes atroces. De plus, il est erroné de dire que la lutte antiterroriste doit se faire uniquement par les ser­vices de sécurité. Le terrorisme est un crime à base idéologique, et, pour le contrer, il faut utiliser l’arme intellectuelle.

Aux yeux de l’Etat, un acte terroriste est un acte criminel, comme tout autre, quel que soit le nombre de victimes. Les mêmes procédures ont lieu, une enquête est ouverte, un criminel est interpellé et présenté devant la justice. Quelque temps après, le même scénario se reproduit, et on refait la même chose. Il n’y a aucun mal à cela, car ce sont les services de sécurité qui sont responsables du volet criminel de la chose. Cependant, le terrorisme doit être abordé à partir d’un autre volet intellectuel, car on retrouve les éléments qui diffusent cette pensée perverse partout depuis les mosquées, les écoles, les médias, en plus des réseaux électroniques d’in­teraction sociale.

La diffusion de la culture et des arts rencontre des obstacles qui ne cessent de se multiplier depuis que l’Etat a décidé, dans les années 1970, d’arrêter de subventionner les palais de la culture. L’art a alors connu une décadence grave au point de porter atteinte à la réputation de l’Egypte, qui était pour­tant auparavant un minaret de la pensée et des arts. Effectivement, le budget du ministère de la Culture a consécutivement été réduit au point de ne plus pouvoir assumer son rôle d’illumination culturelle. Un rôle qui constitue pourtant la première ligne de défense contre la pensée fanatique à l’origine du terrorisme. Aujourd’hui, la majorité des palais de la culture n’ont plus la moindre activité et sont deve­nus absolument inutiles, notamment dans les vil­lages. Face à cela, la voie devient totalement ouverte face à ce qu’on appelle les cours de religion que les cheikhs des mosquées donnent après les prières. Le contenu de ces leçons n’a rien à voir avec la religion qui nous a été inculquée depuis notre enfance comme étant un message de tolé­rance et de miséricorde et non une source de fana­tisme et une justification à la tuerie. Le ministre actuel de la Culture, ainsi que ses prédécesseurs, se sont plaints du manque de ressources qui permet­traient de transformer les palais de la culture en centres de diffusion de la connaissance, de la pen­sée, des arts et de la littérature au service des jeunes dans tous les gouvernorats.

De plus, l’enseignement est devenu médiocre au point de ne plus être un outil de sensibilisation et d’illumination, mais plutôt un moyen d’ancrer les principes du fanatisme et de l’extrémisme. Quand une enseignante apprend à un élève musulman à ne pas saluer son collègue chrétien parce qu’il serait mécréant, elle plante la graine du terrorisme qui le poussera, à l’avenir, à pratiquer la violence et le terrorisme contre tous ceux qui ne sont pas musul­mans.

En plus, des cheikhs en barbe colorée en orange s’adressent à la société à travers le petit écran pour nous parler des mécréants que Dieu nous a ordon­nés de tuer. Pendant les années 1970, la télévision avait fait de ces cheikhs des stars, avec des pro­grammes diffusés chaque semaine. Auparavant, ce phénomène n’existait pas.

L’ancien ministre de l’Information, Mohamad Fayeq, m’avait parlé de la politique de la télévision de l’Etat pendant les années 1960, alors qu’un nombre d’heures bien déterminées était consacré à la diffusion des programmes religieux. Et parfois, quand un feuilleton de teinte religieuse préconisant la vertu et les bonnes moeurs était diffusé, ses heures de diffusion étaient comptées parmi le taux consacré aux programmes religieux. Est-ce qu’au­jourd’hui quelqu’un a pensé à compter les pro­grammes qui diffusent le fanatisme et créent des générations qui ne savent rien de la religion à part qu’il faut manger avec la main droite et non pas la main gauche et qu’il faut entrer aux toilettes avec le pied droit ?

Cette situation dure depuis plus de 30 ans. Et elle donne naissance à une génération de jeunes prêts à se soumettre aux groupes terroristes et à se faire exploser autant dans les églises que dans les mos­quées. Aux yeux de ceux-ci, tous les membres de la société sont mécréants et méritent d’être tués, qu’ils prient dans une mosquée ou une église.

Il y a quelques jours, il a été annoncé que les autorités ont découvert des sites électroniques qui diffusent ce discours d’hostilité, et que des suspects ont été arrêtés. Est-ce qu’il fallait attendre que l'église Al-Botrossiya soit ciblée, qu’il y ait des victimes pour que les autorités remarquent de tels sites ? Espérons que cet incident atroce sera une raison de réveiller l’Etat d’un sommeil si profond qu’il devient, pour certains, une sorte d’implica­tion.

Il faut que l’Etat se lance à la poursuite de toutes les sources du terrorisme non seulement sur les réseaux Internet, mais partout, dans les mosquées, les écoles et les médias. Même si les diffuseurs de la pensée terroriste sont les membres du parti sala­fiste non constitutionnel qui est gâté par l’Etat. Sinon, attendons le prochain crime, pour le pour­suivre et le juger tout en restant convaincus que nous assumons notre devoir de notre mieux.




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