Semaine du 14 au 20 décembre 2016 - Numéro 1155
Riham Al-Saadany : Le purement physique ne m’intéresse pas
  Dans Scent of Egypt, sa dernière exposition qui se tient ce 18 décembre, Riham Al-Saadany se fait à la fois archéologue et chasseuse d’énergie. Elle se jette dans l’exploration subjective de célébrissimes lieux.
Le purement physique ne m’intéresse pas
Les lions du pont Qasr Al-Nil sont des gardiens témoins comme le Sphinx.
Najet Belhatem14-12-2016

« Mon but n’était pas de peindre les lieux tels qu’ils sont. J’ai peint l’énergie qui s’en dégage ». C’est ainsi que Riham Al-Saadany donne le ton à son exposition Scent of Egypt. Une exposition qui se place un peu loin derrière son travail habituel où ses coups de pinceaux font ressortir des scènes plutôt rattachées à des états d’âme où règnent des femmes, qui, au fil des ans, prennent des formes différentes. Souffrantes. Joyeuses. Agressives. Elles en arrivent à porter des cornes de bélier. Mais dans tous ces états elles dégagent féminité et surtout force. Dans Scent of Egypt, Riham change de cap mais garde l’ossature de son concept. « Je n’ai pas vécu en Egypte sauf pendant mes études et je n’ai jamais eu l’occasion de connaître mon pays. J’ai été invitée au Symposium de Louqsor et là, il y a eu un déclic. J’ai eu un choc. Il y avait peu de monde vu que le tourisme est au ralenti, mais cela a donné à ma visite une dimension autre. Ce vide, et moi au milieu, m’a amenée à sonder l’énergie qui se dégage des pierres. Il me semblait qu’il y avait une présence ». C’est ainsi que Riham a abordé tout son travail lors de cette exposition. Elle s’est faite chasseuse d’énergie. Les deux lions du pont Qasr Al-Nil au Caire sont là, mais ils flottent au milieu des places et des rues qui les entourent. Ils sont à la fois identiques à ceux que l’on connaît mais différents. « Ces lions sont uniques au monde pour moi. Ils ne ressemblent à aucun que j’ai vu jusqu’ici. Ils sont silencieux, ils n’expriment rien, ils ne sont ni en posture d’attaque ni en état de colère, et pourtant ils sont si présents. Ce sont des gardiens comme le sphinx ».

Une femme, regorgeant de féminité et d’élégance à la chevelure rousse, s’y balance au-dessus de la ville. Les femmes sont partout dans les lieux que Riham a choisi de peindre. « Le monde des femmes est le monde que je connais le plus. Je n’arrive pas encore à peindre le monde masculin dont je ne connais pas les profondeurs ». Mais cette fois-ci, les femmes de Riham sont plus calmes, plus sereines. « Elles ont plus confiance en elles. Elles dégagent mon état actuel, je suis en phase de stabilité. Et il y a peut-être le fait que je suis enceinte ». Et même si certaines gardent quelques blessures et saignent de la bouche ou du genou, elles sont fortes, elles sont moins sur la défensive que celles qu’elle peignait jusqu’ici. Elles n’ont plus de cornes de bélier : « Elles étaient dans une posture d'autodéfense contre la société. C’est une étape que j’ai dépassée ». Dans Scent of Egypt, les femmes ont la tête dans les nuages. « Elles portent leur vie et celle des autres et sourient. Elles sont heureuses de le faire. Pour moi, la femme c’est l’humanité, c’est la source de la vie. Mes femmes sont toujours belles. Même quand je peins une vieille dame elle regorge de vie. Je ne peins pas le physique mais l’âme qui s’en dégage. Et dans l’âme il y a toujours un coin lumineux ».

Toujours un temps parallèle
Des femmes qui affichent haut et fort leur féminité sans complexes. Cette féminité, elles ne l’exposent pas, elles la vivent simplement. « La femme qui a un problème physique est soumise au regard de l’autre. Si tu ne te soumets pas au regard des autres, le problème disparaîtra. Se soumettre c’est cacher sa féminité mais aussi en faire une marchandise, un produit de vente ». Riham Al-Saadany se décrit comme une femme positive : « Oui mes personnages sont toujours beaux et confiants ». Il se dégage de tous les tableaux une sensation de flottement. « Je sens toujours qu’il y a des gens qui flottent sur les lieux. Des gens qui étaient là ou qui sont là ». Parfois les nuages sont à leur place en haut du ciel, d’autres sont au-dessous, surplombés par des femmes en rondes. Ces mêmes femmes volent au-dessus du Palais du baron Empain. « Ce qui m’intéresse c’est la psychologie de l’être. Son rapport avec le corps et avec les vibrations. Je sens des énergies d’autres personnes. Le purement physique ne m’intéresse pas. Je veux percevoir les sentiments qu’on ne voit pas. C’est comme ça que j’ai senti le Palais du baron. Les gens en ont peur et des histoires ont été tissées autour des crimes qui y auraient eu lieu, mais moi je l’ai senti comme quelque chose de beau ».

Riham a procédé comme un archéologue qui dépoussière puis restaure les antiquités. « Je peints les lieux comme je les sens, comme je les vois de l’intérieur. Je peux en restaurer une pièce manquante que je vais aller chercher dans les archives ». « Mon temps n’existe pas, j’ai toujours un temps parallèle ». « Sur les murs du temple, Hatshepsout est peinte portant une barbe et elle n’a pas de seins. Je l’ai peinte devant un miroir qui reflète son image de femme. Je cherche à attirer le spectateur à l’intérieur du tableau pour qu’il n’en ressorte pas. Et mon challenge est de le faire rentrer et faire en sorte qu’il n’en ressorte pas ».

A partir du 18 décembre, à la galerie Misr. 4 rue Ibn Zinki, Zamalek, de 10h à 21h, vernissage à 19h, sauf le vendredi.




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