Semaine du 14 au 20 décembre 2016 - Numéro 1155
Controverse sur les importations de volailles
Hossam Rabie14-12-2016
 
  Le gouvernement a décidé de revenir sur sa décision d'exonérer les importations de volailles de taxes douanières. La mesure avait soulevé de vastes inquiétudes au sein du secteur avicole.

Publiée le 22 novembre dernier, la décision du gouvernement d’exempter les importations de poulets congelés de taxes douanières fait polémique dans la rue comme sur les réseaux sociaux en Egypte. Deux semaines plus tard, le Conseil des ministres est revenu sur sa décision après s’être longuement entretenu avec les producteurs et les chefs de la filière avicole. Le gouvernement avait tout d’abord annoncé que cette décision serait appliquée entre le 10 novembre 2016 et le 31 mai 2017 « dans le but de soutenir le citoyen ordinaire » et de « répondre à la demande dans le secteur avicole à l’approche de l’hiver », selon le porte-parole du Conseil des ministres, Achraf Sultan. Celui-ci avait, avant que le gouvernement ne revienne sur sa décision, souligné l’aspect provisoire de cette mesure.

En dépit de son annulation, la décision fait débat. Les propriétaires de fermes d’élevage et les officiels de Chambres de commerce craignent qu’une telle mesure ne revienne à l’ordre du jour, avertissant qu’elle « mettrait en péril la production avicole nationale déjà en proie à de nombreuses difficultés, à commencer par l’instabilité des marchés liée au flottement de la livre égyptienne ».

D’autant plus que selon certains journaux, des hommes d’affaires seraient à l’origine de cette décision, à leur tête Ahmad Al-Wakil, chef de l’Union générale des Chambres de commerce et propriétaire de l’entreprise Wakalex Industry and Trade-Import Products. Le journal Al-Watan, citant des sources officielles anonymes, a affirmé que 147 000 tonnes de poulets congelés appartenant à la société Wakalex et Saqr en provenance du Brésil, d’Ukraine et d’autres pays d’Europe de l’Est, ont été déchargées au port d’Alexandrie et ont été exonérées de taxes douanières.

Dans un entretien avec Al-Watan, le président de l’Union Générale des Producteurs de Volailles (UGPV), Nabil Darwich, a expliqué que cette quantité de volailles s’ajoute aux 51 000 tonnes importées par la société Holding pour les industries alimentaires et destinées à couvrir l’ensemble de la consommation locale pour une durée de 200 jours. « Ces importations risquent de tuer l’arsenal de production avicole locale dont les investissements s’élèvent à environ 65 milliards de L.E. et qui emploie 3 millions de personnes », a-t-il ajouté. La publication de ces informations a provoqué une vive polémique.

Dans un communiqué, le secrétaire général de l’Union générale des Chambres de commerce, Alaa Ezz, a nié l’existence de ces livraisons, déclarant que l’Egypte a seulement importé 70 conteneurs de volailles pour le secteur public (soit une quantité nettement inférieure à celle annoncée par Al-Watan) sans aucune intervention de la part du secteur privé. « Ce qui est dit dans les médias à propos de l’importation de 147 000 tonnes de poulets congelés est irrationnel. Les ports égyptiens ne peuvent pas contenir une telle quantité. Sur l’ensemble de l’année dernière, l’Egypte n’a importé que 115 000 tonnes », ajoute-t-il.

L’homme au coeur de cette crise, Ahmad Al-Wakil, a également démenti ces informations. « L’importation de volailles ne compte pas parmi les activités de mon entreprise. Ce ne sont que des rumeurs », a-t-il déclaré dans un entretien téléphonique le 3 décembre avec le célèbre animateur Ahmad Moussa sur la chaîne Sada Al-Balad. Il est pourtant indiqué sur le site officiel de son entreprise que celle-ci importe du poulet congelé. Avec des volailles en provenance principalement du Brésil, d'Argentine, d’Ukraine et de Turquie, son réseau comprend 2 500 distributeurs sur le marché égyptien.

Un secteur en péril

Pour Abdel-Aziz Saïd, responsable de la filière avicole de la Chambre de commerce du Caire, peu importe l’existence de ces livraisons, le gouvernement a commis une erreur en prenant la décision d’exonérer les poulet importés de taxes douanières sans concertation préalable, même s’il est revenu sur cette mesure. « Tout le monde dit que le prix du poulet augmente, mais on doit tenir compte du nouveau taux de change », explique Abdel-Aziz Saïd. Et d’ajouter : « Aujourd’hui un dollar vaut 18 L.E., alors qu’il était environ à 9 L.E. il y a un mois. Seuls, les producteurs de volailles en Egypte importent plus de 80 % des fourrages, sérums et vaccins requis pour l’élevage ».

Selon un rapport de la Chambre de commerce, la production de volailles en Egypte (un milliard de poulets par an) couvre environ 90 % de besoins locaux. Ce secteur emploie environ 2,5 millions de personnes. Proche de l’autosuffisance, la production locale doit néanmoins faire face à de nombreuses difficultés : hausse des prix des fourrages importés et de l’électricité. Il y a aussi la grippe aviaire qui reste endémique dans le pays depuis 2006. « La filière avicole se porte mieux, mais elle reste en péril. Les problèmes internes favorisent les importations des poulets congelés étrangers, qui sont moins chers », explique Saïd. Il ajoute : « L’importation de poulets n’affecte guère l’industrie locale, mais elle aurait des effets négatifs sur les petits producteurs qui s’enfoncent de plus en plus dans la crise ».




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