Semaine du 30 novembre au 6 décembre 2016 - Numéro 1153
Des craintes malgré des droits reconnus
  Un récent projet d'investissement et de développement dans la région de Tochka suscite les craintes des Nubiens. Le gouvernement a tenu à rassurer.
Des craintes malgré des droits reconnus
(Photo : Al-Ahram)
Ola Hamdi30-11-2016

Des centaines de Nubiens ont manifesté pendant 4 jours, à Assouan, environ 600 km au sud du Caire, à partir du samedi 20 novembre, en contestation contre un nouveau projet de développement qui affecterait de larges portions de leurs terres.

En août dernier, le président Abdel-Fattah Al-Sissi avait promulgué un décret présidentiel consacrant 1,5 million de feddans, y compris des terres dans la région de Tochka, (dans le Désert occidental, à 225 km au sud d’Assouan) à un nouveau projet de développement appelé Tochka. En octobre, le gouvernement a annoncé que dans le cadre de ce projet, des terrains seraient vendus aux enchères aux investisseurs. Ces déclarations ont suscité les craintes des Nubiens, qui estiment que des milliers de feddans consacrés à ce projet dans la vallée de Tochka et dans la région de Karabasken leur appartiendraient. Il s’agit de leurs revendications d’anciens villages nubiens, dont ils ont été évacués lors de la construction du Haut-Barrage à Assouan, en 1960.

Le deuxième jour, des militants nubiens ont voulu se diriger en convoi vers la vallée de Tochka pour exprimer leur désapprobation sur le lieu, mais les forces de sécurité les en ont empêchés. Les manifestants avaient aussi bloqué la principale route qui traverse le sud du pays, reliant la ville d’Assouan au site archéologique Abou-Simbel. Mais là aussi, les forces de sécurité ont intervenu pour rétablir l’ordre.

Mohamad Azmi, chef de l’Union générale nubienne créée en 2011, dont l’un des objectifs est d’être un canal légal pour les revendications des Nubiens, et l’un des organisateurs de ce convoi, souligne que les Nubiens défendent leurs droits historiques sur les terrains de la Nubie dont ils étaient expulsés et privés depuis des décennies. « Depuis leur évacuation, les Nubiens n’ont jamais renoncé à leur rêve de regagner leurs terres ancestrales », s’exprime-t-il.

Des rêves qui ont été confortés par l’article 236 de la nouvelle Constitution, adoptée en 2014. L’article en question stipule, entre autres, que « l’Etat garantit la mise en oeuvre d’un plan de développement économique et urbain global au profit des régions frontalières et démunies, dont la Haute-Egypte, Matrouh et la Nubie, avec l’implication des habitants dans les projets de développement (...). L’Etat travaille à la mise en oeuvre et à l’exécution de projets de développement en vue de réhabiliter la population nubienne dans ces régions dans un délai de dix ans ».

Lors de leur sit-in, les manifestants ont mis en avant 4 revendications que Wafaa Achri, membre de l’Union générale nubienne, détaille : « Sortir les deux régions de Tochka et Karabasken du cadre du projet de 1,5 million de feddans offerts aux investisseurs, la mise en application de l’article 236 de la Constitution garantissant le retour des Nubiens à leurs terres, la promulgation d’une loi sur la Nubie pour procéder au retour des Nubiens, et enfin la révision de la décision 444 concernant la nouvelle répartition administrative ».

Des efforts en vue d’une solution

Conscients des craintes des militants nubiens, des parlementaires se sont déplacés sur le lieu du sit-in pour entamer des discussions avec les manifestants pour désamorcer la tension. Selon le député Moustapha Bakri, les revendications des Nubiens consistent à vouloir obtenir des garanties dans le cadre du projet du développement de 1,5 million de feddans à Tochka, les terrains ne seront pas vendus à des non-Nubiens. En outre, ils réclament de classifier le village Karabasken, à proximité de Tochka, en tant que terre nubienne sur la base de l’histoire de ce village. Bakri fait également remarquer qu’en vertu de la Constitution, les droits des Nubiens sont garantis.

« Le gouvernement a rassuré que la priorité serait donnée aux Nubiens dans ces projets d’investissements à Tochka. L’Etat reconnaît les droits des Nubiens », affirme Bakri. Effectivement, de hauts responsables du gouvernement, dont le gouverneur d’Assouan et de l’armée, ont tenu aussi à rassurer les Nubiens que leurs droits ne seraient pas affectés par le projet en question. Hassan Moussa, de la commission de l’agriculture au parlement, a déclaré, pour sa part, qu’« une décision a été prise au sein de la commission concernant la préservation des droits des Nubiens sur les terrains de la Nubie », affirme-t-il. Bakri a également révélé qu’un projet de loi sur la Nubie a été déjà élaboré et devra être discuté au parlement. Il vise à gérer et à légaliser le retour des Nubiens à leurs terres d’ancêtres.

En fait, ce droit de retour sur leurs terres d’origine longtemps réclamé a été partiellement reconnu depuis 2012, qui avait témoigné le retour d’un nombre de Nubiens sur leurs terres. Ainsi, à 25 km au sud d’Assouan, dans la ville nouvelle de Karkar, 2 000 maisons ont été construites et attribuées aux descendants des déplacés de 1964. Un pas qui est resté insuffisant au regard des militants de la cause nubienne.

S’en sont suivies des négociations qui ont débouché sur un accord de tenir une réunion, la semaine prochaine, entre des représentants de la Nubie avec le premier ministre, Chérif Ismaïl, et le président du parlement, Ali Abdel-Al. Cette réunion vise à étudier de près le dossier de la Nubie et les revendications de ses habitants. « Cette réunion prévue devra en particulier discuter des procédures nécessaires pour la mise en vigueur de l’article 236 de la Constitution, garantissant le droit du retour des Nubiens à leurs terrains. Il est prévu aussi de discuter des progrès réalisés concernant les projets du développement économiques en Nubie », indique Al-Sayed Al-Chérif, député. Le premier ministre a aussi déclaré que le gouvernement avait débloqué 270 millions de L.E. pour le développement de la Nubie, et qu’en coordination avec le ministère de la Planification, ce plan va être exécuté prochainement. Wafaa Achri explique que les promesses du gouvernement et les médiations des députés ont réussi à dénouer « provisoirement » la crise et à atténuer la colère des Nubiens qui ont décidé de suspendre leur sit-in. « On espère que ses promesses ne seront que de la poudre aux yeux. Le gouvernement a promis de satisfaire les quatre revendications des Nubiens, et on espère voir des pas concrets », souhaite Achri. Et d’ajouter : « Un comité de représentants des Nubiens a été formé pour négocier avec le premier ministre leurs revendications et suivre les étapes prises en vue de les satisfaire ».



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