Semaine du 21 au 27 décembre 2016 - Numéro 1156
Vol MS 804 : La piste terroriste privilégiée
  L'enquête sur le crash du vol MS 804 Paris-Le Caire a révélé la présence de traces d’explosifs sur les corps des victimes. Un fait qui semble confirmer l’hypothèse d’un acte criminel.
Vol MS 804 : La piste terroriste privilégiée
Le Parquet général se charge désormais de l'enquête. (Photo : AP)
May Al-Maghrabi21-12-2016

Après 6 mois d’enquête, le ministère de l’Aviation civile a annoncé, jeudi 15 décembre, que la com­mission d’enquête sur le crash du vol MS 804 a trouvé des traces d’explosifs sur le corps des victimes du vol Paris-Le Caire qui s’était abîmé en Méditerranée, le 19 mai dernier, tuant 66 passagers, dont 40 Egyptiens et 15 Français. Le rapport de la commission d’enquête s’est basé sur le compte-rendu des médecins légistes qui ont décelé des traces de produits explosifs sur le corps de certaines victimes. Suite à cette annonce, l’affaire a été déférée au Parquet général qui a lancé une enquête judiciaire sur le crash de l’avi­on.

Le Quai d’Orsay a publié, jeudi après-midi, un communiqué dans lequel il explique que « la France se tient à la disposition de l’Egypte pour les besoins de l’enquête. Celle-ci va se poursuivre afin de déterminer les causes exactes de la disparition du vol ».

Ce drame aérien remonte au 19 mai 2016, lorsque l’avion MS 804 reliant Paris au Caire s’était abîmé en Méditerranée après avoir soudaine­ment disparu des écrans radars et sans avoir passé d’appel de détresse. Le crash a eu lieu au large de Karpathos, une île située entre Rhodes et la Crète, dans l’espace aérien égyptien. Les 66 personnes à bord ont toutes été tuées. Une des deux boîtes noires repêchées à la mi-juin a révélé que des alertes signalant de la fumée à bord ont été lancées par l’Airbus A320. Le mot « feu » a été capté par un enregistreur de vol, mais aucun élément, jusque-là, n’a permis de déterminer de manière définitive si le drame a été provoqué par un problème technique ou s’il s’agit d’un acte criminel.

Incident brutal

Dès le début de l’enquête, l’Egypte a privilégié la piste terroriste. Les princi­pales données du vol MS 804 fournies par les transporteurs ABS-D, qui per­mettent de suivre les vols en temps réel, semblent démontrer qu’un inci­dent brutal est survenu en plein vol, ce qui a fait disparaître l’appareil des écrans radars. Selon Chaker Qélada, ancien directeur de l’administration des enquêtes sur les accidents au ministère de l’Aviation civile, « l’enquête devra désormais se focaliser sur l’analyse de ces traces d’explosifs, afin de détermi­ner si elles valident la thèse d’une explosion qui serait la cause de l’acci­dent. Si ceci est prouvé, cela signifie qu’une bombe a été placée dans l’avi­on, à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris, ou dans les autres villes où l’avion avait précédemment fait escale, à savoir, l’Egypte, la Tunisie et l’Eryth­rée », affirme Qélada. « D’après les enquêtes aéronautiques internatio­nales, le rapport du médecin légiste, ainsi que l’analyse chimique de la car­lingue de l’appareil sont deux facteurs déterminants. L’analyse chimique per­mettra entre autres de savoir si une explosion a eu lieu à l’intérieur ou à l’extérieur de l’avion », explique Qélada. Et d’ajouter : « Les enquêtes techniques ont été effectuées en toute transparence. Déjà, les données préli­minaires rendaient plausible l’hypo­thèse d’un attentat terroriste du fait qu’il n’y a pas eu de message de détresse émis par l’équipage avant la chute brutale de l’appareil, et que des traces d’explosifs ont été retrouvées sur les débris de l’appareil repêchés en mer au mois de mai dernier ». Selon lui, le bon état de l’avion ainsi que la grande expérience du pilote ont encou­ragé l’Egypte à favoriser la piste terro­riste plutôt que la piste de la défaillance technique ou de la faute humaine.

Pas de signal de détresse

L’expert en aviation, Hicham Halabi, professeur à l’Académie militaire Nasser, rappelle qu’avant de s’abîmer en mer, l’avion a effectué deux virages brutaux. « Ces virages extrêmes à 90 degrés laissent croire qu’une explosion dans le cockpit aurait pu avoir lieu. Les fumées recensées par la boîte noire pourraient venir de là, et cela explique­rait aussi que le pilote avait perdu le contrôle de l’appareil », envisage Halabi. Il ajoute que d’habitude, en cas de problèmes techniques, des procé­dures d’urgence sont activées automa­tiquement et le pilote lance un SOS. « Mais aucun signal de détresse n’a été lancé. Il y a bien une raison à cela », conclut Halabi.

Cependant, le côté français semble privilégier la piste de l’incident tech­nique, surtout qu’il n’y a eu aucune revendication. « Aucun élément n’ac­crédite la piste terroriste de façon cer­taine », a déclaré le secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs français. Si l’hypothèse du terrorisme se confirme, les mesures de sécurité dans les aéroports français pourront être remises en question, et si la piste de la défaillance technique se confirme, l’Egypte pourra être amenée à indem­niser les familles des victimes.

Ayman Salama, avocat de droit inter­national, affirme que l’article 2 de la loi internationale, ainsi que la Charte inter­nationale des Nations-Unies permet­tent la coopération entre les instances judiciaires des deux pays. En attendant une conclusion finale, l’enquête doit se poursuivre.

L'Egypte restitue les dépouilles des victimes

L’Egypte a annoncé samedi qu’elle allait rendre aux familles les dépouilles des victimes du crash du vol MS 804. Le vol s’était abîmé le 19 mai en Méditerranée, entre la Crète et la Côte-Nord de l’Egypte, après avoir soudainement disparu des écrans radars. Les 66 personnes à bord, dont 40 Egyptiens et 15 Français, avaient été tuées.

Le procureur général égyptien a ordonné la restitution des corps « des victimes égyptiennes, et il y a actuellement une coordination avec les ambassades étrangères pour leur remettre les restes des victimes étrangères », a-t-il précisé dans un communiqué.

Depuis des mois, les familles des victimes dénonçaient la lenteur de l’Egypte à rendre les corps.

« Rien ne peut légitimer un tel retard. Les proches des victimes ont l’impression d’être pris en otages dans le jeu diplomatique entre Paris et Le Caire », avait déploré, en septembre, M. Sébastien Busy, avocat de 22 familles, dont 4 françaises.

Cette semaine, le gouvernement français avait de nouveau pressé Le Caire à rendre les dépouilles à leurs proches. Samedi, le ministère français des Affaires étrangères a salué une décision « impor­tante de l’Egypte », disant « se tenir à la disposi­tion des autorités égyptiennes » pour la mettre en oeuvre le plus rapidement possible.

M




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