Semaine du 21 au 27 décembre 2016 - Numéro 1156
Alep victime des dissensions internationales
  Le Conseil de sécurité a échoué, une nouvelle fois, à intervenir en Syrie. De quoi prouver les profondes divergences entre les grandes puissances, alors que tout règlement en Syrie reste tributaire d’une entente russo-américaine.
Alep victime des dissensions internationales
Alep, l'interminable guerre. (Photo : AFP)
Inès Eissa avec agences07-12-2016

Alors que la situation au sol à Alep, deuxième ville de Syrie, ne cesse de se détériorer, notam­ment au niveau humanitaire, les efforts diplomatiques piétinent en rai­son des divergences internationales. Ainsi, la Russie et la Chine ont mis lundi leur veto au Conseil de sécurité de l’Onu à une résolution demandant une trêve de sept jours à Alep. Le Venezuela a aussi voté contre ce texte présenté par l’Egypte, l’Espagne et la Nouvelle-Zélande. C’est la sixième fois que la Russie bloque ainsi une résolution du Conseil sur la Syrie depuis le début du conflit en mars 2011, et la cinquième fois pour la Chine.

L’échec de cette tentative d’imposer une trêve et les désaccords entre les puissances mondiales donnent au régime du président syrien, Bachar Al-Assad, les mains libres pour pour­suivre son offensive contre Alep. En effet, sur le plan militaire, le régime syrien, soutenu par les Russes, conti­nue d’avancer dans la ville d’Alep : cette semaine, l’armée syrienne contrôlait plus de la moitié des quar­tiers d’Alep que les rebelles tenaient depuis quatre ans, après la conquête d’un nouveau secteur dans le cadre de son offensive pour reprendre la tota­lité de la deuxième ville du pays. Et l’avancée inexorable du régime se poursuit en dépit des protestations de pays occidentaux face à la mort de centaines de civils et l’exode de dizaines de milliers d’autres dans la métropole du nord du pays. Depuis le 26 novembre, date à laquelle elle s’est emparée du plus grand quartier rebelle d’Alep, Massaken Hanano, l’armée ne cesse de gagner du terrain face aux insurgés. Le dernier secteur à tomber sous sa coupe, Tariq Al-Bab, a été pris dans la nuit de vendredi à samedi, à l’issue de violents combats. Selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), les forces progou­vernementales ont désormais remis la main sur environ 60 % de la partie orientale d’Alep, que les insurgés avaient conquise en 2012.

Appels au dialogue

Face à ses propres divisions, la communauté internationale n’a pu que dénoncer les opérations militaires de l’armée syrienne, leurs consé­quences sur le plan humanitaire, et insister sur la nécessité de reprendre les négociations. Les Nations-Unies et l’Union européenne ont ainsi mis en garde contre l’illusion d’une vic­toire sur le terrain dans la bataille d’Alep, sans négociations, visant à assurer un avenir viable pour la Syrie, déchirée depuis six ans par la guerre. « Vous pouvez gagner une guerre mais vous pouvez perdre la paix », a lancé Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, à l’adresse du président syrien Bachar Al-Assad, lors d’une conférence sur la Méditerranée à Rome. « Qui a intérêt à gagner une guerre et à recevoir en guise de prix un pays divisé, armé, rempli de terroristes (...) et isolé sur la scène internationale ? », a deman­dé Mme Mogherini, se refusant toute­fois à considérer que la bataille d’Alep était d’ores et déjà gagnée pour le régime. « Il est temps maintenant d’ouvrir une vraie négociation », a insisté, de son côté, l’envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, lors de cette même confé­rence. « Contactez l’Onu pour dire : Je suis prêt à une dévolution du pou­voir, à une vraie négociation », a-t-il lancé à l’adresse de M. Assad. La victoire qui se dessine à Alep risque de pousser le gouvernement syrien à dire : « Nous avons gagné la guerre, donc nous n’avons plus besoin de négociations », mais « j’espère que non », car rien ne sera résolu, a-t-il ajouté, en appelant à « l’influence de la Russie ou de l’Iran » pour convaincre Damas de négocier sérieu­sement. Sinon, « l’alternative pour­rait être la fin de la guerre, mais le début d’une horrible guérilla et aucune reconstruction », a-t-il préve­nu. Ces négociations doivent impli­quer un « partage du pouvoir », a-t-il martelé, mais surtout pas une partition de la Syrie, qui ouvrirait « une boîte de Pandore ».

Or, il est difficile aujourd’hui d’imaginer sur quelles bases pourrait commencer toute négociation. En effet, divisée entre un secteur ouest contrôlé par le régime et des quartiers est aux mains des rebelles, Alep est devenue le principal front du conflit en Syrie, et les récentes évolutions militaires, qui donnent l’avantage à Damas, changent la donne et les bases du règlement politique de la guerre dans le pays. « La libération d’Alep revêt une importance straté­gique pour le régime, mais ceci ne veut pas nécessairement dire que le régime peut conquérir tous les terri­toires occupés par l’opposition », explique Dr Sameh Rachad, spécia­liste des affaires régionales. Aussi, explique l’analyste, « le rapport de force actuel ne permet plus de bon déroulement de négociations qui puissent aboutir à une solution durable. Depuis plusieurs mois, la situation au sol est largement en faveur du régime syrien, et c’est ce déséquilibre qui a mené à l’échec de toutes les précédentes tentatives de négociations ». Or, maintenant, avec la « chute » d’Alep, la situation est pire. « A mon sens, une entente entre les Américains et les Russes demeure une condition sine qua non pour mettre fin à la guerre en Syrie. Mais pour le moment, je ne vois aucun signe de l’existence d’une volonté réelle de leur part d’en décider. Pour en juger, il va falloir attendre la prise de pouvoir du nouveau président américain », conclut Rached.



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