Semaine du 14 au 20 décembre 2016 - Numéro 1155
Natures mortes et vivantes
  Les dernières oeuvres de Hassan Soliman (1928-2008), exposées à la galerie Picasso, reflètent les différentes émotions vécues par l’artiste durant ses derniers jours.
Natures mortes et vivantes
Nature morte … Le conflit entre la vie et la mort est dominant.
Lamiaa Al-Sadaty14-12-2016

Les 43 peintures de Hassan Soliman, à l’huile et à l’encre de chine, exposées à la galerie Picasso, ne portent pas sa signature, puisqu’elles sont inachevées. Pourtant, elles sont facilement reconnues puisqu’elles portent ses empreintes, offrant ainsi une nouvelle lecture aux oeuvres de l’artiste défunt. Ce dernier occupait une place importante sur la scène égyptienne des arts plastiques à la deuxième moitié du XXe siècle, étant donné qu’il représentait un trait d’union entre les pionniers égyptiens ou étrangers naturalisés et les générations qui suivent. « Malgré l’âge, la maladie et l’absence des amis, Hassan Soliman continuait à lire et à penser, à se moquer et à taquiner, à dessiner et à écrire, et en tout cela, il était conscient de la mort prochaine », précise le critique d’art Samir Fouad dans le catalogue de l'exposition. Dans cette exposition, les oeuvres de Soliman tournent autour de deux thèmes : nature morte et scènes de la mer. « Hassan Soliman retourne à ses natures mortes préférées, pour exprimer à travers elles sa perspective et son existence, son amour pour la vie, sa peur, son refus pour le néant et son désir pour exprimer son réel ainsi que ses sentiments », explique Samir Fouad. Et, dans les deux cas, la lumière en est le protagoniste. Dans ses natures mortes à l’huile, un thème dépeint par Soliman à plusieurs reprises, la lumière entoure et éclaire les objets, semblant passer derrière pour que le verre, à son tour, devienne source de lumière. Les couleurs oscillent entre noir et blanc, avec parfois quelques touches de bleu ou d’orange. Le fond est, la plupart du temps, neutre. Parfois, on remarque une fenêtre laissant transparaître ou non des immeubles, le décor : un simple banc couvert ou non d’une nappe, sans aucun artifice.

Ces compositions soulèvent des interrogations : Comment Soliman a-t-il insufflé à ces objets inanimés une vie propre ? Comment, dans ses natures mortes, dépasse-t-il la fonction purement décorative pour inviter au regard une réflexion sur la vie, sa finitude ? C’est vrai qu’au centre de l’expression de « la nature morte » il y a clairement un certain rapport profond à la vie et à la mort, un enjeu tellement important qui se retrouve à la base du vocabulaire permettant la qualification de l’exercice. Mais c’est l’alliance entre les différentes nuances du blanc et du noir qui dramatise les scènes. Ses oeuvres de nature morte sont donc munies d’une dimension symbolique : sur ces toiles, Soliman reflète le conflit entre deux mondes : son monde interne et le monde externe, sa présence et son absence. La mort est directement soulignée par la présence des éléments inertes, un plat, un vase, et la vie se cache derrière des fleurs, ou de grands immeubles en arrière-plan. Ces éléments permettent de doser le degré de la disparition de l’homme. Dans ses natures mortes, se croisent, ainsi, des sensations diverses de l’inertie, du mouvement, de la tranquillité, bref, de la vie et de la mort.

Mystère et misère de la mer
Dans ses tableaux de la mer, à l’encre de chine, des reflets de clair-obscur transforment la surface de l’eau en un espace de mystère et de misère. Des paquebots occupent parfois seuls l’espace, dans certains tableaux, dans d’autres, des pêcheurs ou des vendeurs dont les paquebots sont remplis de marchandises, ou des femmes et des enfants qui sont en train de jouer … C’est toujours le même thème qui revient : l’homme face à d’autres forces. Les tableaux partagent une même forme expressionniste, brute et nerveuse, dans laquelle la déformation est utilisée à volonté pour faire rejaillir le sentiment intérieur sur la réalité figurative : la peur, la résistance, la vie et la mort. L’artiste n’a pas même hésité à repeindre parfois les mêmes scènes de la mer ou de la nature morte, avec une nouvelle perspective ou en infiltrant quelques touches de couleurs, comme s’il avait voulu amplifier une sensation qui s’était échappé. Toutefois, il y a toujours cette magie inhérente à toutes ses oeuvres. Une magie née de l’expression des sensations de la déception, de la misère ou peut-être du paradoxe de la vie et de la mort.

Jusqu’à 22 décembre, à la galerie Picasso. 10, rue Hassan Assem, de 10h à 21h, sauf le dimanche.




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